Ahmed Meguini : “Va, vis et deviens Français”

Je m’appelle Ahmed et je ne suis pas Musulman. Habituellement, comme tous les athées, je le tais. D’abord parce que c’est intime, l’athéisme est une solitude et la solitude ça ne se partage pas. Il y a une autre raison : j’ai souvent eu peur de froisser mes ex- coreligionnaires. Pour un grand nombre de Musulmans, je suis ce qu’il y a de pire : un apostat. Dans la plupart des pays musulmans, je risquerais la mort pour cela.
Je suis un citoyen français et je n’ai pas d’autre identité à défendre que celle qui a permis mon émancipation. Je suis libre de croire ou de ne pas croire et pourtant, pour ma sécurité, jusqu’à aujourd’hui, j’ai cru bon de ne pas exposer ma non–foi.
Cette lâcheté, que j’assume comme telle, n’est plus permise aujourd’hui. En nous attaquant et en nous tuant, les assassins on révélé une terrible faille sismique. Elle n’était pas nouvelle mais, comme vous, je me mentais à moi-même.
Je n’ai pas pu avoir la même rapidité d’analyse que ceux qui ne souhaitent « ni rire ni pleurer » et qui, en un temps record, ont mis sur pied un débat sur la place des jeunes Musulmans en France. Non je n’ai pas pu, et n’en déplaise à Spinoza, j’étais occupé à pleurer.

Dieu assigné à résidence

Je réponds à leur question : « l’Islam est-il compatible avec la République ? » en disant simplement que c’est la République qui ne sera jamais compatible avec l’Islam, comme avec n’importe quelle autre religion. C’est pourquoi il y a plus d’un siècle, nous avons assigné Dieu à résidence. Parce que c’est le concept même de Dieu qui n’a pas sa place dans la République. Je ne vois pas, je ne fréquente pas et je ne parle pas à des Musulmans, à des Catholiques et à des Juifs, et ça n’arrivera jamais. Je ne reconnais que mes concitoyens, et qu’ils croient aux extra-terrestres ou à un homme qui change l’eau en vin, cela ne m’intéresse absolument pas. À ceux qui en réponse aux actes de terrorisme souhaitent débattre de l’Islam, je les invites à entamer au plus vite un cursus en théologie islamique, mais laissez-moi ma France ! Celle où je dois pourvoir vivre sans Dieu et sans me faire insulter dans ma non-foi. Frappez la République à coups de tête pour y enter en tant que Musulman, Catholique, Protestant, Bouddhiste ou Juif. Frappez encore, frappez plus fort et nous verrons bien qui de votre tête ou de la République cèdera en premier. Même si nous, Républicains laïcs, étions demain pris de panique, terrorisés par nos ennemis et prêts à tout céder, nous ne le pourrions même pas. Cette idée de liberté et de justice qui s’est affutée à travers le temps ne nous appartient pas, elle nous dépasse, un peu comme votre Dieu. La laïcité, c’est ce que nous avons trouvé de mieux pour vous permettre de vivre vos croyances tout en admettant la primauté des lois de la République sur vos lois divines. D’autres pays n’ont pas laissé ce choix à leur population. Les uns interdisent la religion, d’autres la rendent obligatoire. Si vous ne comprenez pas en quoi la laïcité vous protège, je ne vous l’expliquerai pas, je vous opposerai la loi, parce qu’elle me protège moi aussi. Si vous voulez comprendre, je vous invite à vous rendre dans une bibliothèque.

