Monsieur le Président, il n’y a pas de risque de radicalisation de la laïcité.

Il n’y a pas de risque de radicalisation de la laïcité au sein de la société. Nous avons gagné il y a plus d’un siècle et si le bouclier sonne fort, ce n’est pas son fait mais bien des coups de boutoir de plus en plus violents qu’il reçoit. La République est laïque et en effet pas la société, la société elle est protégée par le bouclier laïcité (notion proposée par Caroline Fourest dans Génie de la laïcité). La laïcité, c’est une loi constitutionnelle qui a permis de créer une vertu républicaine, faisant passer ses valeurs de liberté d’égalité et de fraternité avant toutes autres considérations. Le divorce, voilà une question de société et qui et au nom de quoi s’en est mêlé ? L’avortement, le mariage ouvert à tous ne sont pas des questions de société ? Vous souvenez-vous de la violence de ces combats et surtout, des arguments ? Et qui nous protège des textes sacrés ? Un autre non moins sacré, celui qui fait primer nos lois sur les leur, ce texte gardé sous clé que nous vous avons confié, un texte qui offre encore aujourd’hui l’asile à ceux de par le monde qui sont persécutés parce qu’ils ne sont pas de la bonne religion ou simplement parce qu’ils l’ont quittée.

Je suis né musulman on ne m’a pas laissé le choix, j’ai eu une vie de musulman détente qui mange du porc et boit de l’alcool. Aujourd’hui je suis athée; alcoolique abstinent et végétarien : nos cochons n’ont plus rien à craindre de moi. Pratiquement, je suis un meilleur Musulman depuis que je suis athée. C’est le miracle de la libre pensée, le grand oublié de nos débats sur la laïcité, parce qu’il n’existe pas de représentant de la libre pensée qui vous écrit toutes les trois semaines pour vous dire à quel point il est inquiet pour sa communauté et pourtant elle est importante sa communauté, toutes les études montrent qu’en France la religion, on n’en a massivement rien à faire. Et pourtant quel bruit: nous disons laïcité et respect de la loi, ils nous répondent débats interconfessionnels mais j’ai envie de dire “get a room!”. En quoi les débats interconfessionnels intéresseraient-ils l’État, mieux par quelle étrangeté en serait-il l’initiateur ? Il y a un débat mondial sur la place de la religion, un débat que la religion gagne, par le sang parfois comme au Pakistan ou dans tant d’autres pays et par les urnes comme c’est le cas en Pologne, en Autriche ou aux États-Unis où le courant créationniste prend des proportions inquiétantes. Nous sommes le dernier îlot de résistance et il tiendra bon parce que face aux fanatiques s’est levée une génération spontanée qui n’a plus peur, qui a compris les enjeux d’occupation des territoires et des esprits. Dans certains quartiers, revendiquer son athéisme est à classer dans les comportements à risque. La laïcité n’est pas un salon de thé pour cardinaux, imams et rabbins, protégez-nous, levez haut le bouclier et tenez bon. Vos électeurs dont je fais partie, les startup-eurs dont je fais partie, je regarde autour de moi et je n’en connais pas de bigots. Lors de votre prochain discours sur la laïcité en janvier, parlez-nous moins de religion que de libre pensée, le joyau de la couronne. Notre héritage, notre émancipation, notre outil pour libérer l’humanité.

Ahmed Meguini

Caroline Fourest : Génie de la pédagogie

La loi de 1905 est la conclusion d’un divorce presque à l’amiable entre l’Église et l’État. Si l’on veut comprendre la loi, son équilibre, il faut connaître l’histoire et les raisons qui conduisent à cette séparation puis, à ce que l’on peut voir, comme une forme de traité de paix entre la religion et la démocratie. Le livre de Caroline Fourest, Génie de la laïcité, est de ce point de vue exhaustif et comme à son habitude d’une incroyable clarté. Lors d’un échange de textos au mois d’août dernier, où je proposais à Caro de venir à une réunion LaïcArt, j’apprenais qu’elle travaillait sur un texte qui, me disait-elle, serait utile au combat. Effectivement j’ai appris énormément de choses dans son livre qui devraient nous faire gagner énormément de temps.
Pour faire simple : tout ce que vous pouvez dire ou entendre sur la laïcité à la française a déjà été dit, et mieux, déjà expérimenté : toutes les combinaisons possibles, de l’anticléricalisme brutal à l’égalité entre les religions et la séparation avec l’État, en passant par le droit de culte réservant une place particulière au catholicisme, des progressions, des retours en arrière, des doutes, des combats, des morts pour revenir toujours au même endroit : quand les curés ne se mêlent pas de notre vie privée, c’est mieux.
Il y a une phrase que je lis souvent sur les réseaux sociaux et qui dit beaucoup de l’état de méconnaissance de l’histoire de cette loi que chacun admet pourtant si importante, elle commence par : « La laïcité de mon point de vue c’est… ». Comme s’il y avait autant de laïcités que de défenseurs de cette loi. Quand je dis « traité de paix » au sujet de cette loi, c’est parce qu’elle constitue un point d’équilibre entre deux forces radicalement opposée et d’une violence inouïe qui, par miracle si j’ose dire, ont réussi à arracher un accord après des débats qui promettaient pourtant d’être beaucoup plus défavorables à l’église catholique.

