Qu’est-ce que la Taqiyya ?

Il y a un mot que l’on entend beaucoup répéter dans les milieux français et européens notamment après les attentats terroristes qui ont frappée Paris et Bruxelles et plus récemment Orlando et qui ont fait beaucoup de morts et de blessés innocents. Le mot en question revient souvent en parlant de l’offensive organisée par l’islam politique avec ses deux branches. La première : le salafisme jihadisme, la seconde : le mouvement de Frères Musulmans qui est plus tortueux. Cette offensive vise l’Europe en général et la France en particulier pour frapper son modèle républicain et laïque qui a été construit sur les ruines d’un autre plus ancien axé sur l’Eglise et le cléricalisme.

La Taqiyya est une notion très présente dans l’histoire musulmane et est liée à beaucoup de mouvements religieux et politiques, elle est maintenue et plébiscitée dans certains de ces mouvements jusqu’à nos jours. L’islam politique et en particulier la bande des Frères Musulmans l’ont très vu adopté dans leur méthode de travail dans le but d’arriver au pouvoir dans les pays majoritairement musulmans mais aussi dans les pays européens et occidentaux. La Taqiyya est synonyme de mensonge, d’hypocrisie et de double discours dans l’esprit de tous Français qui s’intéresse à l’islam politique et à ses protagonistes qui sont invités à tous les plateaux télévisés. Or, si cette définition n’est pas loin de la réalité, il faut savoir que le terme est plus profond sur le plan politique et conceptuel que l’idée de double discours que tous les hommes politiques arrivistes emploient, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Beaucoup de citoyens ordinaires restent complètement ignorants de ce concept dangereux et de cette rhétorique encore nouvelle en France et en Europe. C’est pour cela qu’ils tombent facilement dans le piège de l’attitude modérée de certains membres des Frères Musulmans qui ont une forte présence médiatique car ils ignorent le style ondulant de la Taqiyya de la bande de Frères Musulmans et comment ils peuvent détourner le sens des mots et dire ce qu’ils ne pensent pas d’une façon machiavélique.
Par conséquent, cet article a pour objectif d’éclairer l’opinion publique au sujet de la Taqiyya à travers un exposé historique ; la naissance et l’évolution de cette notion et ses usages politiques modernes.

La Taqiyya, veut dire…

Le vocable « Taqiyya » vient du verbe arabe « yataqi » qui veut dire « craindre, être prudent » comme par exemple dans le proverbe arabe : Crains le mal de celui à qui tu as fait le bien ! En tant que terme religieux, elle signifie le fait de dissimuler une croyance par peur d’accuser une perte matérielle ou morale. Cette notion est liée dans l’histoire des religions aux périodes de persécution religieuse et de la discrimination basée sur le critère communautaire. L’islam et le judaïsme l’ont adopté d’une façon intégrale tandis que le christianisme n’a permis aucun comportement pareil incitant les croyants à patienter et/ou à mourir en martyre.
L’islam a autorisé la Taqiyya d’une façon générale afin de protéger les musulmans contre tout préjudice susceptible de le nuire dans sa vie ou dans sa foi. Le terme s’est élargi chez les branches minoritaires au fil de l’histoire au point de devenir un des piliers de la religion à cause de la grande persécution qui a touché ces branches. La notion de Taqiyya a été mentionnée dans le verset coranique suivant :
« Que les croyants ne prennent pas de dénégateurs comme alliés au lieu de croyants. Le faire, ce serait vous couper totalement de Dieu, à moins que ce ne soit dans le but de vous prémunir contre eux ; néanmoins Dieu vous met en garde contre Lui-même. Dieu est omniprésent »1
Ainsi, la Taqiyya est une forme de prudence qui autorise le musulman à dissimuler ses idées et ses croyances mais cela peut aller jusqu’à avoir des agissements et des paroles en harmonie avec ce que les non-musulmans disent pour se protéger d’eux. Dans ce cas, ses convictions réelles doivent rester intactes. Cette attitude peut aussi aller jusqu’à montrer l’impiété à l’égard de Dieu et de Mahomet tout en gardant la foi au tréfonds de son âme dans le cas où il craint l’affliction.1 Traduction de Jacques Berque (note du traducteur)