Une barque et des rames

Je n’ai pas d’autre choix que d’engager un combat, que je promets féroce, contre ceux qui préfèrent s’adresser aux Musulmans plutôt qu’à leurs concitoyens. Comme d’autres, j’ai consacré toute ma vie d’adulte à devenir et à être admis en tant que Français. Je suis de la première génération à être né en France. Sur mon acte de naissance, il est écrit « père soudeur » et « mère femme de ménage », comprenez : « T’es plutôt mal barré dans la vie ». Aujourd’hui je suis père, chef d’entreprise et j’ai une vie relativement confortable. À l’école, j’ai fait le minimum, j’ai terminé mon parcours scolaire crashé dans une voie de garage au milieu d’un BEP grotesque. Cet enseignement minimum obligatoire m’a offert une barque et une paire de rames. Alors j’ai ramé, j’ai ramé la nuit et j’ai ramé le jour, scrutant inlassablement l’horizon à la recherche d’une terre, la France.
Mes parents parlaient mal le Français, avec des erreurs de syntaxe et un fort accent maghrébin. Ils étaient pauvres en France ; ils l’étaient d’avantage dans leur pays d’origine. Je me souviens qu’il arrivait que l’on me dise que j’avais de la chance d’avoir une double culture. Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, je me disais simplement que « deux » c’est mieux que « un ». Il a fallu que je découvre un peu de la culture française pour appréhender l’étendue de ma pauvreté, de ma faim aussi.
Cependant j’ai profité d’une intuition de ma mère qui m’a dit « Tu sais, nous, on ne comprend pas très bien comment ça marche en France, imite-les, toi tu finiras bien par comprendre. » Elle ne m’a pas dit ce que d’autres, dans le même cas que moi, pouvaient entendre de leur parent : « Nous ne sommes pas chez nous, nous sommes venus travailler et nous rentrerons au pays ». Le pensaient-il vraiment ? Se mentaient-ils à eux-mêmes ? Je ne sais pas, en revanche ce que j’ai vu, c’est qu’ils sont restés et qu’ils ont condamné leurs enfants à une vie de pérégrination, d’éternels étrangers, pas vraiment d’ici, et encore moins de là-bas.

Être Français

J’ai eu la chance de faire ce chemin tortueux vers la France. Je voulais devenir Français, parce que dans mon esprit, j’étais d’ici ; parce que contrairement à beaucoup de Français qui ont les mêmes origines que moi, mon père est enterré ici et c’est ici que je finirai ma vie. Mais je ne savais pas ce que ça voulait dire, être Français. J’ai dû inventer, me jeter loin de moi, de ce que je croyais savoir. J’ai par exemple porté l’uniforme, je me disais qu’ainsi on ne pouvait pas penser que j’étais autre chose qu’un Français. Si je ne savais toujours pas ce que ça voulait dire au moins j’en avais l’air. Adolescent, j’étais jeune sapeur pompier, je m’exerçais à des manœuvres incendie, au secourisme. À peine majeur, je suis devenu sapeur pompier volontaire. Et puis il y a eu l’armée, je voulais absolument partir en opération à Sarajevo. Je pensais qu’en servant la France dans un pays en guerre, j’aurais alors un argument de poids à opposer à ceux qui pouvaient douter de mon attachement à mon pays. Le seul moyen de partir en opération extérieure dans mon régiment était de s’engager, je me suis donc engagé. Un mois plus tard, j’étais en territoire bosniaque et je regardais fièrement l’écusson tricolore sur mon épaule. Je m’appliquais sans le savoir ce mot de Kennedy : « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays ».

Ni victimes, ni bourreaux

Oui, il a été sinueux ce chemin vers la France qui me fit faire un détour par la case prison. Arrêté dans une manifestation et condamné à tort pour violence sur agent des forces publiques, j’ai été incarcéré trois mois dans une maison d’arrêt alsacienne. Ce que j’y ai vu m’a profondément bouleversé. La première fois que j’ai vu une promenade, j’ai été choqué de n’y voir que « des Arabes et Noirs ». Je les regardais tourner en rond, ils étaient là, rassemblés, les pérégrins pérégrinaient. J’ai été très en colère, j’aurais pu sortir de là fou de haine si je n’avais pas eu le soutien de milliers de militants, de Français qui avaient pris fait et cause pour moi. Ils m’ont aidé à comprendre que la France c’est aussi une ambition qui appartient à ceux qui la défendent et comme dans les mariages, il n’y a pas que des jours heureux. Eh oui, bien souvent j’ai eu l’impression d’aimer la France comme un mari cocu.
Souvent je repense à cette promenade de prison comme la manifestation la plus évidente de notre échec. L’échec d’un pays tout entier, où chacun a sa part de responsabilité. L’État, bien sûr, mais aussi certains employeurs qui quand ils ne pratiquent pas ouvertement la discrimination à l’embauche, font preuve de peu de créativité. De nos préjugés, à chacun de nous, d’avoir cru que la police et la prison étaient la réponse à tout, faisant semblant d’oublier que les détenus ont vocation à sortir, et souvent, plus en colère encore que quand ils y sont entrés. C’est aussi l’échec des familles de ces prisonniers, et des prisonniers eux-mêmes, qui doivent assumer leur part de responsabilité.