 

Il faut lire ce livre et l’offrir. Il faut impérativement que les croyants laïcs défendent leur acquis face à l’inconscience et à l’inconséquence des extrémistes qui souhaitent ouvrir une boîte qui ne se refermera que, comme l’histoire nous l’enseigne, dans des torrents de sang et de haine contre les religions.

Ahmed Meguini

Lettre d’un ami

J’ai reçu ce courrier qui m’a profondément bouleversé, avec l’autorisation de l’auteur j’ai voulu vous le partager. Depuis que j’ai décidé de m’exposer dans ce combat contre l’obscurantisme et pour la laïcité, ces témoignages d’amitiés, ces partages d’expériences, ces rencontres de destin à destin sont devenus la source de ma volonté.

Bonjour Ahmed.

Je suis fier de faire partie de tes “amis” FB.

J’espère te rencontrer un de ces jours de visu, mais j’ai l’impression de te connaître. De t’avoir toujours connu, apprécié et aimé comme un ami, comme un frère en humanité.

Ça c’est dit…

Laisse-moi si tu le veux bien te raconter mon histoire.

Je suis métisse, Karim Dubois est mon vrai nom et non pas un pseudo comme beaucoup le pensent … (à croire que le métissage n’est encore vraiment dans les mœurs …)
Ma grand-mère maternelle a fuit l’Algérie (la Kabylie pour être précis) avec ma mère (plus jeune qu’elle de 14 ans) sous le bras suite à un mariage forcé. Pour fuir l’islamisme qui arrivait à grand pas avec les “professeurs” égyptiens, pour fuir les oncles qui commençaient à tabasser ce qui ne rentrait pas dans le Moule.
Son époux alors l’avait suivi, elle avait eu de la chance dans son malheur l’homme qui lui avait été choisi s’est avéré être un homme bon. Mais fragile. Accident de la circulation.
Elle s’est alors retrouvée veuve avec deux enfants. Ma mère et son petit frère.
Aides de la Cimade, foyers, citées d’urgence, la galère …
Mais elle a fait le pari de la France. Elle a interdit à ses enfants de parler arabe. Les a poussé autant que faire se peut vers son nouveau pays. L’Algérie n’a dès lors plus été “le pays” comme tu le dis si bien dans ta “règle du jeu”.
Elle a néanmoins aussi été résistante car avait une conscience politique, a passé des armes dans le métro parisien destinées à la résistance du FFS.
Ma mère se souvient de réunions clandestines avec Aït Ahmed …
Elle vis aujourd’hui une retraite paisible avec ses deux chats en Province.

Ma mère s’est donc “naturellement” assimilée en tant que française, et a pris exclusivement comme siennes ses valeurs. Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité.
Et l’athéisme (aujourd’hui au crépuscule de leur vie elle dit agnosticisme) de surcroît …

Mai 68, les “communautés” baba-cool, Pink-Floyd, et la rencontre avec mon père.

Feu mon grand-père paternel paysan tourangeaux quant à lui est un rescapé des camps. Il a combattu les nazis et s’est fait prendre sur le front. Il a été sauvé à quelques jours près par l’armée rouge.
Ce qui l’a laissé redevable et donc communiste (pour simplifier)
Pas bouffeur de curé quand même car dans le village la vie (et la mort) est rythmée par les rassemblements à l’église mais quand même un peu …
Ma grand-mère elle était croyante mais pas bigotte.

Mon père est donc né les pieds dans la bouse, est monté à Paris avec son Certif, a commencé aux fonderies Citroën, a terminé sa carrière cadre sup’ dans une multinationale d’assurances. Une success story d’un self-made man comme on n’en fait plus.