La Taqiyya à travers l’histoire musulmane
La Taqiyya a été pratiquée dès le premier jour du message mahométan par le biais d’inviter certaines personnes à rejoindre la nouvelle religion en secret. Mahomet incitait ses compagnons à cacher leur foi et à continuer leur vie d’avant la conversion à l’islam quitte à pratiquer le paganisme en attendant de pouvoir annoncer le message à tout le monde.
Les branches minoritaires, notamment chiites, ont donc accordé beaucoup d’importance à la Taqiyya en en faisant l’un des piliers de l’islam et en stipulant que celui qui abandonnerait cette pratique sera considéré comme celui qui abandonne la prière. Ceci est dû à l’importante persécution dont a souffert cette branche à travers son histoire. Jusqu’à aujourd’hui la Taqiyya reste une pratique importante chez certaines communautés islamiques comme les alaouites et les druzes. Ces derniers feignent de faire la prière comme les musulmans en Syrie et en Jordanie mais au Liban et en Israël ils se considèrent comme une religion à part entière.
La Taqiyya politico-religieuse
L’arrivée au pouvoir des Abbassides est considérée comme un exemple des plus réussis de la pratique de la Taqiyya politico-religieuse qui a eu pour conséquences un bouleversement capital du pouvoir politique qui a permis aux Abbassides de prendre le pouvoir des Omeyyades avec tout ce que cela a impliqué comme changements au niveau de la doctrine musulmane.
Les sources nous informent que les activités secrètes en faveur des Abbassides ont duré un demi-siècle. Pendant cette période, les prédicateurs abbassides demandaient aux gens de prêter allégeance au calife abbasside et de désavouer le calife omeyyade tout en gardant cela pour secret dans l’attente de renforcer les troupes pour pouvoir s’emparer du pouvoir.
Pendant un demi-siècle d’activité secrète, les omeyyades n’étaient pas au courant de ces préparatifs dangereux sauf dans les cinq dernières années de leur règne lorsqu’ils ont perdu le
contrôle de la région de Khorasan et de la Transoxiane. Auparavant, les adeptes des abbassides pratiquaient la Taqiyya avec habileté, faisaient la prière au nom du calife omeyyade en injuriant Ali. Cet exemple sert comme modèle réussi et complexe pour la pratique de la Taqiyya dans le sens où il a abouti à l’effacement d’un califat qui était très riche et puissant en le remplaçant par un nouveau califat et une nouvelle dynastie avec une nouvelle doctrine.
La Taqiyya politique à l’époque moderne
Dans le cadre d’un mouvement de revivification d’anciens concepts en les utilisant, soit dans sa signification historique, soit en lui donnant une nouvelle signification, beaucoup de mouvements de l’islam politique ont revivifié la notion de Taqiyya et l’ont pratiquée pour protéger leurs sympathisants et pour dissimuler leurs plan politiques.
Par exemple, ils peuvent nier le jihad comme obligation islamique devant les médias occidentaux, éviter de parler de châtiments corporels tels que la lapidation, les coups de fouet, l’amputation de main pour le voleur, tuer le converti, etc. Et tout ce qui n’est pas conforme à la Déclaration universelle des droits de l’homme et de toutes les autres conventions internationales. L’un des dirigeants de l’UOIF est allé jusqu’à affirmer que « la loi et la Constitution républicaine sont notre charia » et c’est exactement une pratique de la Taqiyya qui oblige d’afficher une forme de « mécréance » devant les « mécréants » tout en le condamnant par le cœur pour se défendre. Les groupes islamistes incitent leurs membres à se raser, faire la bise, ne pas jeuner pendant le ramadan et de boire de la bière s’ils risquent de perdre leur travail surtout dans une situation où ils sont minoritaires.
La Taqiyya est également pratiquée par les bandes de l’islam politique dans les sociétés majoritairement musulmanes. Les Frères Musulmans y déclarent qu’ils sont démocrates et qu’ils s’engagent à respecter les droits des minorités et ceux de la femme et qu’ils n’appliqueront pas la charia mais une fois au pouvoir ils oublient leurs promesses et reviennent sur leur parole et se mettent à appliquer leur vrai programme car, après tout, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Cette méthode a porté ses fruits en Egypte et En Tunisie et a permis aux Frères Musulmans d’arriver au pouvoir avant qu’ils ne le quittent de différentes manières. Cependant, tout au long de leur règne, ils sapent toutes les règles démocratiques et toutes les valeurs
républicaines et portent atteinte au régime démocratique en créant des milices et en essayant de pénétrer l’Etat à travers son pouvoir exécutif, surtout les forces de l’ordre.
Rien de mieux que ce slogan scandé par les Egyptiens pour protester contre les Frères Musulmans : « Khan Ykhoun Ikhwan 2»
La trahison conjuguée à la Taqiyya avec tout ce que cela comporte de mensonges et d’hypocrisie représentent un fer de lance utilisé contre l’Etat-Nation pour essayer de le conquérir et de l’assujettir. C’est pour cela que la prudence s’impose. Il ne faut pas croire, naïvement, au discours de ceux qui disent ce qu’ils ne croient pas. Pour se prémunir contre ce cancer politico-religieux, il faut mettre au grand jour leur méthode de fonctionnement qui a réussi à détruire des pays tout entiers.
Haytham AbdelMoula
2 Slogan employé par les manifestants égyptiens contre Mohamed Morsi qui consiste en un jeu de mot. Le verbe khan qui signifie trahir a une consonance très proche de la racine akh qui veut dire frère ; le nom des Frères Musulmans se dit en arabe Ikhwan Moslimin. (note du traducteur)

