Un athée est un blasphème

En moins d’un mois un blogueur Athée a été assassiné au Bangladesh, un étudiant égyptien athée condamné à trois ans de prison pour « atteinte aux valeurs religieuses », en Turquie, pays qui se revendique pourtant laïque, le site d’une organisation qui vient en aide aux Athées persécutés a été fermé par décision de justice pour « insulte aux valeurs religieuses ». Nous aurions tort de croire que ce sort est réservé au pays musulmans.

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Engagez-vous, combattez l’obscurantisme.

Nous ne sommes pas responsables individuellement de ce désastre, nous venons tous juste de devenir des adultes, pour certains des parents, pour d’autres il y a déjà une vie à protéger, une famille, ou simplement à essayer de vivre. Nous avons toutes les raisons d’être révoltés contre l’injustice qui nous est faite. Cet arbitraire de l’histoire qui engage subitement une génération au combat, pris par le destin du monde, notre choix se réduit à l’inaction et la lâcheté d’une part, et à l’engagement et l’héroïsme de l’autre. Nous serons tour à tour les deux, parce qu’ainsi va la guerre, parce qu’elle est faite par des hommes, éternels joueurs, capables de faire surgir des ténèbres que nous avons nous-mêmes créées, la lumière éclatante de la justice, de la vérité, de l’amour et de la liberté.

Passé le temps de la révolte, nous avons à admettre qu’elle ne résout rien, nous admettrons également que seul notre engagement déterminé pourra faire revivre les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Le code source du peuple français, un peuple de citoyen, un peuple de seigneur, de souverain, frères et sœurs sans distinction de religion ou d’ethnie. Une nation où les écoles, les mairies, les palais de justices sont autant de monuments à la gloire de chacun de nous. Jamais des êtres humains ne s’étaient à ce point honorés et célébrés et c’est ici en France, qu’il a été décrété pour l’ensemble du monde que « les hommes naissent libres et égaux en droit », voilà l’ambition dont nous avons hérité. Voilà le choix simple et cruel qui s’impose à nous : faire vivre ses valeurs contre vents et marées, ou mourir noyés dans l’inaction, la paresse et la consommation en entraînant le monde avec nous.

Certains d’entre nous trouverons des réponses simples à un problème infiniment complexe. Les uns accuseront la finance, d’autres les étrangers, chacun de ceux-là se trouvera son bouc-émissaire, le groupe à haïr pour continuer à vivre sans agir. Mon message s’adresse aux autres, à vous qui êtes prêts à faire le choix de l’action et qui avez soif de victoire. Nous nous battrons pour un monde meilleur, pour nous, ici et maintenant. Au regard de ce que nous avons abandonné, exigeons tout de nous et tout de suite, c’est bien le minimum.

Nous avons à combattre des idées et à en faire triompher d’autres. Il y a d’abord cette idée folle et sidérante de nos ennemis déclarés qui nous combattent en nous tuant, parce que nous sommes Juifs, parce que nous sommes libres, parce que nous sommes Français. Ils s’attaquent à la culture, à la connaissance, à l’intelligence et aux femmes. Ils s’attaquent frontalement à tout ce qui fait de nous des humains. Leur chance de victoire est aussi nulle que leur détermination est violente. Il y a d’autres ennemis, moins mortels pour nous mais tout aussi dangereux pour la France. Ils vivent avec nous mais ne partagent pas nos principes. Plutôt que de changer le monde et le guider vers plus de justice, ils préfèrent changer la France en l’engageant à renoncer à son projet, à son ADN, la République. Ils ne veulent pas être des frères, ils ne veulent pas être nos concitoyens. Ils nous rêvent communautarisés et cohabitants. Comprennent-ils à quel point ce grand pays est aussi très fragile quand on s’attaque à ses fondations ? Quelles sont les finalités de leur projet ? Nous le découvrions en les combattant.

Nous allons combattre et vaincre des forces gigantesques avec audace et créativité. Nous ne nous contenterons pas de résister, nous mènerons des offensives et des contre-offensives, nous nous déploierons et nous redéploierons, sans cesse en mouvement nous serons insaisissables, nous brillerons la nuit et nous nous cacherons en plein jour. C’est dans ces mouvements que nous ferons naître une nouvelle réalité qui attirera à elle des forces toujours plus importantes, toujours plus créatrices. Ils veulent que nous ayons peur, nous ferons la fête. Ils veulent nous diviser, nous seront unis. Ils veulent que nous changions notre façon de voir le monde, nous affirmerons qui nous sommes.

Depuis le lancement du projet #LaïcArt, une plateforme laboratoire d’initiative citoyenne, culturelle et militante pour sortir de l’obscurité. Un lieu de mise en réseau de compétences, de collecte d’informations et de diffusions d’idées. Quelques personnes se sont déjà mises en relation pour commencer à agir. Des discussions ont lieu, des contacts s’échangent, des rendez-vous sont pris. Ce mouvement doit grandir ou disparaître, c’est la seule vérité d’un mouvement.

