Le combat d’une mère pour arracher ses enfants à un islamiste

7 janvier 2015. Je me réveille après une nuit terrible. Si j’avais su ce qui m’attendait… ce qui nous attendait…
Je suis en Tunisie. Ca fait 2 mois que je vis un enfer. J’ai dit à mon mari en novembre dernier que je ne l’aimais plus, après 13 ans de mariage. Sans dire vraiment que je voulais divorcer. Tout est tellement compliqué dans ces situations. Moi j’imaginais qu’il accepterait la situation, qu’il irait se prendre un appart ou une petite maison et que nos filles pourraient aller chez l’un chez l’autre à leur convenance. Mon coté idéaliste…
Ca ne s’est pas du tout passé comme ça. Chantage au suicide, au départ définitif et irrémédiable. Et ça a empiré quand il a cru que je le trompais. Oui certes, j’ai eu des échanges avec un autre homme, pour qui j’ai eu un coup de cœur, mais rien de plus. Mais quand il l’a su (en fouillant dans mon téléphone et mon ordi), il est devenu fou. Et là ça a tourné au cauchemar, menaces physiques sur mon prétendu amant, mensonges, menaces et j’en passe…
Il est parti avec mes filles en Tunisie pour les vacances de Noël. Je les ai laissées partir sans craintes car je les rejoignais le 2 janvier. Et je savais que ce seraient nos dernières vacances ensemble en Tunisie. De plus sa sœur devait accoucher début janvier donc nous avions pris les billets d’avion dès le mois de septembre, avant le chaos.
J’ai été soulagée d’être seule quelques jours. J’ai fêté le Nouvel An en famille, c’était chouette, ça faisait longtemps que j’avais fêté le nouvel An.
J’ai pris l’avion a contre-cœur mais je voulais être avec mes filles. Je continuais mes relations épistolaires malgré tout car cela me faisait du bien dans cette ambiance délétère. Et je ne voyais pas le danger. Bien entendu je niais toute relation avec lui devant mon mari.
Les vacances se sont relativement bien passées, nous étions avec sa famille. Il était calme et presque gentil avec moi, essayant de raviver une flamme qui malheureusement était éteinte. Le départ était prévu le 7 janvier. Le seul bémol était que ma belle-sœur devait subir une césarienne et que celle-ci était prévue le 10 janvier. Nous allions donc repartir sans voir son bébé.
Le soir du 6 janvier, les valises sont faites, la soirée se passe tranquillement. Mais au moment d’aller se coucher, je trouve mon mari un peu tendu. Je me suis couchée malgré tout l’esprit tranquille à coté de mes filles. Vers minuit, je me réveille et trouve mon mari extrêmement tendu, en train de regarder l’ordinateur. Et là il me demande si j’ai toujours des contacts avec mon prétendu amant. Bien sûr je nie et là il me montre sur l’ordi une lettre que j’ai écrite, dans laquelle j’avouais certains sentiments. Il avait réussi à endormir mon attention pour me piéger. Pourtant je l’avais supprimée cette foutue lettre, mais lui, alors même qu’il détestait se servir d’un ordinateur, avait réussi à la retrouver.
A partir de ce moment, j’ai vécu un cauchemar qui a duré jusqu’au 11 janvier. En effet, dès le moment où j’ai été réveillée, il m’a dit que mes filles ne rentreraient pas en France. Il faut savoir que mes filles sont nées en France, mais comme leur papa est tunisien, elles ont d’office la double nationalité. Et en Tunisie, elles sont tunisiennes, et c’est donc la loi de ce pays qui s’applique en ce qui concerne l’autorité parentale. En 2015, c’est l’autorité paternelle qui prévaut. Mes filles ne peuvent donc pas quitter le territoire tunisien sans l’autorisation de leur père. Je devais donc le convaincre de nous laisser partir. J’ai tout essayé. J’ai demandé à ses parents de le convaincre, à son frère et ses sœurs aussi. Sans succès. Je l’ai littéralement supplié à genoux de ne pas m’enlever mes filles. Il n’a rien voulu entendre. J’ai même utilisé en dernier recours, et le pire c’est que ça a marché, mon corps pour le convaincre. On a baisé comme des animaux, c’était ignoble. J’avais déjà subi cela une fois en novembre, car il menaçait d’aller tuer mon supposé amant et je n’avais trouvé que ce moyen pour l’arrêter.