Haythem Abdelmoula

 

Sayyed Al-Qimni : Le Voltaire du Moyen-Orient

Dimanche 22 mai, ce Voltaire des temps modernes, figure du monde intellectuel au Moyen-Orient, plusieurs fois condamné à mort et menacé pour oser défendre la laïcité est venu à Bruxelles à notre rencontre.

Il est très difficile pour moi, jeune Tunisien laïque et progressiste, de rester objectif en parlant de Dr. Sayyed Al-Qimni.

La lecture de ses livres représente un commun et une étape primordiale chez les jeunes progressistes du monde arabe dans leur long chemin vers la modernité et l’émancipation.

Malgré cette haute estime et un très fort sentiment de reconnaissance en Tunisie et plus largement dans le monde arabe, ce grand professeur égyptien est ignoré des lecteurs français pour n’avoir pu dépasser la barrière de la traduction.

Il m’a dit le 22 mai, à la conférence organisée par ADHOC à Bruxelles, qu’il pense que le combat pour les Lumières est achevé en Europe et en Occident, et qu’il écrit ses livres en arabe pour les arabophones qui ont un sérieux problème d’intégration dans la modernité et les valeurs universelles.

Le public français connait bien un Égyptien rétrograde qui s’appelle Tariq Ramadan. Les maisons d’éditions se bousculent pour publier ses livres contrairement à Sayyed Al-Qimni qui n’est jamais traduit.

J’ai donc souhaité présenter aux laïcs francophones ce grand monsieur, aujourd’hui septuagénaire, et dont l’héritage est déjà inestimable. En conscience, je sais qu’il est l’héritier des Lumières et un espoir, du Caire à Paris.

Ses oeuvres et sa méthode

Sayyed Al-Qimni a consacré sa vie à l’étude des sources de la religion musulmane et des religions monothéistes.

Son travail s’appuie de manière étonnante et en première intention sur des outils d’analyse inspirés du marxisme en analysant les moyens de production, les rapports de production, l’influence des conditions naturelles sur la pensée humaine et la sociologie dans la société arabe préislamique.

Il maitrise les outils de la religion comparée et il effectue littéralement une archéologie des textes arabes et islamiques.

Sayyed Al-Qimni utilise exclusivement des sources anciennes certifiées et acceptées par Al-Azhar, l’université islamique d’Égypte.
C’est sa technique pour se protéger des fatwas qui se sont succédées contre lui y compris celles d’Al-Qaïda en Mésopotamie en 2005. Le sort tragique de son collègue Faraj Fouda http://bit.ly/271DZmY, assassiné par des sympathisants des Frères musulmans l’a marqué.