Lâcheté et paresse

Nous ne sortirons pas de cette impasse si chacun ne fait son autocritique. Si nous retombons dans ce débat stérile de la xénophobie à géométrie communautaire variable, l’auto-flagellation d’un coté et les revendications victimaires de l’autre. Nous serons condamnés à la guerre de tous contre tous. Alors je prends ma part en dénonçant ici une forme de duplicité chez beaucoup de Français qui ont les mêmes origines que moi. Je dénonce ceux qui n’ont jamais fait le choix de la France et qui réclament tous les droits ; bien que nés Français sur notre territoire, quand ils disent « le pays » ils ne parlent pas de la France. Ils ne souhaitent pas vivre dans les États totalitaires d’où sont venus leurs parents mais souhaitent bâillonner la liberté d’expression ici. Oui, la France a construit les conditions d’une ghettoïsation sociale et ethnique mais, avant cela, elle a construit des logements. Mais qui dénonce la complicité active de ces communautés qui se donnent tant mal pour se ghettoïser elles-mêmes, en cultivant cet entre- soi ethnique ? Si nous ne sommes pas allés vers eux, beaucoup ne sont pas venu vers nous non plus.
J’ai été accusé sur un réseau social d’être un « faux arabe » alors même que je m’affirme en tant que Français. On est accusé de « faux arabe » dès que l’on fait preuve d’un peu de sens critique publiquement. La règle, c’est la solidarité confessionnelle, on peut critiquer en privé, « entre nous », mais jamais en public. Accusation plus étrange encore : j’ai été dénoncé comme « Juif », « Sioniste », parce que je dénonce l’antisémitisme. Un schéma d’une incroyable absurdité et très largement répandu. En postulat, il faudrait imaginer que les Juifs et Israël c’est pareil. Donc si vous défendez un Juif c’est comme si vous attaquiez la Palestine. Si tous les Français issus de l’immigration ne pensent pas de cette manière, ils ne dénoncent quasiment jamais les prêcheurs de ces absurdités, par lâcheté, par paresse.

Le xénophobe bienveillant

Il faut encourager la prise de parole à l’initiative de ceux qui adhèrent pleinement aux valeurs de la République et qui se taisent aujourd’hui. Il faut réduire la capacité de nuisance de ceux qui ont le génie de la division, qui nous accablent en nous faisant éternellement le coup de la victime. Pour cela nous devons savoir être nous-mêmes, apprendre à être sereins et implacables avec nos valeurs. Cessons cet auto-dénigrement permanent. À être trop vigilant quant à notre propre xénophobie, on en devient un xénophobe bienveillant. Je rencontre parfois des gens qui ne m’aiment pas parce qu’ils n’aiment pas les Arabes et je ne peux rien y faire. Mais le pire pour moi, c’est de rencontrer des gens qui m’aiment bien parce qu’ils aiment bien les Arabes. La xénophobie bienveillante, qui au nom de la tolérance me voit, comme les autres, comme un Arabe. Alors pour me faire plaisir, pour être gentil avec moi, ils veulent discuter de la place que l’Arabe, maintenant le Musulman, mérite. Je vous le dis ici : je n’ai pas besoin de vous, par pitié arrêtez de vouloir m’aider. Je me suis fait une belle place de Français dans mon pays, grâce à mon pays et grâce à ma brave mère qui m’a élevé du mieux qu’elle a pu avant de me laisser partir avec pour seule consigne : « Va, vis et deviens Français. »

Ahmed Meguini

Lettre d’un ami

J’ai reçu ce courrier qui m’a profondément bouleversé, avec l’autorisation de l’auteur j’ai voulu vous le partager. Depuis que j’ai décidé de m’exposer dans ce combat contre l’obscurantisme et pour la laïcité, ces témoignages d’amitiés, ces partages d’expériences, ces rencontres de destin à destin sont devenus la source de ma volonté.

