Laïcité : le danger d’une surenchère anxiogène

“Soyez le changement que vous voulez voir” lançait Malek Boutih citant Gandhi et enjoignant la vingtaine de personnes rassemblées dans un bistrot de la rive gauche à pacifier le combat pour la laïcité. Un banquet républicain remis au goût du jour et organisé par mes soins. Pour être tout à fait honnête, c’est sur une idée de Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la Laïcité, et dont l’imagination sans limites en matière d’adjectifs accolés au mot “laïcité”, nous a offert la semaine dernière le concept de “laïcité heureuse”. Une formule aussi géniale que de dire que mon aspirine n’a plus mal à la tête, mais qui m’a fortement inspiré.

Dans mon esprit activiste tout est allé très vite, et avant la fin de la journée j’invitai “ma bande”, celle qui, il y a peu, était “à” Manuel Valls, créée suite aux injures de Mélenchon, et avec les remerciements de l’ancien premier ministre, avant que quelques semaines plus tard ce dernier nous demande de ne plus associer son nom à ce groupe. Non sans modestie je l’ai donc appelé “La bande à Meguini” et en quelques heures j’invitai quelques parisiens des 1500 membres que compte aujourd’hui ce groupe Facebook à la première “soirée laïcité heureuse”, reprenant à notre compte la dernière trouvaille de Monsieur Bianco, avec une vidéo diffusée sur Facebook suscitant un peu moins de 8000 vues.

Malek Boutih, ancien député de l’Essonne et notamment ancien président de SOS racisme, ainsi que Mohamed Sifaoui, journaliste et essayiste, spécialiste des questions du terrorisme et de l’idéologie islamiste, ont immédiatement accepté l’invitation. Nous avons préféré aux grandes messes laïques bunkerisées celle des Folies Bergère où le Printemps Républicain avait réussi l’exploit de rassembler 1500 personnes, pour un moment aussi fort intellectuellement à l’intérieur que terrifiant à l’extérieur. Ainsi les fumeurs pouvait sortir en griller une, encadrés par une vingtaine de policiers équipés d’armes de guerre. Une vingtaine de personnes donc, un buffet, de quoi boire trois jours et deux nuits, et deux intellectuels qui ont eu le temps de discuter avec la salle. Après quelques brèves interventions, c’est autour du buffet un verre vin à la main que les convives ont pu engager des conversations en aparté et discuter avec ceux qui d’habitude sont à la tribune, inaccessibles.

Le nom de la soirée “Laïcité heureuse party” en était également le thème. En faisant un pas de côté, nous avons été obligés d’admettre que l’ensemble des mouvements laïques s’est laissé aller à une surenchère anxiogène, utilisant un vocable guerrier, inquiétant, de plus en plus clivant, et en notre défaveur. Le constat est sans appel : les “Je suis Charlie” sont de moins en moins nombreux et il nous faut envisager que le temps de l’alerte est terminé et qu’il nous faut à présent reconquérir les coeurs et l’esprit. Un mouvement qui doit trouver un second souffle plus positif et susciter le désir plutôt que d’agiter les peurs. Pour ceux qui ne veulent pas voir que la France est non seulement victime du terrorisme mais également un foyer de son idéologie, l’islamisme, une autruche est une autruche et ce n’est pas en lui foutant la trouille que nous réussirons à lui sortir la tête du sable et enfin avoir son attention. Deux autres événements de ce type sont en cours d’organisation, notamment à Paris et à Toulouse.

Ahmed Meguini

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