Communiqué de presse : Le Havre de l’Obscurantisme ?

Communiqué de presse

L’association LaicArt dénonce avec force la tenue de la cinquième édition de la Rencontre Annuelle des Musulmans du Havre organisée par l’association Le Havre du Savoir à laquelle participeront notamment : Mohamed Bajrafil, Imam d’Ivry, soutien de Youssef Al Qaradawi, théologie des Frères Musulmans, interdit de séjour en France à l’occasion du rassemblement annuel de l’UOIF et sous le coup d’un mandat d’Interpol pour incitation au meurtre, de vandalisme, de violence et de vol. Hassan Iquioussen, antisémite notoire, négateur du génocide arménien qui s’approprie une propagande politique antioccidentale, antisioniste et antiaméricaine, refusant la mixité sociale homme/femme. Marwan Muhammad, directeur du CCIF, qui revendique le droit de lutter, en France, pour que le pays devienne musulman, s’illustrant aux côtés d’Imams radicaux connus.

L’Association LaïcArt revendique la campagne d’envoi de courriers recommandés avec Accusés de Réception envoyée au Maire du Havre Edouard Philippe dans le cadre de la campagne “Le Havre de l’Obscurantisme”. Ses adhérents et ses sympathisants se sont également joints à la une opération d’envoi de courriels massifs au premier magistrat de la ville et à certains de ses adjoints ainsi qu’au lancement d’une pétition en ligne. Ce matin des militants ont collé dans les rue du Havre, un détournement de l’affiche en rectifiant “rencontre annuelle des musulmans” par un “Rencontre annuelle des islamistes” plus adapté à la réalité.

Dans un contexte d’immobilisme et de sidération de la part de nos représentants politiques face au danger de l’intégrisme musulman qui menace la cohésion sociale, dans un climat de pré-campagne électorale où les populismes font grand bruit, nous avons décidé de faire entendre notre voix. Dans un contexte de radicalisation générale des idées, nous nous sommes réappropriés notre droit à clamer notre attachement à la République, et notre rejet des discours qui nous prennent en tenaille – la libération de la parole raciste et xénophobe d’un côté et la quête de l’uniformisation intégriste de la pensée telle qu’elle est exprimée par l’Islamisme et ses suiveurs. Liberté, Egalité, Adelphité, Laïcité, Universalité. Voilà notre parole.

Corine Roche-Goy

“La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil”

Il y a un an et trente jours nous étions tous Charlie. Notre idéal de liberté était grièvement blessé sous les balles de fanatiques islamistes désireux de “crucifier les laïcards comme au Golgotha”, comme l’écrit le rappeur Médine dans son titre “Don’t Laïk”. “Je scie l’arbre de leur laïcité avant qu’on le mette en terre”, ajoute-t-il. Ce 7 janvier 2015, des branches de cet arbre se sont écrasées avec fracas. C’est ainsi que nous avons enfin vu ce que leur ombre rassurante et protectrice nous avait fait oublier.

“La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil” disait René Char et nous avons enfin clairement perçu, dans les jours qui ont suivi ces événements, la présence d’un ennemi déterminé à abattre des idées honnies, celles de la démocratie, de la liberté, de l’égalité, du droit des femmes, de la laïcité.

Au mois de novembre 2015, la violence des fous d’Allah a frappé une nouvelle fois Paris dans toutes les composantes de sa diversité, en une veille de week-end, ce moment privilégié consacré aux partage, aux échanges, aux rires qui dépassent l’entre-soi. Mais passé la stupeur, la sidération face à l’intolérable et en considérant notre arbre douloureusement amputé, force est de reconnaître l’essentiel : un arbre ne meurt pas tant que persiste une sève vivace circulant dans son tronc. Notre chagrin, nos élans de solidarité, nos indignations l’ont prouvé à ce moment-là. Car nous sommes cette sève, nous tous : croyants, non-croyants, désireux de vivre ensemble. Et libres.

Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la Laïcité, est donc depuis quelque mois au coeur d’une polémique provoquée par une tribune intitulée “Nous sommes Unis”, qu’il a co-signé au lendemain des attentats du 13 novembre aux côtés du CCIF, de Nabil Ennasri, réputé proche des Frères musulmans, président du Collectif des musulmans de France (CMF) à l’attitude envers l’antisémitisme pour le moins ambigue et du rappeur Médine sus-cité.

Mis en cause au sein même de son institution comme au plus haut de l’état, celui qui a déclaré : “la tonalité générale nous permet de dire que la France n’a pas de problème avec sa laïcité” s’est défendu d’un quelconque dérapage dans cette alliance contre-nature passée entre le gardien symbolique de l’arbre laïque français et des islamistes intégristes. Interpellé sur France Culture sur les paroles de “Don’t Laïk” du rappeur Médine, co-signataire du texte “Nous sommes Unis”, Bianco déclare : “Si on estime que c’est condamnable… ‘Charlie Hebdo’ dit bien pire, ‘Charlie Hebdo’ dit bien pire pour les catholiques, pour les musulmans, pour les intégristes et ils ont bien le droit de le dire, on est dans un régime de libertés.” Charlie dit bien pire ? Charlie provoque. Charlie a toujours provoqué. Charlie dénonce les particularismes . Charlie utilise la satire pour dénoncer l’essentialisme. Médine quant à lui utilise les mots et sa prose pour revendiquer sa différence et de fait, mieux rejeter notre socle commun au profit de la pensée communautariste. Il prône la scission au coeur de la République. Il prône la Charia. Ce type d’alliance ne peut-être que mortifère. On ne s’allie pas à celui qui veut nous voir à terre. Et nous sommes nombreux à le penser. Nous devons passer à l’étape suivante : nous positionner, et réfléchir à ce que peut être notre union.

“Nous”… Dans l’idéal, ce serait le rassemblement de toutes les bonnes volontés autour de nos convictions partagées, et autour de la certitude que nous pouvons encore agir pour sauvegarder notre vision de la laïcité. Nous, c’est dès aujourd’hui et ce sera demain.

On peut mettre plein de choses dans ce mot : “nous”. Ces quatre lettres ont une force incroyable, de celle qui peut soulever par sa force un projet, un idéal, une idée. Quelle puissance possède l’union des volontés combinées tendant vers un même objectif ! Et quel désarroi de constater que ce “nous” est aujourd’hui davantage utilisé à diviser et à opposer, à marquer ce qui sépare une communauté de personnes de celles qui l’entourent. Mais si on réapprenait à penser collectif ?… Car l’arbre laïque, l’arbre humaniste, c’est vous, c’est moi. Nous en sommes la sève, source de vie et de croissance harmonieuse. Et c’est là que peut résider au fond notre responsabilité de croyant, d’athée, de femme, d’homme. D’être humain. Nous devons affirmer haut et fort que nous croyons à la possibilité d’un destin commun. Nous devons replacer la cohérence au coeur même de la parole politique*. Nous devons continuer à prôner les valeurs d’un universalisme qui nous rassemble. Nous devons l’affirmer tranquillement et fermement. Pour qu’on nous entende. Pour qu’on nous écoute. Nous devons être exigeants. Pour faire vivre notre arbre.

CocoRoche

* #Laïcart organise un rassemblement le 11 février pour réclamer la démission de Jean-Louis Bianco à 18h30 à l’Observatoire de la Laïcité.

“BarakaCity” Canal + Le Supplément de buzz nauséabond

Beaucoup de controverse depuis quelques jours autour de la prestation de Najat Vallaud-Belkacem sur le plateau du Supplément de Canal+ face aux propos tenus par Idriss Sihamedi, président de l’O.N.G. BarakaCity, qui se définit elle-même sur son site Internet comme une « association humanitaire qui vient en aide aux populations démunies partout dans le monde ». Invité au sein de l’émission d’Ali Baddou pour évoquer la détention au Bangladesh de Moussa Ibn Yacoub, jeune français converti à l’islam, le fondateur de cette association à la réputation sulfureuse déclare en effet être un musulman « normal », reconnaît ne pas serrer la main des femmes et refuse de condamner Daesh d’une voix claire.