Il a vu aussi le grand mufti de la mosquée Al-Azhar témoigner devant la justice et affirmer que Faraj Fouda mérite la mort, car il a quitté l’islam, légitimant le geste des assassins qui n’auraient en vérité fait qu’appliquer le verdict d’Allah, ce que selon lui, l’Etat égyptien aurait pu faire lui-même (Huit des treize accusés ont été acquittés. Plusieurs autres ont été relâchés en 2012 sur l’ordre du président membre des Frères musulmans Mohamed Morsi).

Sayyed Al-Qimni analyse donc l’islam par des paradigmes originaux, marxiste et laïque, en utilisant exclusivement les sources islamiques certifiées par al-Azhar (ce qui signifie qu’il n’a pas utilisé les sources islamiques chiites par exemple, et les contributions des orientalistes). Il a écrit plusieurs livres polémiques comme :

Les guerres de l’Etat du prophète [Mahomet], 1996

Il s’agit d’un livre écrit pendant la guerre de l’Etat égyptien contre le groupe terroriste Gamaa al-Islamiya (issue des Frères musulmans http://bit.ly/1OT0xQT). Il présente une étude historique des guerres faites par le prophète Mahomet après l’établissement de son Etat à Médine suite à son émigration de la Mecque après son échec face aux païens qui refusaient totalement la conversion à l’islam. Il analyse les causes, la fréquence des guerres (67 batailles au bout de 10 ans), l’intensité (extermination des juifs de Banu Qurayza http://bit.ly/21btR8g), les moyens, le discours guerrier, les techniques, les éléments de motivation… Son livre explique sans la moindre ambiguïté la genèse guerrière de l’islam à Médine après l’échec des méthodes pacifiques de conversion à la Mecque.

Cette œuvre s’intègre parfaitement dans la pensée de Sayyed Al-Qimni qui préconise un dépassement des dogmes religieux islamiques pour la création d’un Etat laïque, et d’un peuple capable d’agir de manière créative dans le monde, bien loin de ses actions sanguinaires actuelles.

Par ce livre, Sayyed Al-Qimni voulait profiter de l’état de choc général provoqué par les attentats barbares subis par le peuple égyptien, pour faire émerger une prise de conscience des origines du mal.

Il voulait mettre fin à l’enfumage exercé par Al-Azhar (représentant de l’islam officiel) en disant qu’il ne s’agit pas de l’islam et que ces terroristes n’ont pas compris les valeurs de la religion.

Le parti Hachimide, 1994

Un livre majeur de Dr. Sayyed Al-Qimni (vendu à 40.000 exemplaire avant le tirage ! )

Ce livre analyse la genèse de l’islam en donnant une réponse à la question suivante : est-ce que l’émergence de l’islam en Arabie était un évènement spontané ou un très long processus d’unification des tribus arabes dans un projet politique basé sur des fondements religieux ?

Al-Qimni commence par y analyser la structure sociale de l’Arabie avant l’islam, les conditions climatiques, les coutumes, la diversité religieuse, la structure tribale liée à un dieu, un ancêtre mythique ou un totem animal (d’où le tribut arabe Kalb (chien).

Il montre qu’un courant monothéiste a émergé bien avant l’islam par un arrière-grand-père de Mahomet lui-même et par l’effet des influences chrétiennes et juives. Et que certaines alliances commerciales entre tribus arabes ont commencé à émerger juste avant l’islam.

Le livre montre que la mentalité tribale des Arabes a bien façonné l’islam et que l’expansion de l’islam a permis à cette mentalité de s’exporter dans le monde entier.

Il démontre que l’islam n’était pour les Arabes qu’une sur-tribu, plus noble, qui a mis fin aux guerres entre les tribus pour le contrôle des ressources naturelles extrêmement rares.

Mais cette structure religieuse, la Oumma, ignore la notion de territoire et l’attachement à la terre, car les nomades n’ont pas de limites géographiques.

Ils ont une autre limite, Al Hima, qui signifie l’ensemble des terres protégés et contrôlées (sans présence physique) par la grande tribu. L’islam, cette nouvelle sur-tribu, a fait de la terre entière son Hima accordée par Allah, le nouveau chef tribal, aux membres de sa tribu, les croyants.

