Je vais vers mon risque

Je ne dormais plus, je fumais trop, je buvais trop, je ne sortais plus, je ne travaillais plus, j’étais agressif, je pleurais sans arrêt, je n’oublie pas cette colère que j’ai transformée en encrier. C’est dans mon cœur ouvert en deux que je trempais ma plume et c’est à ce prix que je faisais éclater la vérité. Aujourd’hui je surveille la cicatrice encore rouge et fragile. Je me souviens avoir proclamé sans le moindre doute que j’allais me donner de l’influence, que j’allais prendre du temps de parole aux salauds et que j’allais les combattre avec la fureur qu’ils avaient plantée dans mes tripes. Alors je me suis mis à l’ouvrage, je savais que je n’étais pas seul et que des gens, des frères et des soeurs, pleuraient étouffés eux-aussi par le chagrin et la colère, et que nous allions nous rejoindre. Dieu était revenu avec ses cortèges de prophètes opportunistes nous obligeant à “faire avec”. Je me suis donné la parole en m’engageant dans ce combat avec pour seules armes : mon existence, mon identité, ma raison et ma folie, et pour seul bouclier ma poitrine nue. J’ai pris part au combat, j’ai pris une place comme tous ceux qui ont rejoint le projet LaïcArt. Et je le dis à ceux qui le regrettent, qui voudraient faire sans moi : je ne suis pas incontournable, pour qui aime la marche à pied. J’impose ma chance, je sers mon bonheur et je vais vers mon risque, et je vous jure que vous vous habituerez.

Ahmed Meguini

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