Durant sa jeunesse il a été Trotskiste, a cotoyé bon nombre des pseudonymes connus encore à ce jour (Lambert, etc.)
Mai 68 sur les barricades, pas avec les étudiants mais avec les travailleurs immigrés des fonderies.

Rencontre avec ma mère. Un beau mariage laïc (7 confessions), une fille et un fils.

On a été élevés ma grande-sœur, et moi donc dans le triptyque républicain, le respect, et la culture.

On a hérité ma sœur et moi des vieux Hara-Kiri, des vieux Charlie, et des vieux albums de Reiser, Wolinski, Cabu, de notre papa.
Quel bonheur ! Quelle fraîcheur ! Quelle Liberté !

Alors on a repris le flambeau. Chacun dans son style.
Ma grande-sœur est devenu Capitaine de Police, alors qu’on était “allergiques” aux uniformes ! C’est l’une de nos plus grandes fiertés que lorsqu’elle a défilé sur les Champs le 14 Juillet.

Quant à moi je suis passé par de nombreuses cases, révolutionnaire (leader des manifs anti Juppé), artiste (15 années de piano au conservatoire), décadent (après le conservatoire, de nombreuses expériences de musiques actuelles avec comme leitmotiv : sex, drug & Rocknroll), repenti (suite à 24 heures en GAV), ascète (après mon départ à Paris pour bosser durant 5 ans de nuit dans la restauration dans le triangle d’Or Parisien), puis épanoui désormais avec ma fille pour seul phare.

Tout pourrait aller pour le mieux sauf qu’en Janvier 2015, ils ont décimé Charlie.

Je me souviendrai de ce jour comme du 11 Septembre. Tout, l’heure, ou je me trouvais, le costume que je portais, mon poids sur le fauteuil, la couleur du ciel, l’odeur de l’air, la nausée qui m’avait alors envahi.
Ils avaient tué Cabu, l’homme le plus gentil de la Terre, mon enfance, Récré A2.
Ils avaient tué Wolinski, un véritable génie; un grand-père.
Ils avaient tué Charb ! LE Charb ! Notre Charb …
Ils avaient tué Oncle B. L’un de mes “frères”.
Et tous les autres …

Et depuis cela ne s’arrange guère …

L’incompétence des politiques mise à nue, leur opportunisme et leur degueulasserie pour certains. La peste brune qui monte.
Des plus en plus de voiles, de barbes, comme autant de violences visuelles qui me giflent à chaque fois, comme une message subliminal “je vaux mieux que toi mécréant”, alors que mes ancêtres se sont battues pour l’enlever.

Mon épouse, d’origine noire Africaine mais dont les parents se sont moins intégrés … pas du tout la même histoire.
Me suis rendu compte en définitive qu’elle n’était pas du tout Charlie, son frère désormais complotiste assumé et fan de Dieudo. Sa mère qui désormais se recouvre la tête …
Ils avaient bien caché leur jeu en fait. Aujourd’hui les masques sont tombés et ils ont choisi leur camp. On va se séparer.
J’essaierai de sauver ma fille de ce cauchemar… par l’éducation, par la culture.

Alors je leur en veut à mort à tous ces fous de Dieu. Ils cherchent à détruire mon pays, ils ont tué mes héros, mon mariage peut-être le futur de mon enfant.

Et toi tu es là. Un bouffée de fraîcheur dans ce monde. Du courage à la pelle et une vision acerbe et forte.
Continue, ne lâche rien, fait gaffe aux cons.

Et encore merci. On a besoin de ton combat.

Karim

“Oups, je t’ai pris pour un morceau de viande qui bouge, jeune fille!”

Il m’a suivie tout au long de la route, toute la journée, du matin au soir. En allant au travail et en mangeant mon sandwich à midi, il était toujours là. Même la nuit je l’entendais encore me chuchoter à l’oreille: “zine manchoufouch”. Je n’arrivais pas à dormir à force d’y penser. Il est blanc ou noir, gros ou maigre, grand ou petit de taille. Je ne sais plus s’il est jeune ou vieux. Mais il est partout. Il me dégoûte. Je n’ai même pas besoin de te l’introduire jeune fille ou femme, tu le connais déjà, aussi bien que moi.

Cette ombre qui te traumatise, ce regard qui te met mal à l’aise en marchant dans la rue. Il ne te complimente pas mais te harcèle! J’ai peur qu’on me regarde, peur de mettre ma jolie robe bleue fleurie, ma jupe noire et mon nouveau jean. J’ai peur de me faire belle. Je ne sais plus quoi porter ni comment me comporter dans la rue. Il n’y a pas pire que de se sentir comme une chose.