Il montre ensuite comment les branches de la tribu de Qoraych (la grande tribu de Mahomet) se sont comportées par rapport à l’action politico-religieuse de Mahomet.

Il démontre que subséquemment, la famille de Mahomet, les Hachimides, n’a pas pu garder le pouvoir après la mort de Mahomet car ses membres n’ont pas pu maitriser les anciennes structures tribales que leurs cousins les Omeyades avaient exploitées, pour créer leur premier royaume impérial.

Son combat

Sayyed Al-Qimni est le dernier à tenir un discours emprunt d’esprit populaire et social en Égypte.

Avec son style ironique inimitable, il dit les choses telles qu’elles sont, sans la moindre peur, et sans aucune complaisance avec la foule.

Ses difficultés ont commencé quand Al-Azhar a contraint l’Etat égyptien d’interdire son livre Dieu de ce temps (1997), car il présentait selon cette mouvance des idées blasphématoires.

Il a été interrogé par le Procureur de la haute sécurité d’Etat (نيابة أمن الدولة العليا) à la suite de ces accusations, dans le cadre d’une forme d’atteinte à la sécurité de l’Etat.

Il a malgré tout continué à dénoncer l’islamisation de l’Égypte, la montée en puissance du voile islamique et de la Burqa (il compare les femmes musulmanes voilées aux soldats de l’armée en uniforme), l’hystérie religieuse islamique qui touche tous les domaines de la vie (les banques, les médias, les films, le marketing…), et le terrorisme.

Sayyed Al-Qimni appelle à une révision complète du système et des manuels scolaires qui endoctrinent les jeunes et les transforment en bombes à retardement.

Il démontre que les illettrés égyptiens sont beaucoup plus rationnels et aptes à s’intégrer dans la modernité que les éduqués fanatisés par un système scolaire contrôlé par Al-Azhar.
Mais son ultime combat prend naissance après les attentats terroristes contre les hôtels à Taba en 2004.

Ce combat prend tout son sens dans un article intitulé C’est notre Égypte oh chiens de l’enfer, dans lequel il mène une charge impitoyable contre les terroristes, les spécialistes du blanchiment du terrorisme, et Al-Azhar.

Depuis, une fatwa universelle commande à tous les musulmans sur terre d’appliquer le jugement d’Allah et les commandements de Mahomet en égorgeant Sayyed Al-Qimni sur la place publique.

Al-Qaida en Irak a publié un communiqué qui indique que cinq de ses combattants vont le poursuivre pour le tuer jusqu’à la fin du monde.
Il a reçu en 2009 une récompense de l’Etat égyptien (20.000 €) grâce à l’appui du ministre de la Culture, Farouq Hosni (qui a subi lui-aussi des attaques farouches des islamistes après ses positions contre le voile, islamistes qui l’ont appelé le chien de la culture).

Mais c’était sans compter sur le prédicateur islamique Youssef Al-Badri, qui a déposé une plainte contre le ministre de la Culture en l’accusant de détournement de l’argent des musulmans pour le donner à un apostat.

Pour ne pas conclure

Sayyed Al-Qimni demeure l’homme de la polémique, le progressiste laïque intransigeant dans une société galvanisée par l’hystérie religieuse qui a détruit sa culture et sa beauté, et qui menace le monde entier par la terreur et la violence.

J’appelle l’Institut du monde arabe à traduire ses œuvres au lieu de gaspiller notre argent en aidant des organisations infiltrées par des islamistes. Ce serait si utile en Égypte… Comme en France !

Haythem Abdelmoula

L’islamisme est un fascisme

Par HAYTHEM ABDELMOULA

Michel Winock dans « Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France » (2004) a montré que l’extrême droite en France, en Europe et au monde repose sur 9 principes. Dans ce texte, je démontre que l’idéologie islamiste repose sur les mêmes principes de l’extrême droite européenne définis par Winock.