Je vous appelle, je vous demande de rejoindre cette armée sans autre arme que vos idées, votre créativité, votre intelligence et vos compétences. Une armée sans autre chef que votre engagement et votre détermination. #LaïcArt n’est pas une organisation, c’est un réseau horizontal. Un lieu de débat permanent mené dans l’action. #LaïcArt doit devenir le lieu de ceux qui osent, qui prennent le risque de se tromper, le risque d’être ridicules, parce que nous admettons qu’il y a un risque plus grand et plus mortel : le risque de ne rien faire.

Si vous souhaitez répondre à cet appel, abonnez vous à #LaïcArt, rejoignez les comptes Twitter et Facebook de #LaïcArt, écrivez-moi via le formulaire de contact, partagez cet appel le plus largement possible, engagez-vous, faites vivre l’esprit du 11 janvier.

Ahmed Meguini

 

Charlie: Les premiers nous tuent, les seconds pissent sur nos tombes

Comment en vouloir à ceux qui, pris par la terreur, se sont mis à ramper devant leur nouveau maître ? Une terreur qui m’envahit également et contre laquelle je tente péniblement de lutter. Tout comme les prêcheurs et prédicateurs de la bonne parole trotsko-journalistique, je suis convaincu que le seul moyen de combattre cette peur est de comprendre. Mais comprendre quoi ou qui ? Nos bourreaux de janvier, l’Islam, la laïcité, la République, le djihad, les banlieues, tous ça à la fois ? Fallait-il comprendre les Nazis pour les combattre ? Un monde bien étrange où l’on peut imaginer qu’aujourd’hui, Adolphe Hitler en personne, irait s’assoir dans le fauteuil d’un grand talk show du soir ; là, des chroniqueurs acerbes et pointus s’en prendraient sans complaisance au style littéraire de l’Autrichien tandis que l’animateur présenterait Mein Kampf à la caméra, ajoutant ces quelques mot pour l’histoire : « En tous cas si vous voulez comprendre, achetez-le ». Le temps du passage d’Adolphe à Paris, un journaliste-réalisateur, (qui a ses entrées) souriant, connivant, mettant toute sa bonhomie mielleuse au service de la vérité, le suivrait partout, caméra à la main, pour nous donner à voir l’homme secret dans son intimité, pour mieux comprendre. Un patron de presse en ligne organiserait des tables rondes diffusées en streaming payant sur son site internet. Interrogé sur cette invitation qui fait polémique, le journaliste répondrait alors : « J’ai des désaccords politique avec M. Hitler et je le lui ai dit ». Pour finir, il citerait Spinoza : « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Peut-être même qu’il y aurait des voyages à gagner selon sa religion, à la Mecque, au Vatican, ou…

Ce qu’il faut comprendre, c’est la peur elle-même et ce qu’elle nous fait faire de plus absurde. Il est naturel d’avoir peur de l’inconnu, de ce nouveau réel dont nous ne savons rien et dont nous pressentons que ses contours se dessineront dans la violence.

La violence des armes bien sûr mais également, et dans une autre mesure, la violence des capitulards, qui, au premier coup de fusil cédèrent tout à l’ennemi, l’encombrant même de ce qu’il n’avait pas demandé.

La violence de ceux qui parlent de responsabilité pour maquiller leur lâcheté, qui essaient de mettre du sens là où il n’y en a pas et où il n’y en aura jamais, qui transforment la victime en coupable, croyant comme on croit en Dieu, se préserver ainsi de la violence, que l’on sait pourtant aveugle, par nature.

Plus féroce encore, une violence, qui, si je considère l’effroi et la colère qu’elle suscite en moi, rivalise avec le terrorisme, la cruauté faite de foi, elle aussi aveugle, elle aussi par nature, de quelques-uns de mes concitoyens qui ont cru voir dans cette barbarie, une opportunité. Ils assument donc s’être trouvé des alliés de circonstance en saisissant l’occasion de rouvrir le débat sur un délit de blasphème qu’ils appellent de leurs vœux.

Les assassins ne se sont pas seulement attaqués à liberté d’expression, aux Juifs et à la police symbole de l’Etat. Ils se sont aussi attaqués aux athées et aux laïcs, avec les « oui mais » et les « Je ne suis pas Charlie » approbateurs de ceux qui posent leur Livre Saint sur le Dalloz. Les premiers nous tuent, les seconds pissent sur nos tombes.

Qui sont-ils ? Demandons-nous plutôt qui ne sont-ils pas ? Ils ne sont pas la police (l’État), ils ne sont pas les athées et les laïcs (Charlie Hebdo), ils ne sont pas les Juifs de France (le Grand Sanhédrin).