Bonjour Ahmed.

Je suis fier de faire partie de tes “amis” FB.

J’espère te rencontrer un de ces jours de visu, mais j’ai l’impression de te connaître. De t’avoir toujours connu, apprécié et aimé comme un ami, comme un frère en humanité.

Ça c’est dit…

Laisse-moi si tu le veux bien te raconter mon histoire.

Je suis métisse, Karim Dubois est mon vrai nom et non pas un pseudo comme beaucoup le pensent … (à croire que le métissage n’est encore vraiment dans les mœurs …)
Ma grand-mère maternelle a fuit l’Algérie (la Kabylie pour être précis) avec ma mère (plus jeune qu’elle de 14 ans) sous le bras suite à un mariage forcé. Pour fuir l’islamisme qui arrivait à grand pas avec les “professeurs” égyptiens, pour fuir les oncles qui commençaient à tabasser ce qui ne rentrait pas dans le Moule.
Son époux alors l’avait suivi, elle avait eu de la chance dans son malheur l’homme qui lui avait été choisi s’est avéré être un homme bon. Mais fragile. Accident de la circulation.
Elle s’est alors retrouvée veuve avec deux enfants. Ma mère et son petit frère.
Aides de la Cimade, foyers, citées d’urgence, la galère …
Mais elle a fait le pari de la France. Elle a interdit à ses enfants de parler arabe. Les a poussé autant que faire se peut vers son nouveau pays. L’Algérie n’a dès lors plus été “le pays” comme tu le dis si bien dans ta “règle du jeu”.
Elle a néanmoins aussi été résistante car avait une conscience politique, a passé des armes dans le métro parisien destinées à la résistance du FFS.
Ma mère se souvient de réunions clandestines avec Aït Ahmed …
Elle vis aujourd’hui une retraite paisible avec ses deux chats en Province.

Ma mère s’est donc “naturellement” assimilée en tant que française, et a pris exclusivement comme siennes ses valeurs. Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité.
Et l’athéisme (aujourd’hui au crépuscule de leur vie elle dit agnosticisme) de surcroît …

Mai 68, les “communautés” baba-cool, Pink-Floyd, et la rencontre avec mon père.

Feu mon grand-père paternel paysan tourangeaux quant à lui est un rescapé des camps. Il a combattu les nazis et s’est fait prendre sur le front. Il a été sauvé à quelques jours près par l’armée rouge.
Ce qui l’a laissé redevable et donc communiste (pour simplifier)
Pas bouffeur de curé quand même car dans le village la vie (et la mort) est rythmée par les rassemblements à l’église mais quand même un peu …
Ma grand-mère elle était croyante mais pas bigotte.

Mon père est donc né les pieds dans la bouse, est monté à Paris avec son Certif, a commencé aux fonderies Citroën, a terminé sa carrière cadre sup’ dans une multinationale d’assurances. Une success story d’un self-made man comme on n’en fait plus.

Durant sa jeunesse il a été Trotskiste, a cotoyé bon nombre des pseudonymes connus encore à ce jour (Lambert, etc.)
Mai 68 sur les barricades, pas avec les étudiants mais avec les travailleurs immigrés des fonderies.

Rencontre avec ma mère. Un beau mariage laïc (7 confessions), une fille et un fils.

On a été élevés ma grande-sœur, et moi donc dans le triptyque républicain, le respect, et la culture.

On a hérité ma sœur et moi des vieux Hara-Kiri, des vieux Charlie, et des vieux albums de Reiser, Wolinski, Cabu, de notre papa.
Quel bonheur ! Quelle fraîcheur ! Quelle Liberté !

Alors on a repris le flambeau. Chacun dans son style.
Ma grande-sœur est devenu Capitaine de Police, alors qu’on était “allergiques” aux uniformes ! C’est l’une de nos plus grandes fiertés que lorsqu’elle a défilé sur les Champs le 14 Juillet.