Le 7 janvier 2015 donc. Réveil difficile, je ne sais même pas si j’ai dormi. Il a sa tête des mauvais jours mais il décide de partir. Ouf. Vers 8 h, on monte tous les cinq dans le 4 x 4 de mon beau-père. Un premiers pas vers la France. La route vers l’aéroport me paraît interminable. J’observe en douce mon mari, pour essayer de savoir ce qu’il se passe dans son cerveau. Il est extrêmement tendu de nouveau. Nous arrivons enfin à l’aéroport. On descend les valises, mes filles, et nous nous préparons pour l’enregistrement des bagages. L’aéroport est immense, et vide. Nous attendons, et je bous intérieurement, car je suis pressée de partir, de quitter ce pays que j’ai adoré mais que je trouve hostile depuis hier soir. Enfin c’est à nous. Il dépose les bagages sur le tapis pour qu’ils soient enregistrés. Il tend les passeports à l’employé pour l’enregistrement. Et là il me regarde durement et ramène sa main vers lui en criant « non !!!!! ».
Comment ça non ? Et là je comprends, le ciel me tombe sur la tête. Je lui hurle dessus en lui disant qui’il n’a pas le droit de faire ça. Je regarde mon beau-père qui est sous le coup de la décision de son fils. Je l’implore de le raisonner.
Comme nous sommes arrivés largement en avance, je ne désespère pas de le convaincre avant que l’avion ne décolle. Il me propose que nous rentrions en laissant les filles à ses parents. Ce que je refuse bien entendu. Je préviens mes filles de 10, 8 et 5 ans que leur père ne veut pas que nous rentriions. Elles pleurent. Essaient de parler à leur père en vain. Qui rejette la faute sur moi en disant que je suis une salope avec mon chef (je travaillais effectivement avec mon supposé amant). Je hurle ma rage dans l’aéroport, les gens me prennent pour une dingue et ne comprennent pas ce qu’il se passe. Mes deux beaux-frères arrivent en catastrophe pour essayer de régler le problème, en vain. La sensation d’être prisonnière m’envahit lentement. Une employée de l’aéroport me propose de l’aide et me donne le numéro du consulat de France à Tunis. Je la remercie chaleureusement. Je la reverrai hélas quelques mois plus tard…
J’appelle ma mère, qui s’assoit de surprise et de dégoût. Je lui dit d’appeler le consulat de France pour savoir ce que je dois faire.
Notre avion a décollé, emportant avec lui tous mes espoirs.
Je n’ai pas d’autre choix que de retourner chez mes beaux-parents. Durant le voyage, je l’abreuve d’insultes pendant qu’il tente d’appeler certains de mes collègues pour leur dire à quel point je suis une pute car je couche avec mon chef. Tout cela bien sûr devant les enfants. Comme il appelle avec sa puce téléphonique française, il est vite bloqué pour cause de dépassement de forfait. De mon côté j’appelle ma DRH pour la prévenir que je ne serais pas rentrée le lendemain pour reprendre mon travail et que je ne sais pas quand je vais rentrer.
La route une fois de plus me parait interminable. On arrive « enfin ». Je suis dans une autre dimension, ce n’est pas possible que nous soyons retenues contre notre gré dans ce pays maudit. Je me sens prisonnière avec mes filles. Non en fait je suis une otage. Nous sommes les otages de mon mari, c’est hallucinant.
Heureusement, j’ai mon ordinateur, et une connexion internet qui me permettent de me sentir moins seule. Car oui, je suis toute seule dans un pays arabe, langue que je ne parle pas, entourée d’une belle famille hostile à l’idée que je divorce. Heureusement, j’ai mes bébées. Je ne leur cache pas la dureté de la situation. On se serre les coudes toutes les quatre.
Je ne peux plus utiliser mon téléphone pour cause de dépassement de forfait mais je suis joignable. Ma mère a réussi à avoir le consulat et la personne qui s’occupe de ce genre de cas. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Nous n’avons aucun moyen de sortir mes filles de ce foutu pays sans l’autorisation de mon mari.
