“BarakaCity” Canal + Le Supplément de buzz nauséabond

Beaucoup de controverse depuis quelques jours autour de la prestation de Najat Vallaud-Belkacem sur le plateau du Supplément de Canal+ face aux propos tenus par Idriss Sihamedi, président de l’O.N.G. BarakaCity, qui se définit elle-même sur son site Internet comme une « association humanitaire qui vient en aide aux populations démunies partout dans le monde ». Invité au sein de l’émission d’Ali Baddou pour évoquer la détention au Bangladesh de Moussa Ibn Yacoub, jeune français converti à l’islam, le fondateur de cette association à la réputation sulfureuse déclare en effet être un musulman « normal », reconnaît ne pas serrer la main des femmes et refuse de condamner Daesh d’une voix claire.

Si la ministre de l’Éducation nationale explique aujourd’hui dans le Parisien un positionnement déterminé par une « espèce de sidération partagée par l’ensemble des participants et du public », ce que l’on peut comprendre face à l’énormité des propos tenus, par le refus de de se prêter « à ce petit jeu nauséabond consistant à inviter des gens infréquentables pour faire du buzz », il reste tout de même que cet évitement, cette non-réappropriation du débat de la part d’une élue semblent avoir créé un sentiment de frustration chez tous ceux qui veulent réaffirmer l’idée et la possibilité d’une communauté unie autour de principes partagés dans le cadre républicain.

Najat Vallaud-Belkacem reconnaît tout de go être « mal à l’aise » — elle semble s’exprimer à ce moment-là en simple citoyenne — et cette gêne l’empêche de se saisir d’une parole de rassemblement qui vienne asseoir, par la bouche d’une de ses représentantes, la grandeur de l’idéal républicain. Mal à l’aise, les spectateurs le sont aussi. Mais après tout, c’est la République dans son ensemble qui se trouve être « mal à l’aise » dans sa confrontation à l’extrémisme islamiste, et cela a été le cas dès le premier jour. Une guerre, c’est un ennemi commun et identifié, et des alliés qui le sont également.

Mais autour de nous, l’alliance des discours et des intentions — et c’est le jeu de la démocratie — peine à voir le jour, avec des voix franchement discordantes qui se font entendre, prônant la tolérance de l’intolérable.

Alors comment dissiper ce malaise, ce mal-être qui nous empêche de vouloir nous réapproprier aujourd’hui notre rêve en termes de liberté, d’égalité et de fraternité à une époque où la barbarie et l’obscurantisme prétendent faire leur retour et dicter leur loi ? Peut-être manque-t-il cette impulsion conférée par le verbe, par l’assurance, par la confiance en soi. Par la conviction de proposer un projet de société crédible et pertinent. Devrions-nous déplorer le manque de réaction de Najat Vallaud-Belkacem face à M. Sihamedi ? Rappelons-nous que nous-mêmes avons la même obligation de promouvoir à la face du monde une République laïque qui soit fière de ses valeurs face à l’antisémitisme, au sexisme, au racisme, à la violence et à l’obscurantisme. Cette responsabilité est d’abord la nôtre, ici et maintenant.