‘La laïcité garantit-elle l’égalité femmes-hommes ?’

Matinée paradoxale au Sénat ce jeudi 12 janvier.

Présidée par la sénatrice Chantal Jouanno, la délégation pour les droits des femmes présentait son rapport intitulé ‘La laïcité garantit-elle l’égalité femmes-hommes’.

Les conclusions de ce travail, réunies sous forme de propositions de loi au législateur et de recommandations au gouvernement, sont extrêmement précieuses et constituent de vraies avancées.

Parmi les quatre propositions de lois, l’une est majeure : inscrire l’égalité femmes-hommes à l’article 1er de notre constitution, ce qui aurait un effet domino sur l’ensemble des lois qui devraient en respecter le principe. Autres propositions : sanctionner les associations appelant à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison du sexe ; ou bien encore, étendre l’obligation de neutralité à de nouvelles catégories (notamment les élèves-fonctionnaires et fonctionnaires stagiaires ou les étudiants des ESPE se destinant à l’enseignement).

L’hôpital, l’école, le sport, les partis politiques, les communes, les associations… La délégation a bien cerné les inégalités femmes-hommes et les atteintes à la laïcité qui minent notre pays. Quant au voile, burkini et autre vêtement à caractère religieux ostentatoire, elle a écarté toute réglementation. Chantal Jouanno a néammoins reconnu que le problème du voilement des petites filles n’avait pas été abordé…

Si les propositions de la délégation sont à saluer, en revanche, son angle d’approche du sujet tout comme certaines interventions à la table ronde ont suscité quelque perplexité.

Pour une matinée dédiée à la laïcité, on entendit beaucoup parler de religion. Et pour cause. Dans ses travaux préparatoires, la délégation a interrogé des spécialistes du fait religieux sur la place de la femme dans les trois religions monothéistes. Le rapport comprend d’ailleurs des recommandations destinées aux instances religieuses du pays pour favoriser en leur sein l’égalité femmes-hommes. Comme la volonté de promouvoir des femmes chez les aumôniers… Une jeune aumonière musulmane et une aumonière juive sont d’ailleurs intervenues…

Frédéric Mion, directeur de Sciences-Po Paris a présenté le tout nouveau cursus Emouna l’Amphi des religions. Destiné à former des ministres du culte de différentes communautés religieuses, ce cursus est sensé « réenchanter la laïcité »… Pour lui, l’université se devait de « se saisir du fait religieux parce qu’il structure notre société »

L’intervention de Hanane Karimi a suscité de franches protestations du public. Opposée à la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école, celle qui se présente comme doctorante en sociologie et membre du collectif Les Femmes dans la Mosquée, est une proche du PIR (Parti des Indigènes de la République) et collabore à un centre de recherche membre de la Faculté des études islamiques du Qatar, créé par Tariq Ramadan et Youssef Al Qaradawi. A l’heure où l’islamisme politique est à l’offensive dans notre pays et où le PIR exprime sa haine de la République, comment expliquer qu’elle puisse être invitée et consultée par une délégation sénatoriale ?

Malaise également de découvrir la présence dans le public de Yacine Hilmi, figure bien connue à Sevran, jeune traducteur de prêches, qui n’a de cesse de relativiser dans les médias et sur les réseaux sociaux la gravité de la situation dans la ville. Sa présence contrastait avec le cri d’alarme lancé par Nadia Ould Kaci de Femmes sans voile d’Aubervilliers et Nadia Remadna de la Brigade des Mères, sur les femmes des banlieues qui subissent de plein fouet la pression de l’islamisme.

Impossible de résumer ici toute la richesse et la qualité des allocutions des nombreuses intervenantes comme Houria Abdelouahed, Marie-Thérèse Bisson, Elisabeth Dufourcq, Martine Cerf , Anne Soupa ou Annie Sugier. A propos de la candidature de Paris aux JO 2024, elle a proposé de boycotter l’Iran et l’Arabie saoudite, seuls pays qui interdisent l’accès des femmes au stade. Elle a d’ailleurs souligné que la participation de sportives voilées contrevient à la règle 50 de la Charte olympique qui proscrit toute propagande religieuse ou politique.

Djemila Benhabib a conclu la matinée en rappelant que les attaques contre la laïcité et le droit des femmes par les religions ne sont pas des actes religieux mais des actes politiques, destinés à contrôler et les têtes et les corps. Elle a également rappelé que lorsque l’on débat, la moindre des choses serait que les intervenants précisent quelle cause ils défendent pour lever toute ambiguïté…

Espérons que ce rapport ne finisse pas aux oubliettes et que le prochain gouvernement et la prochaine assemblée s’en saisissent.

La laïcité et la loi de 1905 sont insuffisantes pour garantir l’égalité femmes-hommes. Mais finalement, cette exigence d’égalité est un bon bouclier pour renforcer la laïcité. Lutter pour les droits des femmes et l’égalité femmes-hommes, c’est s’opposer à l’islamisme politique et à tous les extrémismes religieux.

http://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-101-notice.html