Je me connecte à Facebook pour prévenir mes amis en MP de la situation. Et là je commence à voir des statuts disant qu’il y a eu un attentat à la rédaction de Charlie Hebdo. Ca ne m’inquiète pas plus que ça, il y’a déjà eu des attentats contre eux hélas.
Charlie Hebdo… j’ai acheté le journal pour la 1ère fois en 1991,j’ai même un hors-série consacré au procès Papon dédicacé par Riss. Je n’ai pas loupé un numéro. Et ce malgré le désaccord manifeste de mon mari, jusqu’en 2006 et la parution des caricatures. A cette date, j’ai eu l’interdiction de l’acheter. Et comme je n’étais pas d’accord avec la parution de celles-ci, cela ne m’a pas dérangé sur le moment. Mais après oui, cela m’a manqué. J’ai été élevée par des parents extrême-gauchistes et libre-penseurs, biberonnée au Canard Enchaîné et à Fluide Glacial.
Puis au fur et à mesure que les nouvelles tombent, j’appréhende l’horreur de la situation. Les noms des victimes, oh non pas Cabu ! Charb mais non ce n’est pas possible ! Oncle Bernard ? quoi ? Mais non !!! Tignous oh là là et Wolinski et Honoré non non et non.
Et moi, je suis enfermée dans ce putain de pays. Toute seule à pleurer comme une gamine car ils sont morts. Et tout le monde s’en fout là où je suis. Ben oui, après tout ils l’ont bien cherché tous ces kouffars qui ont insulté le prophète. J’explique à mes filles ce qu’il se passe en France. Il nous parait si loin notre pays. Heureusement qu’il y’a Internet, qui me permet d’échanger. Particulièrement avec un de mes potes en France qui est dévasté par la mort de ses copains. Mais qui cherche à m’aider. Qui essaie de convaincre mon mari de nous laisser rentrer.
Ma mère veut venir, mais son passeport n’est plus valide. Elle va le faire en urgence pour arriver le lendemain. Elle veut aussi essayer de convaincre mon mari. J’ai réussi à installer une puce tunisienne dans mon téléphone et je peux communiquer avec la France.
Mon mari a exigé de joindre mon supposé amant au téléphone. La conversation a duré 20 mn, et malgré les dénégations de celui-ci, mon mari pense toujours que je l’ai trompé. J’appréhende mon retour au travail…
Je suis scotchée à Internet, je regarde en boucle FB, les infos, tout ce que je peux car je n’arrive pas à y croire. Ce n’est pas possible, c’est un double cauchemar, je vais me réveiller. Je n’arrive pas à imprimer que tous ces dessinateurs soient morts, de cette façon. Et cette catastrophe résonne tellement en moi avec ce que je subis. J’ai l’impression que nous sommes victimes de la même chose, une mauvaise application de la religion musulmane. Mais moi je ne suis que otage, pas morte, enfin pas encore. Toujours en contact avec mon pote qui arrive à établir un contact avec mon mari et donc commence à le convaincre.
Ma mère a aussi réussi à avoir son passeport. Elle a eu affaire à la même personne qui 15 jours auparavant m’avait délivré également mon passeport en urgence pour que je puisse rejoindre mes filles suite à un dysfonctionnement de la préfecture. Ma mère en a profité pour alerter la préfecture à propos de notre situation. Elle a en outre alerté le ministère des Affaires Etrangères pour signaler que nous étions retenues contre notre gré en Tunisie.
La journée se déroule ainsi, entre moments de réconforts, même par ma belle-famille qui fait ce qu’elle peut face à cette situation cauchemardesque , et bouffées de haine envers mon mari. Tout ça au milieu de la sidération générée par l’attentat. Je m’endors, littéralement épuisée, en serrant mes filles contre moi.
8 janvier 2015. Je me réveille comateuse. Heureusement mes filles sont là. Les enfants vivent l’instant présent. Ca fait du bien de les voir ainsi. Je limite au maximum les échanges avec mon mari pour ne pas passer mon temps à l’insulter. Et surtout, Je suis Charlie, et pas lui. Il condamne, mais du bout des lèvres. Je sens que la journée va être longue. Et je me dis que si je dois rester là-bas longtemps…. Non je ne vais pas y arriver… ne pas y penser surtout. Ma maman m’annonce qu’elle arrive ce soir. Un rayon de soleil dans mon abîme d’obscurité. Et nous mettons en place une stratégie avec mon pote pour faire céder mon mari, qui commence à vaciller sur ses positions.