Assis dans sa voiture, la cigarette à la main, il me regarde passer et descend sa vitre pour me faire un clin d’œil et m’inviter à monter. Il a l’âge de mon père, ou de mon grand-père, peut-être! J’ai envie de m’arrêter et de lui crier au visage: “Laisse-moi tranquille! N’as-tu pas de fille, de femme, de sœur ou de mère?” Je sais qu’il ne me trouve pas belle ni attirante. Je sais ce qu’il veut. Maintenant, ce que j’essaie de comprendre c’est “pourquoi?” et “que faire?”.

Pourquoi devrais-je me sentir ainsi mal à l’aise une fois dehors? Devrais-je rester chez moi et m’enfermer pour éviter ces remarques désobligeantes? Eh bien NON. Je refuse de céder, et si j’en parle aujourd’hui, c’est bien pour changer quelque chose. Je sais que je ne suis pas la seule à en souffrir, des centaines de filles éprouvent chaque jour le même sentiment, mais nous n’en parlons pas assez. Plusieurs sont malheureusement harcelées non verbalement mais physiquement. C’est si fréquent que c’est devenu presque normal alors que ça ne l’est pas.

Je l’ai réalisé en rentrant chez moi au Maroc après une année à l’étranger. Il suffit de quitter le pays pendant un temps pour réaliser à quel point les choses vont mal. Un patriarcat bien ancré qui ne permet, malheureusement, aucun épanouissement personnel, social ni même politique pour la femme marocaine.

Je n’en veux pas à cet enfant qui a ouvert les yeux dans cette société et à qui on n’a point expliqué ce qu’est une femme et ce qu’est le respect d’une femme. J’en veux plutôt à ses parents et son école qui sont passés à côté de l’une des valeurs les plus importantes à transmettre et enseigner: le respect.

“Si seulement j’étais un garçon!”, ai-je entendu dire, pas une fois, ni deux, ni trois. Beaucoup plus. Même moi je l’ai pensé un jour. Je ne croyais plus en la noblesse de la féminité pendant un moment, mais ce fut une erreur, un manque de confiance en soi et une faiblesse qu’ils veulent nous faire subir. Je sais à quel point la femme marocaine est forte et courageuse.

C’est bien à elle de changer la société et de transmettre ses valeurs les plus nobles à ses enfants. J’estime qu’elle est capable de mettre un terme à cette situation pitoyable avec toute l’élégance du monde. Une éducation réussie afin de changer le destin misérable d’une société. Nous sommes tous et toutes féministes. Si nous ne sommes pas une femme, nous avons certainement des femmes dans notre entourage que l’on aime et qu’on tient à protéger.

Respectons cette femme qui nous a donné la vie ou qui nous donnera des enfants. Il y a mille et une jolies manières de s’adresse à une fille, mais pas en l’insultant, ni en la collant.

Ghadir El Idrissi Raghni

Initialement publié sur le Huffpost Maghreb

Les mesures à prendre et les signaux à envoyer d’urgence

La classe politique est indiscutablement devenue le groupe le plus détesté juste après les terroristes. Comment demander à ceux qui nous inquiètent de nous protéger ? L’attentat de Nice a révélé de la façon la plus cruelle et la plus angoissante qui soit, la vacuité, l’impuissance, pire, une forme de dangerosité des responsables politiques du moment, toutes obédiences confondues. Leur panique aurait été risible si elle n’était pas mortelle. Je ne rentrerai pas plus dans le détail de cette critique qui ne produira rien pour me concentrer sur les mesures à prendre et les signaux à envoyer d’urgence. Sur les réseaux sociaux l’avant-garde progressiste, laïque et républicaine est unanime et dit en substance : La fête du slip c’est fini.

Ceux de nos concitoyens qui ne partagent aucune de nos valeurs républicaines, laïques et démocratiques de liberté, d’égalité et de fraternité n’ont que deux options. S’ils ont une autre nationalité à présenter, ils quittent définitivement notre territoire. Quant à ceux qui n’ont pas d’autres nationalité à présenter nous avons le devoir de faire en sorte qu’ils le regrettent. Les mosquées Salafistes et Wahhabites doivent être considérées comme les permanences d’un parti fasciste, armé, dangereux et traité en conséquence.