Quant à moi je suis passé par de nombreuses cases, révolutionnaire (leader des manifs anti Juppé), artiste (15 années de piano au conservatoire), décadent (après le conservatoire, de nombreuses expériences de musiques actuelles avec comme leitmotiv : sex, drug & Rocknroll), repenti (suite à 24 heures en GAV), ascète (après mon départ à Paris pour bosser durant 5 ans de nuit dans la restauration dans le triangle d’Or Parisien), puis épanoui désormais avec ma fille pour seul phare.

Tout pourrait aller pour le mieux sauf qu’en Janvier 2015, ils ont décimé Charlie.

Je me souviendrai de ce jour comme du 11 Septembre. Tout, l’heure, ou je me trouvais, le costume que je portais, mon poids sur le fauteuil, la couleur du ciel, l’odeur de l’air, la nausée qui m’avait alors envahi.
Ils avaient tué Cabu, l’homme le plus gentil de la Terre, mon enfance, Récré A2.
Ils avaient tué Wolinski, un véritable génie; un grand-père.
Ils avaient tué Charb ! LE Charb ! Notre Charb …
Ils avaient tué Oncle B. L’un de mes “frères”.
Et tous les autres …

Et depuis cela ne s’arrange guère …

L’incompétence des politiques mise à nue, leur opportunisme et leur degueulasserie pour certains. La peste brune qui monte.
Des plus en plus de voiles, de barbes, comme autant de violences visuelles qui me giflent à chaque fois, comme une message subliminal “je vaux mieux que toi mécréant”, alors que mes ancêtres se sont battues pour l’enlever.

Mon épouse, d’origine noire Africaine mais dont les parents se sont moins intégrés … pas du tout la même histoire.
Me suis rendu compte en définitive qu’elle n’était pas du tout Charlie, son frère désormais complotiste assumé et fan de Dieudo. Sa mère qui désormais se recouvre la tête …
Ils avaient bien caché leur jeu en fait. Aujourd’hui les masques sont tombés et ils ont choisi leur camp. On va se séparer.
J’essaierai de sauver ma fille de ce cauchemar… par l’éducation, par la culture.

Alors je leur en veut à mort à tous ces fous de Dieu. Ils cherchent à détruire mon pays, ils ont tué mes héros, mon mariage peut-être le futur de mon enfant.

Et toi tu es là. Un bouffée de fraîcheur dans ce monde. Du courage à la pelle et une vision acerbe et forte.
Continue, ne lâche rien, fait gaffe aux cons.

Et encore merci. On a besoin de ton combat.

Karim

Les mesures à prendre et les signaux à envoyer d’urgence

La classe politique est indiscutablement devenue le groupe le plus détesté juste après les terroristes. Comment demander à ceux qui nous inquiètent de nous protéger ? L’attentat de Nice a révélé de la façon la plus cruelle et la plus angoissante qui soit, la vacuité, l’impuissance, pire, une forme de dangerosité des responsables politiques du moment, toutes obédiences confondues. Leur panique aurait été risible si elle n’était pas mortelle. Je ne rentrerai pas plus dans le détail de cette critique qui ne produira rien pour me concentrer sur les mesures à prendre et les signaux à envoyer d’urgence. Sur les réseaux sociaux l’avant-garde progressiste, laïque et républicaine est unanime et dit en substance : La fête du slip c’est fini.

Ceux de nos concitoyens qui ne partagent aucune de nos valeurs républicaines, laïques et démocratiques de liberté, d’égalité et de fraternité n’ont que deux options. S’ils ont une autre nationalité à présenter, ils quittent définitivement notre territoire. Quant à ceux qui n’ont pas d’autres nationalité à présenter nous avons le devoir de faire en sorte qu’ils le regrettent. Les mosquées Salafistes et Wahhabites doivent être considérées comme les permanences d’un parti fasciste, armé, dangereux et traité en conséquence.