Pendant ce temps, l’horreur continue chez moi. Des fous furieux sont en liberté et une policière a été assassinée. Quelle horreur. Tout le monde devient Charlie. J’ai l’impression d’avoir été une pionnière car je l’étais avant contrairement à beaucoup de personnes de mon entourage. Et j’ai honte de ne plus avoir eu l’esprit pendant quelques années, alors que eux se sont battus pour la liberté d’expression et qu’ils en sont morts.
La journée se passe dans la douceur tunisienne. J’ai tellement apprécié cette sensation… mais là je rêve de nuage gris, de froid et de pluie. Je suis impatiente d’aller chercher ma maman. J’essaie de me convaincre que nous allons arriver à le décider à partir ou à défaut à nous laisser partir si lui ne veut pas rentrer (j’en rêve). Je reste en contact permanent avec mes proches en France qui sont atterrés, en colère après mon mari. Certains essaient de parlementer avec lui. En vain. Pour eux aussi deux horreurs se télescopent.
J’ai toujours dans l’idée de ne pas être totalement à sa merci. Le téléphone et l’ordi sont mes bouées de sauvetage dans l’attente de l’arrivée de ma maman. Et une idée fixe me trotte dans la tête : je dois récupérer les pièces d’identité de mes filles. C’est lui qui les a depuis mercredi. Alors je profite de ses absences pour chercher, avec l’aide de mes filles. Je ne me souviens plus de l’endroit où il les avait cachés mais je les ai trouvés à ma grande joie. Mon idée était de les confier à ma maman à laquelle il ne s’attaquerait pas. Son heure d’arrivée était 21 h.
Nous sommes partis avec mon mari et mes filles à l’aéroport. Elles ne veulent pas être séparée de moi. Je bouillais d’impatience de voir ma maman, je me suis sentie si seule depuis 2 jours. Mon stress était intense car j’avais les pièces d’identité des filles dans mon sac. S’il les voit, je vais passer un sale quart d’heure. Et pus on approche de l’aéroport et plus le cafard m’envahit. Cette sensation d’être prise en otage est particulièrement difficile à supporter, et quand je suis à l’aéroport, j’ai la sensation d’être si près de la liberté que j’en pleure. L’avion de ma maman a du retard. Elle m’a expliqué après que c’était à cause de l’alerte attentat. Je la vois arriver et un grand soulagement m’envahit. Ma maman est avec moi. Je l’entraine le plus discrètement possible dans les toilettes pour lui donner les pièces d’identité des filles Il nous observe d’un air mauvais mais il se fait contrôler par un douanier donc ça nous laisse un peu de répit.
L’ambiance dans la voiture pendant le retour est lourde. Maman a beaucoup pleuré à l’aéroport à Paris, son compagnon n’a pas voulu l’accompagner par crainte de ne pas arriver à contrôler sa colère face à mon mari. Mes filles sont contentes et soulagées de la voir. Maman est déjà venue en Tunisie, les relations entre nos 2 familles sont bonnes.
Nous arrivons dans la maison familiale. Mon mari veut parler à ma maman. Il dit qu’il fait tout cela pour sauver sa famille, que c’est moi la méchante dans l’histoire puisque je l’ai trahi en parlant et en avouant des sentiments pour un autre homme. Bien entendu il oublie les brimades subies ces dernières années, l’obligation de vivre à la tunisienne et à la musulmane qui empêche toute vie sociale, qui interdit d’écouter de la musique autre que les mélopées en arabe et les psalmodies du Coran. Les propos haineux envers tout ce qui n’est pas arabe, sa façon d’éduquer qui ne prend pas du tout en compte le fait que je sois d’une culture différente. Oui c’est vrai, je me suis « convertie » à l’Islam. Donc j’ai plus ou moins consenti à cette vie. Mais c’était plus pour tenter d’avoir une communauté d’idées et de culture que par pure conviction. En fait j’ai mon idée de la religiosité qui ne souffre d’aucun dogme. Dire que quand on s’est connu il buvait de l’alcool et fumait du shit… Ma maman a tenté de trouver les mots pour comprendre sa souffrance et lui faire comprendre qu’il allait dans le mur.
