Texte initialement publié par JOD sur son blog sous le titre “La laïcité dévoyée de l’Observatoire de la laïcité”

Alors que la polémique sur les propos twittés par le rapporteur de l’Observatoire de la laïcité prennent de l’ampleur dans la presse et les réseaux sociaux, il est intéressant de comprendre pourquoi ce ne sont pas ces seuls propos qui posent problème, mais bien l’orientation même de cet Observatoire qui est remis en cause.

A plusieurs reprises, cet observatoire s’est attiré les foudres des républicains laïques qui s’étonnaient des prises de positions de cet organisme chargé d’assister “le Gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité en France.” Dès juin 2013, les propos de Jean-Louis Bianco au Monde expliquant que “La France n’a pas de problème avec sa laïcité” choquaient les militants laïques de terrain. Des intellectuels ou élus surpris par les positions de Jean-Louis Bianco publiaient plusieurs articles ici ou … et trois des membres de l’Observatoire de la laïcité (Glavany, Kessel et Laborde) critiquaient la ligne autocrate et déviante de Nicolas Cadène et Jean-Louis Bianco à plusieurs reprises :

Cette fois-ci, les trois membres cités plus haut ont décidé “de suspendre [leur] participation aux travaux de l’Observatoire de la laïcité tant que le Rapporteur général ne se sera pas excusé ou qu’il n’aura pas été désavoué.”

Cette laïcité dévoyée promue par l’Observatoire s’illustre bien dans une affiche distinguée par le Prix de la laïcité de la République française portant le logo de l’organisme.

Cette affiche affirme dans son dessin que la cité a pour fondement les communautés, dont la laïcité serait le lien. Elle aurait comme but la cohabitation pacifique des croyants et non des croyants dans la société civile. Outre que cette liste est peu exhaustive, cette vision communautariste de la société consiste à réduire quelqu’un à son appartenance réelle ou supposée avant de la considérer avant tout comme un citoyen. Or, le régime de laïcité, ce n’est pas ça comme l’explique très bien la philosophe Catherine Kintzler :

“ Le régime de laïcité considère que toutes les croyances, incroyances et positions s’inscrivent dans un espace qui rend possible leur libre coexistence et que, pour construire cet espace, il faut supposer que le lien politique est étranger à tout autre lien, qu’il n’a pas besoin d’un modèle préalable de type religieux : c’est le « zéro ». On ne cherche pas ce que les différentes positions ont en commun, on cherche un espace qui conditionne a priori la coexistence de toutes les positions, y compris celles qui n’existent pas.”

Cette vision de la laïcité (régime de tolérance explicité toujours pas Kintzler plus ci-dessous) est celle proposée par l’association Coexister (cf. logo ci-dessus) qui a rond de serviette à l’Observatoire de la laïcité.

Le régime de la tolérance s’interroge à partir de l’existant : il y a différentes religions, différentes communautés et il faut les faire exister ensemble. Cette coexistence s’appuie sur l’idée selon laquelle tous croient à quelque chose, ou du moins à des valeurs, et que le lien politique doit se construire sur ce moment de foi initiale. C’est le « 1 » — exprimé notamment par la devise « In God We Trust » inscrite sur chaque dollar. C’est une manière de penser la forme du lien politique en le modélisant sur un lien de type « croyance », un lien fiduciaire.

Cette association qui prône le dialogue inter-religieux, même avec le frère musulman Nabil Ennasri (vous savez le même qui signe des tribunes “nous sommes unis” avec Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène.) Cette tribune, publiée au lendemain des attentats de novembre, comprenait aussi la signature de Samy Debbah, président du Collectif -controversée- Contre l’Islamophobie en France (CCIF) mais ce qui n’empêchait en rien Nicolas Cadène d’y donner une interview il y’a quelques jours. Interview en une du site, juste au-dessus de la dénonciation par cette même association du Premier ministre comme “déchu de la République” (sic).

Et comme le souligne le professeur de science politique Laurent Bouvet : “il me semble qu’en termes de bon fonctionnement du service public, un agent public ou assimilé comme Nicolas Cadène, ne peut pas ainsi participer à un site associatif qui dénonce l’autorité, le PM de surcroît, dont il dépend administrativement — et j’ajouterais politiquement.”

En cela, la demande d’excuse ou de démission des trois membres de l’Observatoire de la laïcité faite à M. Cadène ne relève pas d’un caprice ou d’une “sorte de chasse à l’homme organisée par des gens qui osent se dire “laïques” et des identitaires FN”, mais d’une situation qui politiquement fragilise la gauche laïque et républicaine (ainsi que le gouvernement alors même que le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), Gilles Cavreul, tient un discours d’une exigence laïque remarquable), et jette l’Observatoire de la laïcité dans les bras de ceux qui veulent sa mort.

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