Nous devons le plus rapidement possible mettre en place le programme Apollo de l’environnement avec pour mission sortir du pétrole en 10 ans. Nos meilleurs spécialistes, chercheurs, écologistes et industriel dotés d’un budget illimité seront chargés de nous démontrer le génie français. Les pays voisins qui souhaitent s’associer à la plus grande aventure européenne depuis la révolution industrielle seront les bienvenus. Nous avons conquis l’espace, nous allons maintenant conquérir notre destin. Sortir du pétrole à court terme est un enjeu vital qui conditionne toutes les autres mesures.

Pour les générations à venir, nous instaurerons un service civique obligatoire d’un an dès 18 ans. Pas une connerie pour fournir du personnel gratuit aux associations, non un vrai service, on vit ensemble, on mange ensemble, on dort ensemble et le plus loin possible de la maison familiale. Ces conscrits apprendront les techniques de premiers secours, des différents sauvetages comme les inondations ou les tremblement de terre, la logistique humanitaire ou encore la gestion de projet. Le plus important : ils mangeront, dormiront et rêveront : République.

L’école doit reprendre de toute urgence sa mission propagandiste de la République, il n’est plus question d’éducation mais d’instruction, on fabrique prioritairement des citoyens et secondairement de la main d’œuvre qualifiée. Nous préférerons toujours côtoyer un chômeur républicain à un ingénieur d’Al-Qaïda.

Sortir de la question du chômage, comme le dit l’adage : « Il n’y a pas de problème que l’absence de solutions ne puisse résoudre. » L’homme a maitrisé le feu, l’eau, l’agriculture par curiosité et instinct de préservation, sans que ses efforts n’aient été conditionnés à un revenu et à un niveau de vie. Libérons-nous de la peur, sécurisons ce qui est possible et offrons-nous un revenu universel.

Ces quelques mesures sélectionnées parmi tant d’autres pour répondre à l’urgence sont déjà un profond bouleversement de la société française mais chacun comprend que si nous ne sommes pas les auteurs du changement, nous en serons les victimes.

Alors maintenant, comment faire pour porter ces mesures ? Faut-il faire pression ou doit-on s’organiser pour prendre le pouvoir ?

Ahmed Meguini

Je ne pardonnerai pas à cette gauche

Les seuls à pouvoir provoquer une colère qui rivalise avec celle qu’engendre chez moi les terroristes de Daesh sont les traîtres qui maquillent leur lâcheté en antiracisme. Cette même colère qui vous réveille la nuit, qui produit des scènes de violence dans mon esprit. J’ai eu a subir le vrai racisme celui qui burine le cœur et l’esprit pour le reste de votre vie. Je me suis battu, souvent bien seul, pour me faire admettre comme Français. J’ai servi mon pays comme Sapeur Pompier volontaire puis comme engagé volontaire de l’armée de terre et aujourd’hui ici, au sein du réseau LaïcArt. Entre ces engagements mes combats ont toujours été à gauche, cette gauche qui m’a soutenu quand j’ai été injustement arrêté, quand on m’a jeté en prison pour un délit que je n’avais pas commis et une partie de cette gauche voudrait me faire passer pour un islamophobe aujourd’hui ? Moi le fils d’immigrés algérien et marocain, né en France d’un père soudeur et d’une mère femme de ménage, c’est ce qui écrit sur mon acte de naissance, j’ai eu énormément de chemin à parcourir en navigant entre racisme et xénophobie bienveillante pour être le Français que je suis aujourd’hui. Ceux qui veulent m’ôter cela en me faisant passer pour un raciste islamophobe, comprenez que vous vous attaquez au combat d’une vie et que ce monde n’est pas assez grand pour pouvoir échapper à ma colère. Désolé ne pas être un Musulman fragile qui fait appel à votre pitié, à votre charité humanitaire, je suis un citoyen, un Français libre, je n’ai que ce que j’ai pris et pour me le reprendre, il faudra venir le chercher.

Je ne vous salue pas

Ahmed Meguini

8 mars : journée de la femme de banlieue

Moi je dis : et les femmes, dans tout ça ?