La journée s’achève ainsi, avec toujours la boule au ventre mais réconfortée d’avoir ma maman à côté de moi.
9 janvier 2015
Une nouvelle journée en prison commence. Je n’en peux plus, je suis comme un lion en cage. En France, c’est la guerre. Les frères Kouachi, ces salauds, sont activement recherchés. Je suis en contact quasiment chaque heure avec mon pote, qui m’a proposé hier de mentir à mon mari. De lui dire que j’avais réfléchi et que je pensais lui donner une chance si on retournait en France, alors que sinon restait en Tunisie, plus rien ne serait possible. C’était vraiment une épreuve pour moi qui suis très mauvaise comédienne. Mais je n’avais pas le choix, surtout que la veille au soir il s’était rendu compte que j’avais récupéré les pièces d’identité de mes filles. Je me souviens de son air méprisant et triomphant quand il s’en est rendu compte, en me disant que ça ne changeait rien à la situation. Mais j’étais quand même contente d’avoir mis un tout petit caillou dans sa chaussure.
J’ai donc suivi les consignes de mon pote. J’ai promis de redonner une chance à notre couple, en ne garantissant pas le résultat mais que je ferai les efforts nécessaires. Ma mère étant au courant allait dans mon sens. Et ça a marché.
Il a cédé. Il a accepté que nous retournions tous en France. J’étais folle de joie, les filles aussi mais tout de même sur la réserve car je ne serai soulagée qu’au moment où l’avion atterrira en France. La première étape était d’acheter les billets pour mes filles et mo, mon mari et ma maman. Je voulais rentrer le plus vite possible. Que les filles puissent commencer leur semaine à l’école. Bref que nous puissions retrouver notre vie le plus vite possible. Mon beau-frère s’est occupé des billets. Il trouve un retour pour le 11 janvier. Non !!! Je veux rentrer maintenant !!!! Mais ce n’est pas possible. Il y a eu quelques difficultés pour obtenir tous les billets, mais je sens le vent de la liberté quand je vois les billets d’avion. Je dois jouer la comédie jusqu’à ce nous ayons atterri en France. Pour alléger le poids de cette attente pour mes filles, il y’avait l’accouchement de leur tante. On pourrait voir son bébé avant notre départ. Notre retour, enfin une bonne nouvelle dans ce long tunnel de désolation. Sauf que la litanie des mauvaises nouvelles a continué : prise d’otage par les frères Kouachi et autre prise d’otages dans un magasin casher. Mais bordel, il se passe quoi chez nous ? La joie du retour est diffuse à l’écoute des drames qui se déroulent en France. Et je n’en peux plus, je veux rentrer chez moi, dans mon pays libre et laïc. La journée se passe ponctuée des mauvaises nouvelles suite à la prise d’otage à l’hyper casher. Je n’en peux plus, trop de dureté depuis 3 jours. Heureusement ma maman est avec moi. On parle beaucoup, avec les filles aussi, de ce qui se passe si loin de nous. Je suis dans un état second, ça durera jusqu’à ce que je parte.
10 janvier 2015. La journée s’est déroulée sans encombre. Nous avons passé une grande partie de la journée à la clinique pour voir ma belle-sœur et son bébé. J’ai fermé ma valise en priant le ciel d’arriver en France sans encombres.
11 janvier 2015. Ca y’est. On y est presque. On doit être à l’aéroport à midi. Je n’en peux plus. Je ne supporte plus le soleil, les odeurs, rien. JE VEUX PARTIR ! Les filles sont impatientes et ma maman aussi. Et je rage de ne pouvoir participer aux manifs à cause de l’autre pourriture qui nous a retenues en otage. Je rage de ne pas avoir pu y emmener mes filles. Mais allez, sait-on jamais on pourra peut-être y aller quand même si l’avion n’a pas de retard. Euh en fait non, ça ne va pas être possible, je rêve. Mais je suis tellement frustrée de ne pas montrer au monde entier mon refus du terrorisme et ma douleur suite aux évènements qui se sont déroulés dans mon pays.