Si la ministre de l’Éducation nationale explique aujourd’hui dans le Parisien un positionnement déterminé par une « espèce de sidération partagée par l’ensemble des participants et du public », ce que l’on peut comprendre face à l’énormité des propos tenus, par le refus de de se prêter « à ce petit jeu nauséabond consistant à inviter des gens infréquentables pour faire du buzz », il reste tout de même que cet évitement, cette non-réappropriation du débat de la part d’une élue semblent avoir créé un sentiment de frustration chez tous ceux qui veulent réaffirmer l’idée et la possibilité d’une communauté unie autour de principes partagés dans le cadre républicain.

Najat Vallaud-Belkacem reconnaît tout de go être « mal à l’aise » — elle semble s’exprimer à ce moment-là en simple citoyenne — et cette gêne l’empêche de se saisir d’une parole de rassemblement qui vienne asseoir, par la bouche d’une de ses représentantes, la grandeur de l’idéal républicain. Mal à l’aise, les spectateurs le sont aussi. Mais après tout, c’est la République dans son ensemble qui se trouve être « mal à l’aise » dans sa confrontation à l’extrémisme islamiste, et cela a été le cas dès le premier jour. Une guerre, c’est un ennemi commun et identifié, et des alliés qui le sont également.

Mais autour de nous, l’alliance des discours et des intentions — et c’est le jeu de la démocratie — peine à voir le jour, avec des voix franchement discordantes qui se font entendre, prônant la tolérance de l’intolérable.

Alors comment dissiper ce malaise, ce mal-être qui nous empêche de vouloir nous réapproprier aujourd’hui notre rêve en termes de liberté, d’égalité et de fraternité à une époque où la barbarie et l’obscurantisme prétendent faire leur retour et dicter leur loi ? Peut-être manque-t-il cette impulsion conférée par le verbe, par l’assurance, par la confiance en soi. Par la conviction de proposer un projet de société crédible et pertinent. Devrions-nous déplorer le manque de réaction de Najat Vallaud-Belkacem face à M. Sihamedi ? Rappelons-nous que nous-mêmes avons la même obligation de promouvoir à la face du monde une République laïque qui soit fière de ses valeurs face à l’antisémitisme, au sexisme, au racisme, à la violence et à l’obscurantisme. Cette responsabilité est d’abord la nôtre, ici et maintenant.

“Fluctuat Nec Mergitur”

De retour en Cévennes, région qui fut le théâtre d’une de ces guerres de religion dont l’aboutissement ultime s’est incarné par l’absolue nécessité de la laïcité en France… De retour dans cette nature aride, face à ces montagnes drues et noyées dans les brouillards du petit matin… Revenue donc au bercail et alors que je viens de quitter ce qui fut d’abord le Lutèce païen puis la capitale d’un pays désigné comme la fille aînée de l’Église :

Paris intemporel, Paris qui a traversé les épreuves de l’histoire fidèle à sa devise “Fluctuat Nec Mergitur”, j’imagine cela comme un navire immense et grouillant d’individus à son bord, battu par les flots, avec les lumières, la musique, le champagne comme dans un film de James Cameron – mais c’est là que c’est fort, parce que c’est Paris et que Paris, c’est magique – la fin serait toujours heureuse, car ce vaisseau ne sombrerait jamais.

Il y a douze jours, donc, c’était la commémoration du premier anniversaire des attentats meurtriers de Charlie Hebdo, deux mois et quelques après les attaques terroristes menées par les fous d’Allah au coeur de Paris. Première certitude : Paris est toujours en mouvement perpétuel. La faune exquise et variée des Parisiens ne cesse d’arpenter les rues et mes avenues du même pas pressé, déterminé, pratiquement indifférent aux tranches du quotidien qui s’expose à la terrasse des cafés, dans les boutiques, au cours d’un hiver particulièrement doux, il faut le dire, et en pleine période de soldes… Quel brassage extraordinaire de visages, de couleurs, de convictions, d’aspirations, de rêves, de foi, tous ces gens qui ne cessent de se croiser souvent sans même se toiser.