C’est bientôt la Journée de la femme, alors parlons des femmes. Vous me direz : les femmes, on en parle tout le temps en ce moment. Après le grand débat sur Jacqueline Sauvage — est-ce qu’une femme victime de violence a le droit à une légitime défense face à son mari agresseur quand la loi ne la protège plus ?— il y a eu aussi le débat sur les viols et les agressions sexuelles à Cologne — est-ce que les femmes occidentales doivent se tenir à distance de bras des hommes musulmans ? Et maintenant, il y a un autre grand débat, sur Kamel Daoud : dans tous les journaux, des gens débattent pour savoir si en France il est permis de débattre sur les femmes et sur les Musulmans ? Moi je dis : et les femmes, dans tout ça ? J’aimerais être sûre que vos symboles ne sont pas des obstacles pour voir la réalité comme elle est. Vu de chez moi, de mon 4 pièces de Sevran, j’ai souvent l’impression que ces débats, comme ceux qui ont suivi les attentats contre Charlie, de l’Hyper Casher et ceux du 13 novembre, ne servent que ceux qui préfèrent parler des problèmes plutôt que les régler.

En France aujourd’hui, les femmes ne sont pas égales aux hommes. C’était vrai pour moi, quand je cherchais un travail alors que j’étais mère divorcée et qu’on me disait que je risquais d’être plus absente qu’un homme si mes enfants tombaient malades. C’est vrai pour ma voisine Souad quand elle appelle la police pour dire que son ex-mari tape à la porte et qu’elle a peur et qu’on lui répond : « on viendra dans deux jours, vous pourrez attendre ? ». C’est vrai pour les femmes qui appellent le 115 (le numéro des sans abri). C’est vrai pour les mamans qui pleurent parce que leur garçon est en Syrie et qu’on leur fait des reproches au lieu de les aider.

 La ville de banlieue, réservée aux hommes, nous est interdite

Il y a des lois en France, qui protègent tous les citoyens. Les droits des femmes méritent mieux que le 8 mars, ce serait bien de les appliquer toute l’année. La parité en politique c’est super, mais la parité dans la vraie vie ce serait super utile. Comme par exemple pouvoir aller à la terrasse d’un café quand on est une femme, quand aujourd’hui encore la ville de banlieue, réservée aux hommes, nous est interdite. Et aider les filles à s’en sortir par l ‘éducation pour qu’à leur tour elles éduquent bien leurs garçons et qu’elles se fassent respecter par leurs maris, c’est urgent. Pour les femmes, toutes les femmes, les Musulmanes voilées, et toutes les autres.

La réalité de nos jeunes qui sont morts en Syrie et des mères qui pleurent leurs enfants sans trouver d’aide

Il est temps d’agir, de parler de Jacqueline Sauvage, de Cologne, d’oublier de faire taire Kamel Daoud, et les débats qui excluent la réalité telle que je la vis, la réalité qui m’a poussée à créer la Brigade des Mères, la réalité de ma fille de 19 ans, de mon amie qui cherche un travail et un logement parce qu’elle a dû quitter son mari violent. La réalité de nos jeunes qui sont morts en Syrie et des mères qui pleurent leurs enfants sans trouver d’aide de l’Etat, pour ces vrais problèmes on fait comment ?

 Oui je veux la liberté pour les femmes

Les jeunes qui ne trouvent pas de stage dans leur branche. Les municipalités qui font du clientélisme. Les enfants qu’on arrache à leurs mamans quand elles sont expulsées sans relogement. Le 115 qui travaille avec des pourris, qui enrichit des voleurs de sommeil.
Les femmes battues tous les jours par des maris ivrognes. Les enfants qui ne trouvent pas d’écoles. Et ces élus complices de la montée de l’islamisme dans les banlieues. Les retraitées qui fouillent les poubelles pour manger. Des fillettes de 3 ans qui, aujourd’hui en France, portent le voile. Les mots tabous : laïcité, musulman, interdit de débat dans notre pays laïc. Oui je veux la liberté pour les femmes qui ne peuvent pas prendre un café tranquille dans certaines villes, là où les hommes ont pris toute la place, et même tous les budgets « loisirs » qui ne sont dépensés que pour les garçons dans les banlieues : stade de foot, salles de boxe, randonnées entre mecs.

Et maintenant on fait comment ?