Que reste-il ? Des intégristes islamistes défenseurs du port du voile par les femmes en toutes circonstances, mais aussi des fanatiques catholiques que l’on connaît tout aussi bien et depuis plus longtemps. On les retrouve dans les rangs des « Manifs pour tous », ils militent contre l’avortement, contre l’euthanasie et pour la peine de mort. Les deux ont autant de raison de se faire la guerre que de s’allier, au moins temporairement, sur quelques bases communes telles que la primauté des lois divines sur n’importe quelles autres, la lutte contre la laïcité, l’antisémitisme. Ils ne sont pas policiers, ils ne sont pas Juifs, ils ne sont pas Charlie – ils sont les soldats de leur Dieu.

Ahmed Meguini

“Sale Bougnoule”

Suite à mon à mon dernier billet sur Huffigton Post, j’ai engagé une conversation anodines avec Saïd, un de mes abonnés sur Twitter. Nous parlions des théories du complot et de Voltaire quand un troisième larron est venu nous interpeller en ces thermes : « Ahmed & Saïd 2 méteques qui donnent des explications sur ce que doit être la liberté d’expression en France ». Ma plainte pour injure publique à caractère xénophobe était enregistrée 48 minutes plus tard. Je lui transmets immédiatement une capture du procès verbal qui me vaudra un : « je me torche le cul avec ta plainte sale bougnoule aucune loi sur cette terre ne m’empêchera d’exprimer ma pensée. » Passons sur cette conception très particulière de la pensée.

Trois jours plus tard au moment des attentats de Copenhague, je publie sur mon fil la caricature du dessinateur danois Kurt Westergaard, représentant Mahomet avec un turban en forme de bombe avec la mention : « Qui ose me RT ? » 100 retweet plus tard j’ai droit à « faf de gauche » de la part d’un individu qui manifestement prend cette caricature pour de la xénophobie, ou plutôt islamophobie selon la nouvelle terminologie victimaire. Ce même homme enchaîne en me disant que, d’après lui, je suis contre l’antisémitisme mais pour l’islamophobie. Je lui explique qu’il y a beaucoup de Musulmans dans ma famille et qu’ils ne me font pas peur, à part peut-être ma mère mais c’est sans lien avec sa religion. Quelques heures plus tard, toujours sur le même réseau social, je m’indigne de la profanation de centaines de tombes dans le cimetière juif de Sarre-Union. Là, une autre personne avec pour photo de profil « Je suis FN » m’interpelle en ces termes : « Pas facile d’assumer les occupations de ses cousins du bled, hein, la facho sphère te dit bonsoir ».

sur Twitter
sur Twitter

J’ai été, d’une part, dénoncé par des personnes qui, au nom d’une lutte contre ce qu’ils appellent l’islamophobie m’accusent, moi le fils d’immigré, d’être islamophobe. Quand je leur fais remarquer que c’est un peu compliqué de justifier cette accusation, un autre utilisateur de Twitter pense avoir décelé ma réelle motivation et la résume ainsi : « Ahmed Meguini cherche un emploi, pourriez-vous l’aider, il est désespéré, comme vous pouvez le voir » accompagné de la capture de mon tweet « épinglé » qui fait mention de mon athéisme. Peut-il imaginer que je suis chef d’entreprise et que tous les Français qui ont mes origines ne sont pas occupés à faire la manche ? Non il ne le peut pas, parce qu’il est profondément xénophobe, pétri de préjugés, il souffre manifestement d’une piètre image de lui-même.

Ne pas agir est un choix.

D’autre part, des xénophobes d’extrême droite, cette fois, me prennent à parti d’une façon plus classique et plus connue pour moi mais tout aussi intolérable. Je dénonce ces comportements ici en plus des procédures judiciaires en cours pour attirer votre attention sur la tentation de l’inaction ou d’une certaine passivité par rapport à ces propos xénophobes, antisémites ou encore homophobes. Tous les jours sur ce réseau social, nous sommes confrontés à de telles horreurs. Et je comprends la réaction qui peut conduire à les ignorer, on se dit « ce sont des imbéciles », « je ne veux pas me faire troller » ou « de toute façon ça ne change rien ».

Et bien si ça change quelque chose ! Ces justifications, si elles sont compréhensibles, n’atténuent en rien notre complicité dans ces propos. Je dis que si nous lisons « sale Juif », « bougnoule » ou encore « sale pédé» et que nous ne disons rien, c’est comme si nous avions prononcé ces paroles nous-mêmes. Le nouveau réel qui s’impose à nous nous oblige à faire des choix. Si nous ne défendons pas les valeurs de la République, rue par rue, maison par maison, mètre par mètre pour reconquérir notre vivre ensemble, considérons-nous comme coresponsables de nos malheurs. Ne pas agir est un choix.

Ahmed Meguini

Rejoignez le projet #LaïcArt pour un Parti de la Société Civile
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