Nous prenons pour la 3ème fois en 5 jour la route de l’aéroport. Je me remémore mes sensations du 7 janvier. Je sais que lui aussi. Et j’ai peur. Peur qu’il décide au dernier moment de ne pas retourner en France. Peur qu’il devienne dingue. Le temps n’en finit pas. Le trajet dure seulement 1 heure pourtant. On arrive enfin à l’aéroport. On descend les valises. On va à l’enregistrement des bagages, je retiens mon souffle. Il donne les passeports et nos bagages sont enregistrés. Ouf, la première étape est franchie. Mais il y’a encore la douane à passer. Nous disons au revoir à la belle-famille. Je me dis que c’est peut-être la dernière fois que je les vois. Mais le moment de nostalgie passe à mesure qu’on s’approche de la douane. Il y’a beaucoup de monde qui attend. Merde, il va réfléchir pendant l’attente, il peut changer d’avis. Mais non. On avance, lentement. Une vraie torture. Et on passe la douane.
OUI !!!! Ca y’est, on a quitté le territoire tunisien. On y est presque ! On s’installe dans la salle d’attente. On devrait embarquer d’ici 1 h. On attend, mais l’heure passe et toujours pas d’avion. On voit les autres passagers embarquer, mais toujours rien pour nous. Au bout de deux heures, les passagers s’impatientent et exigent des informations. Les choses dégénèrent car certains passagers manifestent bruyamment leur mécontentement. On apprend enfin que notre avion est en panne et que la compagnie en cherche un autre pour nous emmener en France. Je n’y crois pas. Comment c’est possible ? Pourquoi ne pouvons-nous pas rentrer ? Ma crainte est que nous ne puissions pas partir ce soir, que nous soyons obligés de rentrer dans la maison familiale. Et que demain, il ait changé d’avis. Dire que j’avais imaginé pouvoir aller aux manifs… Je suis dégoûtée. Un cousin de mon mari d’une cinquantaine d’année patiente avec nous, mais lui a la chance de pouvoir prendre son avion. Il a d’abord discuté avec mon mari qui lui a demandé de me convaincre que le divorce c’est mal. J’ai eu droit à la leçon de morale habituelle depuis quelques mois : une musulmane ne divorce pas, il faut rester pour les enfants. Toujours dans mon rôle d’actrice, j’acquiesce sans conviction aucune. De toute façon, je suis bientôt libérée.
Nous avons pris l’avion à 19 h. Avec une escale à Tunis et une arrivée à Roissy au lieu d’Orly vu notre arrivée tardive. Ca y’est, je suis chez moi, je peux enfin être vraiment Charlie. Mais je suis arrivée à la fumée des cierges, et quand je vois le monde qui a manifesté, même des amis qui n’avaient rien de commun avec Charlie. J’en pleurerai de rage de n’avoir pas pu participer à cet évènement unique dans une vie. Mais je suis chez moi, en France. Enfin.
Nous rentrons chez nous en Normandie. Je suis soulagée de rentrer chez moi. Demain matin, je dois impérativement partir à Nantes. Les filles resteront avec leur père, nous sommes rentrées trop tard pour qu’elles aillent à l’école. Nous sommes arrivés à 3 h, et je suis repartie à 6 h. Ma vie recommençait. Pas comme avant car les morts me hanteraient longtemps, ainsi que le traumatisme de mon enfermement et de celui de mes filles. Je suis passée devant un tabac-presse. J’ai voulu acheter Charlie, mais plus rien. Tant pis, j’achèterai celui de la semaine prochaine, puis de la semaine d’après, et jusqu’à la fin.
Ils n’avaient pas gagné. Les islamistes n’avaient pas gagné. Nous avons plié un genou, mais nous ne sommes pas tombés.
Mon mari a tenté de détruire ma vie, il a presque réussi, mais je me suis battue et je suis rentrée.
J’avais tort.
Il y’a eu le 13 novembre.
Mon mari en fait est rentré en France car il n’avait pas assez préparé son arrivée en Tunisie. Il ne m’a pas crue quand je lui ai joué ma comédie. Il avait besoin de temps. Il est reparti en Tunisie le 9 février avec mes filles. Mon calvaire commençait.


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