Nadia Remadna

Marche de la Brigade des Mères à Paris le 13 mars 2016 11h à Sevran, 14h à République

Retrouvez toutes les informations sur la brigades des mères :

sur le site BrigadeDesMeres.org
sur le compte Twitter @BDM_FRANCE

Pour contacter Nadia Remadna

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“Ma famille là-bas ne comprend pas mon mariage avec un français. Ils me disent que j’ai perdu mes ancêtres.”

L’amie d’enfance de ma mère était arménienne. Ses parents avaient fui l’Anatolie quand leur village chrétien avait été détruit et ses habitants massacrés.
Ma mère et son amie ont fait leur scolarité ensemble et sont même décédées à quelques mois d’intervalle.
Quand cette amie venait nous voir, elle nous offrait des bouquets de trois roses minuscules de son jardin, enveloppées de feuilles de rhubarbe aux tiges d’un rouge éclatant puis elle venait me parler. Elle avait besoin d’une oreille attentive et j’étais flattée de son attention. Elle avait épousé un instituteur laïque, style hussard noir de la république alors que c’était totalement obsolète à cette époque où la laïcité était installée dans les esprits. Il me terrifiait.
Il terrifiait aussi ses enfants, que je n’aimais pas pour autant.
Elle me racontait que c’était toujours difficile d’être une étrangère. « Un étranger a toujours tort ». Mais qu’elle l’acceptait parce qu’elle se sentait en sécurité en France. « Ici, on ne te demande pas ta religion. Ici, tu peux épouser qui tu veux ».
Je ne comprenais pas (à quoi bon épouser qui on voulait si c’est pour se marier avec cet ours grognon?).
Ici elle avait pu aller jouer chez ma mère toute son enfance et ma mère allait chez elle aussi. Les voisins n’avaient rien dit. Et ici, elle avait pu aller à l’école, la même que tout le monde et ses enfants aussi. Et ça non plus je ne comprenais pas. C’est évident, non? Mais j’aimais écouter, c’était étrange.

Des années plus tard, elle a pu retourner en famille en Arménie, voir -je crois- ceux qui avaient survécus sur place et ceux qui y étaient revenus.
A son retour, pour pouvoir parler tranquillement, nous sommes allées à la plage.
« C’est bien disait-elle d’être française, j’ai pu aller partout.
Ma famille là-bas ne comprend pas mon mariage. Avec un français. Ils me disent que j’ai perdu mes ancêtres.
Ils m’ont demandé: « tu parles directement aux français? Et tu votes? » J’ai dis oui, mais dans leur tête je vote pour la communauté arménienne uniquement. »

C’est la première fois que j’entendais ce mot de « communauté » dans ce sens là. Distraite, j’ai cessé d’écouter et j’ai oublié des pans de conversation. J’ai oublié! Je voudrais vraiment pouvoir y revenir pour écouter plus sérieusement!

Vers le soir, elle continuait : « C’est vrai que là-bas ma famille ne comprend pas. Je n’arrive pas à leur expliquer. Ils m’ont demandé si je suivais ma religion ou celle de mon mari. Tu comprends qu’il ne supportait pas ce genre de question. Il ne supportait plus cette religion partout.
Ils ont demandé si les enfants étaient français ou arméniens. Les enfants ont répondu « on s’en fout ». Bien sûr la famille là-bas était fâchée.
Je leur ai parlé de la maison que nous avons achetée. Ils m’ont dit « ah bon, les français ont mis les arméniens au bord de la mer? » J’ai expliqué, ils m’ont répondu « ah bon, tu vis seule parmi les français? ». Pour eux si on est « seule » (seule arménienne), on est en danger.
La plus vieille grand-tante a crié «Attention petite, tu vis comme les français, tu parles comme les français, fais attention, jeune sotte. Un jour cela les fâchera. »
Et là, je n’ai plus compris du tout. Plus du tout.
Elle l’a vu.
Elle ne m’a jamais dit « un jour tu comprendras ». Ni elle, ni moi, ni aucun adulte de cette époque, personne autour de nous n’aurait jamais imaginé que l’histoire nous renverrait dans un univers de conflits religieux cachant des conquêtes de pouvoir, une situation où on se mettrait à comprendre « des choses comme ça ».

Marie Clotilde