La faute au temps qui court, à un retard au bureau, aux copains qui vous attendent… Cette multitude ne peut que ravir, intriguer le regard de la provinciale que je suis devenue. J’adore observer – même pas à la dérobée – cette vie trépidante entre deux stations de métro – assis sur les banquettes, tu assistes au spectacle d’une diversité acquise, naturelle, qui semble être le rouage même de cette immense machine qu’est Paris. Quand tu vois et que tu parcours les Cévennes, la nature sauvage du lieu semble immobile et apaisée.

Et pourtant, si tu parles de sang, de mort et de foi, ce sont des milliers d’ombres qui se soulèvent à travers chaque pierre, au pied de chaque châtaignier, qui racontent les assemblées au Désert, les persécutions et les tortures.

Et ce sont notamment les revendications des protestants et leur massacre qui ont ouvert la voie, après la Révolution, à une réflexion nécessaire sur la liberté d’opinion, sur la liberté d’expression. Puis la France est devenue une République, et le choix ultérieur de la laïcité est venu définitivement asseoir sa devise de liberté, d’égalité et de fraternité entre citoyens de toutes confessions et de toutes origines, séparée du pouvoir des Églises trop soucieuses de conserver au prix du meurtre et de l’anathème l’exclusivité de la pensée dogmatique. Paris a été frappé en son coeur par deux fois l’année passée. Des terroristes islamistes ont pensé qu’il ne saurait y avoir de liberté de conscience ou de pensée , utilisant la terreur pour tuer d’abord des journalistes, puis des citoyens, parce qu’ils étaient juifs, ou tout simplement parce qu’ils s’imprimaient dans le mouvement de la vie, assassinés au nom d’un dogme qui ne cesse d’être hypothétique qu’aux yeux de ceux qui y croient.

Par un jeu pervers de la pensée, la victime devenant coupable au titre du Blasphème, comme les guerriers cévenols l’avaient été au nom de l’hérésie : c’est quelques milliers de Camisards, ces paysans huguenots armés de fourche, de faux, de tout outil leur tombant sous la main, qui avaient été tués en son nom par ceux qu’ils considéraient eux-mêmes comme des hérétiques, l’abbé du Chayla et le marquis de Basville, à la tête de leurs troupes “papistes” !

Quelques siècles après, la laïcité est venue créer ce socle commun qui a permis non pas de nier les différences, mais de permettre la liaison à l’Autre avec tout ce qu’il partage en commun : son humanité, son statut d’être unique, avec le respect, le droit à l’indifférence de toutes les composantes qui créent son individualité. Et cette laïcité est aujourd’hui attaquée. J’ai ressenti une certaine peur dans Paris. Perceptible. Il y a des raidissements, tant dans les comportements que dans les postures et convictions intellectuelles. Les flics et les soldats qui patrouillent. Les lignes de métro régulièrement arrêtées pour cause de colis suspect sur la voie. Mais, tu sais quoi ? Ce que j’ai trouvé beau, c’est que parmi toutes ces existences qui se frôlent, certaines prennent le temps de s’arrêter. Ensemble. Côte à côte. Une foule de visages de toutes origines et de toutes confessions, silencieux devant des bougies mille fois éteintes par le vent et mille fois rallumées, des dessins dont les couleurs ont versé des larmes sous l’effet de la pluie. Je ne pense pas que dans mes montagnes, il y ait eu un seul châtaignier, un seul dolmen qui n’ait jamais été le symbole de la fusion des espoirs placés en une nation et en l’avenir et réunissant l’hommage rendu aux victimes de ta guerre qu’il y a eu ici. À Paris, j’ai vu le temps s’arrêter autour d’une statue en bronze, allégorie de la République, et qui devint lieu de recueillement et de réflexion sur notre avenir commun. Sur nos douleurs communes. Sur nos désirs communs de liberté. Et sur ces solutions que nous devrons dorénavant trouver ensemble, de façon pragmatique, sur Terre et sans nous en remettre aux cieux.

Cocoroche

Rejoignez le projet #LaïcArt pour un Parti de la Société Civile
[clean-login-register]