Inspiré de faits réels

Je suis ta mère et toi, ma fille, tu n’es morte qu’aux yeux du monde, dissimulée sous ton long voile.
Ils disent qu’ « Allah te voit », ils ne disent que « bises interdites, fornication, tu privilégies ta famille à ta religion ».
Je dis, moi, que ceux qui nous infligent cela mènent un combat qui n’a pas de sens. Leur dieu ne peut pas aimer ça. Il ne peut pas faire naître les enfants du ventre des mères pour les abandonner comme ça. Leur dieu se joue de toi et moi.

Et moi, je ne peux plus faire comme si c’était avant.
Avant, c’était le bon temps, le temps où l’on ne s’appliquait plus à se dire au revoir le matin parce qu’on était sûres de se retrouver le soir.
Avant, c’était le temps où je croyais qu’il suffisait que je t’aime de toutes mes forces pour que rien de mal ne t’arrive.
Avant, c’était le temps où j’avais peur des gros bobos, où j’imaginais, sereine, le temps lointain où tu serais grande, assez pour partir « faire » ta vie.
Le jour où tu es née, je savais que tu étais quelqu’un d’autre, tu sais, différente de moi, mais liée à moi au-delà de l’espace, vers l’infini et au-delà comme dirait l’autre naïf…

Aujourd’hui c’est le temps où tu es partie.
Aujourd’hui c’est le temps où je te pleure alors même que tu es là, toute proche et dans une autre galaxie.
Aujourd’hui c’est le temps où j’ai une fille qui n’a plus de mère, c’est le temps de l’Interdit. C’est le temps volé à ton dieu qui me laisse comme morte, punie la mécréante qui ne croit pas en lui.
Tu parles de tes choix et j’entends ses tabous.
Tu parles de pudeur et ton ostentation me choque.
Tu me parles de ton dieu quand je ne pense qu’à nous.
Tu parles de la vie d’après quand j’ai précisément peur de tes lendemains qui ne chanteront plus.
Tu parles de paradis et c’est l’enfer que je reçois en partage.
Moi je veux mon bébé. Je veux ta peau, la soie de tes cheveux, tes rires, pouvoir t’admirer et être libre de te le dire… te faire rougir, en rire ensemble.

Elle revient parfois cette enfant, me consoler, quand toute de noir vêtue tu retournes à tes prières, à tes interdits, à tes putains d’absolues certitudes qui prennent en fait la place de toutes les questions que tu ne poseras plus.
Elle s’assied là, à mes côtés, pelotonnée, rêveuse et douce, et ensemble, à nouveau réunies, nous te pleurons ma fille.

Stephane