  1. « la haine du présent », considéré comme une période de décadenceLes islamistes, dans leur communication, montrent une haine viscérale à notre présent. Ils parlent de la fin des temps et des signes de l’approche de l’apocalypse (علامات الساعة). En insistant sur la fin très proche du monde, ils entraînent les gens dans des cycles de peur et de panique pour mieux les endoctriner. Leur propagande repose sur des textes religieux: Coran et Hadith qui parlent de cette apocalypse. Ce qui facilite leur prosélytisme dans la communauté musulmane.
  2. « La nostalgie d’un âge d’or »C’est l’âge de la Khilafa islamique, l’islam des conquêtes guerrières qui ont détruit deux grands empires: Byzantin et Perse. Ils insistent sur le fait que quelques Arabes bédouins ont détruit des armées régulières immenses: c’est un miracle ! Pendant cet âge d’or, ils avaient toutes les richesses et la gloire du monde. Dans les débats, les islamistes montrent que les premiers musulmans ont conquis le monde “ce qui prouve que leur religion est la vraie religion”. Cela repose certainement sur une erreur logique classique: l’argumentation par la conséquence. Mais cette démagogie populiste trouve une audience chez les gens sans le moindre esprit critique.
  3. « l’éloge de l’immobilité », conséquence du refus du changement ;Dans l’orthodoxie musulmane, il existe un concept très clair et très hais: Al bidaa (http://bit.ly/1s1FtOn) ce qui signifie la nouveauté. Pour une personne, “mobtadia مبتدع” qui signifie novateur, est un statut dangereux qui fait sortir le musulman de la tradition du bon Salaf السلف (http://bit.ly/1We4m5j) (signifie littéralement les bons ancêtres), c’est à-dire, la tradition mise en place par le prophète et ses compagnons. Cette tendance s’appelle le Salafisme et signifie le retour à cette tradition et le refus du changement et de la vie moderne.
  4. « l’anti-individualisme », conséquence des libertés individuelles et du suffrage universelDans l’idéologie islamiste, l’individu n’a pas de valeur en tant qu’individu mais en tant que membre d’un groupe de musulmans croyants: Al Jamaa الجماعة. La tendance individuelle est farouchement combattue et les avis qui sortent du cadre du consensus du groupe sont systématiquement réprimés par tous les moyens (bannissement, refus de mariage, assassinats…). Le droit à la différence n’existe pas car la différence mène à la discorde ce qui détruit le groupe des croyants. La logique derrière l’établissement de la charia est simple : la protection des méfaits (d’un point de vue religieux) est prioritaire par rapport à la réalisation des intérêts (دفع المفاسد مقدم على جلب المصالح). Cette approche réprime les besoins naturels de l’individu: amour, sex, liberté de pensée… au profit de la protection du groupe.
  5. « l’apologie des sociétés élitaires », l’absence d’élites étant considérée comme une décadence. Il est vrai que l’islamisme trouve un terrain favorable dans la classe moyenne citadine mais, comme toute idéologie fasciste, il cherche à établir une élite qui lui est favorable. En France, l’extrême droite a utilisé la lutte des classes pour réduire la bourgeoisie au capital juif et ses collaborateurs. Dans les sociétés arabo-musulmanes, l’islamisme cherche à anéantir les élites modernistes pour placer une élite islamisée. En Turquie, la bourgeoisie kémalite a été combattus par Erdoghane en la privant des marchés publics. En Tunisie, le chef des islamistes Rached Ghanouchi a dit explicitement: “Dieu aime les riches”. Une déclaration qui vise le rapprochement entre les islamistes et la bourgeoisie francophone. Le modèle économique proposé lors des élections législatives est trop libéral et ouvre le pays aux investissements venus des pays du golfe Persique. L’une des exigences de Salah Kamel, un milliardaire saoudien fils d’un leader historique des frères musulmans, pour développer la zone autour du lac de Tunis est d’y interdire la vente de l’alcool pendant 20 ans. La tradition musulmane dans le hadith accorde une forte importance aux origines sociales. Ainsi, il est très commode en Arabie Saoudite (pays gouverné par la charia) qu’un cousin porte plainte et demande devant un tribunal islamique que sa cousine divorce d’avec son mari car il appartient à une tribu moins noble que la sienne. L’islamisme cherche finalement à avoir une élite riche et loyale et il