Une laïcité spéciale Saint-Denis ?

L’intitulé lui-même de la rencontre était incongru : quelle laïcité pour Saint Denis ?

La laïcité est inscrite dans l’article un de la constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale”. Pour les organisateurs de cette rencontre, Saint Denis doit donc adapter la constitution de la France (qui est UNE République) à des territoires? Voilà une compréhension pour le moins innovante de “l’indivisibilté” de la France, sans parler de l’unité du people français. La même loi pour tous, ça avait pourtant de la gueule.

Les parents ont manifesté d’autres préoccupations que le seul voile, sans aucune réponse. En effets, dans le public on avait conscience que le problème est celui de l’accès à la culture, l’apprentissage de la citoyenneté qui passe par la lecture et le savoir. On ne peut que s’interroger sur ce silence quant aux problèmes citoyens, qui fut celui des intervenants de la rencontre. Doit-on comprendre que la clé des problèmes de Saint Denis, y compris pour des enseignants, ne passe pas par l’école et la culture, mais par le voile ?

saint-denis

Les raisonnements exposés par les intervenants allaient dans le sens d’une victimisation des femmes portant le voile. Car ce thème en revanche était accepté par les intervenants. Ce qui ne l’était pas, c’était les avis discordants.

Du côté des intervenants, Edwy Plenel a comparé la bataille pour l’acceptation du voile aux batailles des homosexuels, les uns et les autres subissant d’après lui le même rejet.

Est-ce à dire que la bataille pour l’acceptation d’une orientation sexuelle (qui est, sauf information inconnue de nous, de l’ordre du privé et de l’intime) et une bataille pour accepter l’affirmation d’une lecture particulière d’une religion (ce qui est une affirmation religieuse dans l’espace public), c’est la même chose ? Une étudiante en Philo a ainsi raconté sa souffrance face au rejet dont elle était victime, en tant que femme voilée.
L’idée directrice était que le voile était le signe d’un vivre ensemble réussi. Est-ce à dire que la religion n’est plus affaire privée, mais qu’elle peut être revendiquée dès lors qu’elle est religion ? Les mêmes viendront-ils nous dire bientôt que ne pas serrer la main des femmes est « compréhensible » si c’est contraire aux croyances de certains, qu’il est normal qu’une femme ne puisse être soignée, dans nos hôpitaux publics, par un médecin homme ? Peut-on raisonnablement soutenir qu’une pratique religieuse comme le voile, qui sépare les sexes et instaure un rapport de méfiance entre eux est le signe « d’une vivre ensemble réussi », « d’une laïcité ouverte » ?
Certaines voix discordantes dans l’assemblée furent sommées de se taire ou accusées d’islamophobie. Un conseiller municipal s’est offusqué qu’une dame compare le voile à la situation en Algérie dans les années 90. C’était forcément de l’incompétence voire de la bêtise, ou encore une volonté de stigmatiser une population (on croyait que porter le voile était une décision personnelle, donc individuelle ?). En gros comme en détail, les détracteurs sont forcément islamophobes, et non des défenseurs de la République.

En conclusion, cette rencontre ne fut pas marquée par l’ouverture au débat et le respect des intervenants qui n’allaient pas dans le bon sens. Et on nous prétend que c’est nous qui sommes sectaires. La laïcité permet à chacun d’être l’égal de l’autre. Elle impose, contre les pressions de certains courants religieux, de traiter tout le monde de manière égale. Ça semble bien le minimum. Elle est, au contraire de ce qui fut si « brillamment » démontré, ce qui nous permettra de tous nous retrouver, fraternellement. Car la fraternité n’est pas la division en communautés méfiantes les unes des autres.

Stéphanie Valade