Les valeurs de la France flottent quelque part en Méditerranée

Ces dernières années, au nom de la lutte contre l’immigration clandestine, nous avons accepté l’idée de rendre notre pays moins accueillant. Persuadés que les migrants ne venaient que pour profiter de nos prestations sociales, nous les avons maltraités du mieux nous pouvions. Ne pas faire d’ « appel d’air », sans jamais douter de notre pouvoir d’attraction, nous nous sommes comportés comme si tous les réfugiés de ce monde souhaitaient venir chez nous. Naufrage après naufrage, corps chahutés par les vagues sur une plage, l’opinion européenne ne se laisse pas si facilement émouvoir.
En France, nous préférons parler de migrants parce que nous savons à quel point notre pays est devenu inhospitalier. Les migrants passent, ils ne font halte sur notre territoire que lorsque la police les arrête. Ceux qui préfèrent trouver refuge en Angleterre ne sont pas plus idiots que les 500.000 Français installés à Londres qui, pour une raison ou pour une autre, ont choisi eux aussi de quitter une France  sans chance, sans opportunité et sans générosité, pour se réfugier de l’autre côté de la Manche.

Il est légitime d’évoquer la capacité qu’a notre pays à assimiler ces nouveaux arrivants en termes d’emploi et de logement, mais également de s’interroger sur l’adhésion de ces futurs Français à nos valeurs républicaines, ces mêmes valeurs qui en ce moment flottent quelque part en Méditerranée. Est-il possible que nous ayons renoncé au triptyque républicain pour ne plus attirer les femmes et les hommes en quête de liberté ? Avons-nous oublié ces migrants qui, en leur temps, ont parcouru le monde et ses dangers non pas pour fuir la guerre mais pour rejoindre la nôtre ? Des migrants par milliers venaient volontairement, et parfois à leur frais, des quatre coins du monde rejoindre la France Libre contre le fascisme.

Ils sont venus rejoindre la France quand l’essentiel des Français collaborait. Ce que d’autres appellent « la misère du monde » a toujours généreusement contribué à la grandeur notre pays. J’entends quelques Français fragiles et lâches hurler à l’invasion et évoquer le « remplacement » du peuple Français par un autre. Ceux-là sont les capitulards, les pleutres qui n’ont rien compris de la puissance de la France. Cette puissance qui fit dire à Thomas Jefferson : « Chaque homme a deux patries, la sienne et la France ». C’est notre responsabilité envers l’humanité : quand la France n’est pas fidèle à ses valeurs, c’est pour le monde que c’est un malheur.

Ahmed Meguini

“Sale Bougnoule”

Suite à mon à mon dernier billet sur Huffigton Post, j’ai engagé une conversation anodines avec Saïd, un de mes abonnés sur Twitter. Nous parlions des théories du complot et de Voltaire quand un troisième larron est venu nous interpeller en ces thermes : « Ahmed & Saïd 2 méteques qui donnent des explications sur ce que doit être la liberté d’expression en France ». Ma plainte pour injure publique à caractère xénophobe était enregistrée 48 minutes plus tard. Je lui transmets immédiatement une capture du procès verbal qui me vaudra un : « je me torche le cul avec ta plainte sale bougnoule aucune loi sur cette terre ne m’empêchera d’exprimer ma pensée. » Passons sur cette conception très particulière de la pensée.

Trois jours plus tard au moment des attentats de Copenhague, je publie sur mon fil la caricature du dessinateur danois Kurt Westergaard, représentant Mahomet avec un turban en forme de bombe avec la mention : « Qui ose me RT ? » 100 retweet plus tard j’ai droit à « faf de gauche » de la part d’un individu qui manifestement prend cette caricature pour de la xénophobie, ou plutôt islamophobie selon la nouvelle terminologie victimaire. Ce même homme enchaîne en me disant que, d’après lui, je suis contre l’antisémitisme mais pour l’islamophobie. Je lui explique qu’il y a beaucoup de Musulmans dans ma famille et qu’ils ne me font pas peur, à part peut-être ma mère mais c’est sans lien avec sa religion. Quelques heures plus tard, toujours sur le même réseau social, je m’indigne de la profanation de centaines de tombes dans le cimetière juif de Sarre-Union. Là, une autre personne avec pour photo de profil « Je suis FN » m’interpelle en ces termes : « Pas facile d’assumer les occupations de ses cousins du bled, hein, la facho sphère te dit bonsoir ».

sur Twitter
sur Twitter

J’ai été, d’une part, dénoncé par des personnes qui, au nom d’une lutte contre ce qu’ils appellent l’islamophobie m’accusent, moi le fils d’immigré, d’être islamophobe. Quand je leur fais remarquer que c’est un peu compliqué de justifier cette accusation, un autre utilisateur de Twitter pense avoir décelé ma réelle motivation et la résume ainsi : « Ahmed Meguini cherche un emploi, pourriez-vous l’aider, il est désespéré, comme vous pouvez le voir » accompagné de la capture de mon tweet « épinglé » qui fait mention de mon athéisme. Peut-il imaginer que je suis chef d’entreprise et que tous les Français qui ont mes origines ne sont pas occupés à faire la manche ? Non il ne le peut pas, parce qu’il est profondément xénophobe, pétri de préjugés, il souffre manifestement d’une piètre image de lui-même.

Ne pas agir est un choix.

D’autre part, des xénophobes d’extrême droite, cette fois, me prennent à parti d’une façon plus classique et plus connue pour moi mais tout aussi intolérable. Je dénonce ces comportements ici en plus des procédures judiciaires en cours pour attirer votre attention sur la tentation de l’inaction ou d’une certaine passivité par rapport à ces propos xénophobes, antisémites ou encore homophobes. Tous les jours sur ce réseau social, nous sommes confrontés à de telles horreurs. Et je comprends la réaction qui peut conduire à les ignorer, on se dit « ce sont des imbéciles », « je ne veux pas me faire troller » ou « de toute façon ça ne change rien ».

Et bien si ça change quelque chose ! Ces justifications, si elles sont compréhensibles, n’atténuent en rien notre complicité dans ces propos. Je dis que si nous lisons « sale Juif », « bougnoule » ou encore « sale pédé» et que nous ne disons rien, c’est comme si nous avions prononcé ces paroles nous-mêmes. Le nouveau réel qui s’impose à nous nous oblige à faire des choix. Si nous ne défendons pas les valeurs de la République, rue par rue, maison par maison, mètre par mètre pour reconquérir notre vivre ensemble, considérons-nous comme coresponsables de nos malheurs. Ne pas agir est un choix.

Ahmed Meguini

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