Nous devons le plus rapidement possible mettre en place le programme Apollo de l’environnement avec pour mission sortir du pétrole en 10 ans. Nos meilleurs spécialistes, chercheurs, écologistes et industriel dotés d’un budget illimité seront chargés de nous démontrer le génie français. Les pays voisins qui souhaitent s’associer à la plus grande aventure européenne depuis la révolution industrielle seront les bienvenus. Nous avons conquis l’espace, nous allons maintenant conquérir notre destin. Sortir du pétrole à court terme est un enjeu vital qui conditionne toutes les autres mesures.

Pour les générations à venir, nous instaurerons un service civique obligatoire d’un an dès 18 ans. Pas une connerie pour fournir du personnel gratuit aux associations, non un vrai service, on vit ensemble, on mange ensemble, on dort ensemble et le plus loin possible de la maison familiale. Ces conscrits apprendront les techniques de premiers secours, des différents sauvetages comme les inondations ou les tremblement de terre, la logistique humanitaire ou encore la gestion de projet. Le plus important : ils mangeront, dormiront et rêveront : République.

L’école doit reprendre de toute urgence sa mission propagandiste de la République, il n’est plus question d’éducation mais d’instruction, on fabrique prioritairement des citoyens et secondairement de la main d’œuvre qualifiée. Nous préférerons toujours côtoyer un chômeur républicain à un ingénieur d’Al-Qaïda.

Sortir de la question du chômage, comme le dit l’adage : « Il n’y a pas de problème que l’absence de solutions ne puisse résoudre. » L’homme a maitrisé le feu, l’eau, l’agriculture par curiosité et instinct de préservation, sans que ses efforts n’aient été conditionnés à un revenu et à un niveau de vie. Libérons-nous de la peur, sécurisons ce qui est possible et offrons-nous un revenu universel.

Ces quelques mesures sélectionnées parmi tant d’autres pour répondre à l’urgence sont déjà un profond bouleversement de la société française mais chacun comprend que si nous ne sommes pas les auteurs du changement, nous en serons les victimes.

Alors maintenant, comment faire pour porter ces mesures ? Faut-il faire pression ou doit-on s’organiser pour prendre le pouvoir ?

