Je reviendrai et je serai des millions

Au retour des obsèques de Wolinski que je connaissais moins que sa fille Elsa et son compagnon, mon ami Arnauld, il y avait au Père Lachaise rassemblés des compagnons de route de longue date, comme Caro et Fiam, qui étaient déjà là au procès des caricatures, quand les islamistes n’étaient pas encore relayés par des assassins, et qu’ils dénonçaient devant la justice l’amalgame entre Islam et violence. Ce procès où Mohamed, cité en qualité de témoin, décrivait à la barre le drapeau saoudien qui porte un sabre pour emblème, juste sous les mots « Il n’y a de dieu que Dieu et Mahomet est son messager. ».

Après le Père Lachaise, j’ai fait ce que les défunts auraient fait : je suis allé au bistrot pour boire un coup à leur santé. Et puis j’ai eu une idée, comme une évidence, parce que ma vie ne serait plus jamais la même, parce que je retournais au combat, j’allais graver cette promesse sur mon avant-bras : « Je suis Charlie ».

Et puis il y a eu ces mots inaudibles : « On a tué Charlie, on a vengé le prophète », s’ils n’avaient pas trouvé un écho auprès d’un patron presse qui, la terre encore fraîche recouvrant les cercueils, organisait une table ronde avec des islamistes. Après cette réunion organisée par Mediapart sur la place des Musulmans en France, ma colère s’est transformée en fureur. J’avais passé toute ma vie d’adulte à essayer de comprendre, pour que le fils d’immigrés que j’étais devienne un Français. Et voilà qu’on piétine mon chemin, qu’on s’essuie les pieds sur ma vie, un destin, en me réduisant à ce qui ne sera jamais une qualité, rien que je ne puisse un jour mériter : la religion, celle de mon père. Une injonction, relayée par un sociologue zombie, comme s’il fallait l’accepter telle une fatalité. Le même destin construit de toutes pièces, qui a émancipé des générations d’immigrés. Ils épousèrent la citoyenneté et la laïcité, par loyauté et fidélité d’abord, pour un pays exigent certes, mais qui en retour nous avait tant donné. Et puis les gestes faits, le contraste et les jeux d’ombres avec les pays que nos parents ont quittés, la foi s’est révélée :

il existe une patrie pour chaque être de ce monde sincèrement épris de liberté.

Alors j’ai créé un blog que j’ai appelé LaïcArt pour me donner la parole, quand mes propos parfois fois fiévreux, mais toujours sincères, rencontraient un sort malheureux dans quelques Pure players. Un blog pour répondre avec mes mots à ceux qui nous reprochèrent d’avoir joué avec le feu, avant que cette improbable causalité ne s’effondre un vendredi 13.

Le 15 décembre, un mois après ce vendredi maudit, je décidai d’entrer en résistance en m’engageant dans un projet de refondation de la France : raviver le triptyque républicain, avec pour ciment un mot, une loi, qui dans la lettre comme dans l’esprit ne s’accommode d’aucun adjectif, la laïcité.

Le 15 décembre, je transforme LaïcArt en un réseau social d’activisme politique, abandonnant tout dogme idéologique sans rien renier de ma propre sensibilité. J’ai décidé d’unir les intelligences dans l’action et l’horizontalité. Une nouvelle façon de faire de la politique, qui abolit les frontières dans cet espace cybernétique. Un espace qui, s’il ressemble à ceux qui l’ont édifié, doit être capable du meilleur dans les mêmes proportions de ce qu’il nous propose aujourd’hui de pire.

LaïcArt est une bonne intuition, un mélange de laïcité pour le cadre et d’art pour la création et l’invention. Désinhiber la parole intelligente qui par nature s’autocensure. Encourager l’action, favoriser les mises en relation, inciter la production littéraire. Tout ce qui est un danger mortel pour la tartufferie de la politique professionnalisée et qui fait de nous des frères. C’est une folie et il nous reste tout à faire, c’est une folie et depuis le 15 décembre, elle gagne cinq personnes par jour venant de toute la France et d’ailleurs.

Ahmed Meguini

Rejoignez le projet #LaïcArt pour un Parti de la Société Civile
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