la considère comme primordiale dans la stabilisation de son projet. Les pays où les islamistes ont pris le pouvoir comme le Sudan, l’Iran, le Pakistan sont parmi les plus inégalitaires au monde. Pour établir cette bourgeoisie islamiste et cette élite profondément religieuse, l’islamisme mène un combat farouche contre la bourgeoisie éclairée et les intellectuels qui gravitent autour. Les islamistes modernes et leurs ancêtres (l’orthodoxie sunnite) considèrent les élites (philosophe comme Averroès (http://bit.ly/1T3qZ94), intellectuel comme Faraj Fouda assassiné en 1992 (http://bit.ly/271DZmY) comme des apostats qu’il faut tuer. L’orthodoxie sunnite a massacré massivement des intellectuels, des philosophes et des libres-penseurs et a réussi à étouffer le combat pour les lumières en terre d’islam pendant le 11-12e siècles. Les islamistes (leurs descendants légitimes) l’ont massivement pratiqué en Égypte (Faraj fouda, intellectuel égyptien progressiste qui avait voulu instaurer la laïcité en Égypte), en Algérie (des centaines de journalistes et d’universitaires), en Syrie (des universitaires, des ingénieurs…), au Liban (Hussein Marwa, intellectuel communiste athée) … Les islamistes en Tunisie (d’où je viens) expriment ouvertement leur haine envers l’élite moderniste en la qualifiant de ” la racaille francophone” الحثالة الفرنكوفونية
  6. « la nostalgie du sacré », qu’il soit religieux ou moral ;Il s’agit de l’idéal religieux pour les islamistes. La religion sort du cadre personnel et envahi littéralement tous les aspects de la vie en organisant les rapports avec les autres et ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter. Cela annule le libre arbitre et transforme l’individu à un robot
  7. « la peur du métissage génétique et l’effondrement démographique »C’est l’effondrement démographique qui affole les islamistes. Ils appellent à la polygamie, la suppression du droit à l’avortement, le mariage dès le jeune âge … En Tunisie, les médias islamistes sortent souvent des statistiques sur les femmes non mariées et présente ce fait comme un terrible problème qu’il faut résoudre en réinstaurant la polygamie annulée en 1956. Ils expriment aussi une méfiance des mariages avec des personnes d’autres confessions. Mais ils incitent le mari à inviter sa femme non musulmane à se convertir. Il est inutile de rappeler qu’il est interdit à la femme musulmane de se marier avec un non-musulman par la charia et par la loi dans tous les pays à majorité musulmane (56 pays)
  8. « la censure des mœurs », notamment la licence sexuelle et l’homosexualité L’homosexualité est un délit dans la majorité écrasante des pays musulmans.Les islamistes s’opposent farouchement en Tunisie par exemple à toute révision de la loi 226 du code pénal qui inflige une peine de 3 ans aux homosexuels (l’une des peines les plus clémentes dans le monde musulman). L’adultère, lui aussi, est un délit dans tous les pays à majorité musulmane. Les islamistes s’opposent au cinéma et à l’expression artistique en général. L’influence grandissante de leur idéologie dans le monde arabe a conduit à la censure systématique des films et des animes Japonais. De plus, la promotion du voile, voile intégrale et du niqab s’intègre dans cette haine envers le corps humain en général et le corps de la femme en particulier. La démagogie islamiste, en Tunisie par exemple, établit un lien magique entre le mini-jupe et la sécheresse. Ils vous expliquent que “c’est à cause de l’indécence de nos femmes que dieu nous a privé de la pluie” ! Ainsi, voiler les femmes signifie, pour eux, le retour de la grâce divine et une protection contre son châtiment dans la vie et dans le jour du jugement dernier.
  9. « l’anti-intellectualisme », les intellectuels n’ayant « aucun contact avec le monde réel » (Pierre Poujade)L’intellectuel représente tout ce que l’islamiste déteste: la liberté de pensée, l’esprit critique, l’interrogation, l’auto-critique … La technique qu’ils utilisent pour les combattre depuis 1400 ans est la décrédibilisation devant la population. Ainsi, l’intellectuel est l’apostat méchant qui a une haine contre l’islam. On peut lui inventer aussi des origines juives. Cette pratique était appliquée à Ibn Alrawandi (un septique athée très connu au 8e siècle). Aujourd’hui, l’intellectuel laïque arabe est taxé d’application d’un agenda sioniste…