Ahmed Meguini

L’ islamisme et la laïcité : conflit éternel

Depuis des décennies, le problème de la relation entre l’islam politique et la laïcité s’est imposé et est devenu l’un des thèmes majeurs qu’on doit traiter à cause de l’ampleur des mouvements islamistes et l’importance des thèses de ses leaders. Il faut préciser, de prime abord, que l’idée de la laïcité est tout simplement la distinction et la séparation entre l’espace privé consacré à la religion et l’espace public partagé avec les autres concitoyens. En effet, l’idée d’une société laïque signifie qu’il y a une garantie pour les minorités et une protection de leurs droits et de ce fait, tous les citoyens seraient égaux devant la loi. On ne peut pas évoquer l’idée d’instaurer un Etat de droit sans la laïcité, ce sont deux concepts clés et nécessaires. Les éléments des discours religieux des mouvements islamistes sont toujours les mêmes que ce soit les frères musulmans dans les différents pays ou les mouvements djihadistes qui déclarent la guerre à tous leurs adversaires (à l’instar de Daesh ). On peut confirmer qu’il y a une diversité dans les mouvements islamistes, mais leurs désaccords sont toujours sur le plan méthodologique mais jamais sur la finalité de leurs démarches. Pour certains, la solution est avant tout le dialogue et le débat avant de recourir à la force. Mais pour d’autres, surtout les mouvements du salafisme djihadiste, il est hors de question de négocier avec les mécréants, leur stratégie consiste à tuer et à massacrer tous les opposants afin d’instaurer un Etat islamique légiféré par la loi divine. En témoigne, on a deux cas : l’exemple de la Tunisie : Il est vrai qu’en Tunisie, le mouvement islamiste Ennahda s’est déclaré comme un parti fervent de la séparation entre la religion et la politique, néanmoins la réaction de beaucoup de députés dans l’assemblée nationale peut donner une idée sur les réelles motivations de ce parti. ( Habib Ellouz et Sadok Chourou sont les deux pionniers de la véritable idéologie de Ennahda ). En étudiant le discours d’Ennahda depuis la révolution, on peut facilement constater que ce parti a le même but que les mouvements salafistes et que les discours modérés et les slogans ne sont que des moyens pour hypnotiser un peuple dont la majorité reste sensible face aux discours religieux. En outre, il n’y a pas une grande différence entre les mouvements salafistes et les frères musulmans, ce n’est qu’une question de stratégie mais ils ont les mêmes buts : témoin la fameuse conversation entre Abdelafattah Mourou, vice président d’Ennahda et Wajdi Ghoneim un cheikh extrémiste qui s’oppose publiquement à la laïcité. Ils considèrent tous deux les laïcs comme des mécréants. Et L’exemple de l’Egypte : C’est le pays des frères musulmans. En effet, cette organisation a été fondée en 1928 par Hassan Al Banna. Les islamistes étaient depuis leur fondation de farouches opposants de la laïcité en considérant que le modèle de la société égyptienne n’est pas conforme avec les fondements de l’Islam. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils ont déclaré la guerre aux intellectuels et aux artistes. Avec des leaders comme Al Banna et Sayyed Qotb, les frères musulmans seront les ennemis de la laïcité. D’après leurs thèses, le peuple doit être gouverné par le coran et la Sunna du prophète de l’islam, et ceci, bien sûr, est devenu un problème pour tous les présidents de l’Egypte : Jamal Abdel Nasser, Anouar El-Sadate et Hosni Moubarak. L’organisation des frères musulmans est une organisation qui a beaucoup de sympathisants. Elle détient, justement, le pourvoir au sein des classes populaires de la société égyptienne. D’ailleurs, les Cheikhs ont une notoriété remarquable et peuvent manipuler des individus incultes pour agresser et assassiner leurs ennemis. En témoigne ce qui s’est passé après un débat entre Mohammed Al-Ghazali et Faraj Fouda. Ce dernier a été assassiné car il était un défenseur de la laïcité et des droits de l’Homme. Idem pour Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature, qui a été victime d’une tentative d’assassinat. D’après le témoignage du juge d’instruction, l’agresseur n’était qu’un jeune électricien de 21 ans qui n’a même pas lu les œuvres de Mahfouz. L’islam politique (frères musulmans ou salafistes ) n’est pas compatible avec la laïcité. Cela devient saillant après une analyse des discours religieux dans des pays différents. Peu importe la place/le pays on est toujours face aux mêmes projets et objectifs : détruire le modèle des pays laïcs et instaurer un Etat islamique.
Les caractéristiques des mouvements de l’Islam politique
1/ La nostalgie et la confusion entre l’historique et le sacré : ceci est l’un des éléments majeurs qu’on peut trouver chez tous les islamistes (des frères musulman jusqu’aux mouvements salafistes ). Le rêve d’instaurer un Etat islamique gouverné par la Charia (la loi divine) ce qui leur permet de refuser la démocratie et la laïcité car ils les considèrent comme une innovation humaine ( بدعة ) contre la parole de dieu. C’est une lecture qui néglige, bien évidemment, la rationalité. Ils défendent aussi l’innovation faite par les Cheikhs-savants ( العلماء ) d’où la confusion entre le texte sacré les interprétations ( تفاسير ) qui sont considérées comme des vérités indiscutables.
2/ L’absence de la rationalité et le recours à l’histoire des ancêtres ( السلف الصالح ) : l’idéologie islamiste se base essentiellement sur le refus de toute interprétation moderne du texte sacré. Pour eux, les versets du coran ne devraient être lus et interprétés que par les Ckeikhs/juristes et selon une lecture bien précise avec des règles instaurées depuis des centaines d’années. En somme, c’est le fait d’appliquer des règles archaïques et archaïsantes sur notre présent. On pourrait comprendre, en ce sens, que la guerre contre les mécréants est justifiée puisque le monde a été divisé en Dar al-Islam ( دار الإسلام ) – c’est à dire les territoires occupés par l’Islam, et qui est le domaine de la soumission à Dieu – et Dar al-Harb (دار الحرب أو دارالكفر). Sayyid Qutb a appliqué ce principe et il l’a également développé pour arriver à une conclusion effrayante : La société égyptienne est une société de Jâhilîya ( جاهِليّة ) ce qui signifie que les égyptiens sont des mécréants comme à la période préislamique. Cela a été considéré comme une déclaration de guerre contre la laïcité et la société moderne.
Le projet des mouvements de l’islam politique (frères musulmans, mouvements salafistes… ) est en contradiction avec la laïcité car il néglige les droits de l’Homme et la démocratie. Ce sont des mouvements qui refusent les acquis de la modernité et qui ne rêvent que d’un Etat islamique gouverné par un Califat. En conclusion, ils pensent que le retour en arrière est la vraie solution alors que l’avenir est pour les recherches et la création et n’a pas de places pour les illusions des islamistes.

Dhia Bousselmi