La laïcité a sauvé ma mère d’une mort annoncée

Heureusement pour ma mère, la laïcité n’était pas interprétée par Jean-Louis Bianco quand sa communauté religieuse lui a tourné le dos. Parce que pour cette tribu, qui n’avait pour lien que quelques rites et une religion en commun, avaient aussi un ordre qui condamnait ma mère à mourir sous les coups de mon père, parce qu’ainsi vont les traditions, car ainsi va la religion, le mariage est hors question. La laïcité c’est l’outil qui a permis à cette jeune femme qui m’a mis au monde de pouvoir offrir au regard des autres un balayage, un brushing et un regard droit.

Dans les années 70, il n’y avait personne pour offrir une oreille attentive à celles qui la traitèrent de pute au seul motif que maman avait osé quitter papa sous les conseils des urgentistes de l’hôpital de Saint-Julien en Genevois. Pute encore, quand elle obtenait son permis de conduire et qu’elle renvoyait d’un coup de klaxon quelques misérables femmes renvoyées à l’étroitesse de leur misérable monde. C’est une République laïque et intransigeante qui a sauvé ma mère d’une mort annoncée et par l’occasion évitait à mon père un impardonnable crime.

Ahmed Meguini

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Commentaires

  1. Ahmed Auteur du sujet

    Citation de Sagan entendu aujourd’hui au séminaire “Aragon ou l’oubli” : “on ne sait jamais ce que le passé nous réserve”

  2. Marie Clotilde

    J’aime énormément ce texte sur votre mère. Court, précis, vivant. Il touche tout le monde sans limite de religion ou de couleur de peau. Et il est intemporel.
    Quelque part sur le forum, j’écrivais que nous devons rassembler des arguments pour rendre la laïcité “sexy” face à ceux qui nous traitent de racisme.
    Je crois que ce texte fait partie des meilleurs arguments.

  3. Ahmed Auteur du sujet

    J’ai assisté à un séminaire avec Yann Moix : “Aragon ou l’oubli”, il s’est passé quelque chose en moi. Comme une porte qui s’ est ouverte, j’ai décelé quelque que j’avais caché. Une conversation avec Jorge Semprun dans un taxi où il m’a dit, sidéré, en me regardant comme un si j’étais un peu con : “Mais pourquoi tu n’écris pas tout ça” (à lire avec un léger accent espagnol). J’ai répondu spontanément que je n’avais rien à raconter alors même que je venais de le faire mais ces événements étaient invisibles pour moi parce que je les avais “mis en oubli” sans quoi jamais je n’aurais pu me retrouver dans ce taxi. Et c’est seulement depuis janvier 2015 ou une madeleine amère mais madeleine quand même, ramenait à ma mémoire des événements que je pouvais enfin traiter et comprendre à la lumière d’autres événements, aussi obscures soient-ils.

    Merci
    C’est bien plus qu’un compliment que vous m’avez offert
    Ahmed

  4. Françoise Leclercq

    Merci pour ce beau témoignage, à l’heure où nous avons besoin de tenir allumée la lumière.

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