Ainsi, l’islamisme est incontestablement une extrême droite fasciste et ultra rétrograde. Cette idéologie représente l’obscurantisme religieux à l’état pur. Qu’ils soient combattus par l’extrême droite nationaliste en Europe ne leur donne pas un statut progressiste. Finalement, Soral a bien compris la forte proximité entre ces deux extrêmes.

La laïcité : un principe mondial

Je suis Haythem Abdelmoula, un jeune Tunisien vivant en France.

L’expérience quo­ti­dienne et mon amour pour l’histoire ont forgé chez moi l’idée qu’un État fort laïque et pro­tec­teur des liber­tés et des droits est le garant d’un espace com­mun ration­nel et moderne. L’espace publique repré­sente notre com­mun que nous par­ta­geons en tant qu’individus libres et dignes. Cet espace doit gar­der son carac­tère are­li­gieux, car l’histoire et même l’actualité dans plu­sieurs pays à tra­vers le monde montrent que le reli­gieux trop impli­qué dans l’espace public, est un outil de tyran­nie et d’oppression. Le reli­gieux repose, par défi­ni­tion, sur les dogmes de la foi. Et dans sa quête d’appréhender l’humain dans toute sa com­plexité, il est devenu essen­tiel­le­ment contra­dic­toire. Ainsi, le prendre trop au sérieux et l’extrapoler loin de la sphère per­son­nelle à l’espace publique (pro­blème de société, vie poli­tique et par­fois la vie tout cours) est la cause de conflits inter­mi­nables qui peuvent conduire jusqu’à la guerre totale. La com­plexité de l’humain est tell qu’aucune pen­sée repo­sant sur des dogmes (reli­gion, idéo­lo­gie.…) ne peut pas l’expliquer.

C’est pour cela, la moder­nité, cette rup­ture avec le tota­li­ta­risme reli­gieux, qui repose sur l’individualisme, la ratio­na­lité et les liber­tés, a retenu les leçons de l’histoire en adop­tant l’espace com­mun sécu­la­risé comme seul garant des liber­tés indi­vi­duelles.

En d’autres termes, la laï­cité. Et puisque l’humain est uni­ver­sel, la rai­son est uni­ver­selle, les liber­tés sont uni­ver­selles et le péril tota­li­taire est, mal­heu­reu­se­ment, uni­ver­sel, la laï­cité devient elle-même une néces­sité uni­ver­selle indé­pen­dam­ment des dif­fé­rences cultu­relles. De nos jours, les esprits prés-modernistes et obs­cu­ran­tistes, ren­for­cés par leur nombre, les finan­ce­ments énormes qu’ils obtiennent et la mon­dia­li­sa­tion des moyens de com­mu­ni­ca­tion, attaquent fron­ta­le­ment ce modèle. Ils impo­sant dans espace public des idées mar­quées par une hys­té­rie reli­gieuse pro­fonde qui carac­té­rise un retran­che­ment iden­ti­taire et un malaise civi­li­sa­tion­nel avec la moder­nité et l’esprit des lumières.

Ces idées, qui réduisent l’être humain à son appar­te­nance reli­gieuse issue d’une com­bi­nai­son de trois hasards bio­lo­gique, géo­gra­phique et his­to­rique, sont un dan­ger immi­nent sur la société et l’espace publique.

Il est regret­table de voir que cer­tains défendent ces dérives iden­ti­taires au nom de la dif­fé­rence cultu­relle et la pro­tec­tion des mino­ri­tés. Qu’ils pensent à la défense des membres de ces mino­ri­tés écra­sés sous les car­cans des dogmes, iso­lés du reste de la société et même sor­tis du cou­rant de l’histoire. Qu’ils prennent en consi­dé­ra­tion l’universalité du com­bat pour la laï­cité et que les peuples ont tous droit à l’émancipation, à la liberté de conscience et à un espace public ratio­na­lisé. J’ai l’honneur d’avoir deux pays: un pays de nais­sance et un pays de culture et d’art de vie. À tra­vers les deux rives de la Méditerranée, il s’agit du même com­bat, même idéal et même espoir ! Vive la République !

Haythem Abdelmoula

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