Il y a un an et trente jours nous étions tous Charlie. Notre idéal de liberté était grièvement blessé sous les balles de fanatiques islamistes désireux de “crucifier les laïcards comme au Golgotha”, comme l’écrit le rappeur Médine dans son titre “Don’t Laïk”. “Je scie l’arbre de leur laïcité avant qu’on le mette en terre”, ajoute-t-il. Ce 7 janvier 2015, des branches de cet arbre se sont écrasées avec fracas. C’est ainsi que nous avons enfin vu ce que leur ombre rassurante et protectrice nous avait fait oublier.

“La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil” disait René Char et nous avons enfin clairement perçu, dans les jours qui ont suivi ces événements, la présence d’un ennemi déterminé à abattre des idées honnies, celles de la démocratie, de la liberté, de l’égalité, du droit des femmes, de la laïcité.

Au mois de novembre 2015, la violence des fous d’Allah a frappé une nouvelle fois Paris dans toutes les composantes de sa diversité, en une veille de week-end, ce moment privilégié consacré aux partage, aux échanges, aux rires qui dépassent l’entre-soi. Mais passé la stupeur, la sidération face à l’intolérable et en considérant notre arbre douloureusement amputé, force est de reconnaître l’essentiel : un arbre ne meurt pas tant que persiste une sève vivace circulant dans son tronc. Notre chagrin, nos élans de solidarité, nos indignations l’ont prouvé à ce moment-là. Car nous sommes cette sève, nous tous : croyants, non-croyants, désireux de vivre ensemble. Et libres.

Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la Laïcité, est donc depuis quelque mois au coeur d’une polémique provoquée par une tribune intitulée “Nous sommes Unis”, qu’il a co-signé au lendemain des attentats du 13 novembre aux côtés du CCIF, de Nabil Ennasri, réputé proche des Frères musulmans, président du Collectif des musulmans de France (CMF) à l’attitude envers l’antisémitisme pour le moins ambigue et du rappeur Médine sus-cité.

Mis en cause au sein même de son institution comme au plus haut de l’état, celui qui a déclaré : “la tonalité générale nous permet de dire que la France n’a pas de problème avec sa laïcité” s’est défendu d’un quelconque dérapage dans cette alliance contre-nature passée entre le gardien symbolique de l’arbre laïque français et des islamistes intégristes. Interpellé sur France Culture sur les paroles de “Don’t Laïk” du rappeur Médine, co-signataire du texte “Nous sommes Unis”, Bianco déclare : “Si on estime que c’est condamnable… ‘Charlie Hebdo’ dit bien pire, ‘Charlie Hebdo’ dit bien pire pour les catholiques, pour les musulmans, pour les intégristes et ils ont bien le droit de le dire, on est dans un régime de libertés.” Charlie dit bien pire ? Charlie provoque. Charlie a toujours provoqué. Charlie dénonce les particularismes . Charlie utilise la satire pour dénoncer l’essentialisme. Médine quant à lui utilise les mots et sa prose pour revendiquer sa différence et de fait, mieux rejeter notre socle commun au profit de la pensée communautariste. Il prône la scission au coeur de la République. Il prône la Charia. Ce type d’alliance ne peut-être que mortifère. On ne s’allie pas à celui qui veut nous voir à terre. Et nous sommes nombreux à le penser. Nous devons passer à l’étape suivante : nous positionner, et réfléchir à ce que peut être notre union.

“Nous”… Dans l’idéal, ce serait le rassemblement de toutes les bonnes volontés autour de nos convictions partagées, et autour de la certitude que nous pouvons encore agir pour sauvegarder notre vision de la laïcité. Nous, c’est dès aujourd’hui et ce sera demain.

On peut mettre plein de choses dans ce mot : “nous”. Ces quatre lettres ont une force incroyable, de celle qui peut soulever par sa force un projet, un idéal, une idée. Quelle puissance possède l’union des volontés combinées tendant vers un même objectif ! Et quel désarroi de constater que ce “nous” est aujourd’hui davantage utilisé à diviser et à opposer, à marquer ce qui sépare une communauté de personnes de celles qui l’entourent. Mais si on réapprenait à penser collectif ?… Car l’arbre laïque, l’arbre humaniste, c’est vous, c’est moi. Nous en sommes la sève, source de vie et de croissance harmonieuse. Et c’est là que peut résider au fond notre responsabilité de croyant, d’athée, de femme, d’homme. D’être humain. Nous devons affirmer haut et fort que nous croyons à la possibilité d’un destin commun. Nous devons replacer la cohérence au coeur même de la parole politique*. Nous devons continuer à prôner les valeurs d’un universalisme qui nous rassemble. Nous devons l’affirmer tranquillement et fermement. Pour qu’on nous entende. Pour qu’on nous écoute. Nous devons être exigeants. Pour faire vivre notre arbre.

CocoRoche

* #Laïcart organise un rassemblement le 11 février pour réclamer la démission de Jean-Louis Bianco à 18h30 à l’Observatoire de la Laïcité.