Femmes des siècles laïques

Je rencontre trop de femmes convaincues (et beaucoup d’hommes indifférents à la question) qu’il n’existe aucun lien entre leur vie de tous les jours et la laïcité. Elles me demandent: « en quoi, cela peut-il me concerner, cette loi qui a plus d’un siècle ? ». Cette loi qui a plus d’un siècle a statué la séparation de l’église et de l’état, et a établi l’égalité en droit de tous les les citoyens (d’accord à cette époque, les citoyennes étaient « beaucoup moins » « égales », sinon qui aurait fait la cuisine chaque jour?).

En séparant l’église et l’état, cette si vieille loi a privé ledit Etat des travaux qu’exécutaient les clercs et l’a privé des bâtiments religieux. Il a fallu remédier à cela et comme un état démocratique est plus assujetti à l’évolution de la population (élections, manifestations, grèves, médias…) que des textes religieux (qui ont un don certain pour rester figés durant des siècles), depuis un siècle et demi, petit à petit, l’état s’est affranchi de l’orthodoxie religieuse. Il s’est appuyé sur la science, sur l’état des connaissances et non sur les croyances.
Il lui a fallu gérer (à la place de l’église qui le faisait) l’enseignement, l’état civil, la famille, la santé et la mort.

En ce qui concerne l’enseignement, l’état l’a déclaré obligatoire pour les garçons et les filles, il a fini par admettre que la mixité était la garantie de la même qualité d’enseignement pour filles et garçons, Il a imposé à tous les collégiens le même cursus (oui, je sais c’est très contesté, mais enfin c’est mieux que de placer les jeunes filles à l’ouvroir), il a ouvert l’enseignement supérieur à tous, en prenant en charge une grosse partie des frais.
Et cela ne concerne pas la vie des femmes?

En ce qui concerne l’état civil, l’état a pris en charge et fait évoluer les règles sur le mariage (maintenant les époux se doivent réciproquement fidélité et assistance), il exige le consentement de chaque époux (plus de mariage forcé, même si c’est insuffisant pour le faire disparaitre, c’est vrai), il permet le même divorce à l’épouse et à l’époux, il permet enfin le mariage (et donc le divorce) aux couples homosexuels hommes ou femmes. Toutes ces évolutions ont généré des conflits entre l’état laïc et certaines franges religieuses extrémistes en leur temps.
Et cela ne concerne pas la vie des femmes?

En ce qui concerne la famille, l’état a inventé le concept d’autorité parentale (et non plus paternelle), il attribue les même allocations pour filles et garçons, Il donne le statut de famille aux femmes seules avec enfants (d’où allocations), il donne aussi un statut aux enfants adoptés et aux enfants hors mariage, il permet aux femmes de travailler, d’ouvrir un compte bancaire et de toucher leur salaire, il tente de lutter contre les violences intrafamiliales (un des deux seuls points sensibles que Ségolène Royale nous accorde encore).
Et cela ne concerne pas la vie des femmes?

En ce qui concerne la santé, l’état, sous la poussée des mouvements féministes, a libéralisé le pilule, autorisé l’avortement hospitalier, il accepte hommes et femmes de la même manière dans ses hôpitaux, il améliore encore et toujours les soins consécutifs à la naissance, forme des spécialistes des maladies féminines (qui disparaissent hélas les premiers lorsqu’il y a des économies à faire – les spécialistes bien sûr, pas les maladies!). Il a aussi évolué sur le statut des viols (criminalisation, mise place de centres d’accueil, reconnaissance des conséquences psychiques). L’état se bat contre les traditions en interdisant l’excision sur son sol. L’état gère l’avancement des questions bio éthiques. Il a permis la procréation médicalement assistée, l’implantation des embryons… Là encore, ces avancées n’ont pas été sans heurts avec les églises.
Et cela ne concerne pas la vie des femmes?

En ce qui concerne la mort, l’état a donné les même droits à chaque enfant à la mort des parents (même aux enfants dits adultérins), il a racheté les concessions de cimetière pour pouvoir enterrer les suicidé(e)s, les divorcé(e)s, les gens de toutes les confessions (il s’agissait alors des juifs que l’église catholique refusait d’enterrer).
Et cela ne concerne pas la vie des femmes?

On comprend à la suite de cet inventaire à la Prévert, que même si l’état fait des erreurs, même s’il a des défauts, rien ne lui interdit d’avancer sauf son manque de courage. Il fait que le droit est vivant et évolue grosso modo avec la société. Mais, comme il produit des textes qui bougent avec le temps, ces derniers ne sont pas séculaires, traditionnels. Cela les rend très fragiles face aux textes religieux. Même à l’échelle d’un état (plus récent qu’une religion) tout cela est loin d’avoir force de tradition.
Alors oui, nous devons, défendre ces textes et le cadre qui leur a donné vie. La laïcité est une priorité pour les femmes, encore plus que pour les hommes.

Marie-Clotilde

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