Le jour d’après

Ils savent exactement ce qu’il faut faire pour améliorer la vie des citoyens. Ils posent des diagnostics, ils nous expliquent ce qui n’a pas fonctionné et proposent des mesures qui ne pouvaient naître que dans leurs cerveaux brillants. Ils sont tour à tour dans la majorité et dans l’opposition — à l’exception de la gauche qui est tout à fait capable de faire les deux en même temps. Pourtant ils accablent tous les trente dernières années de politique. Le bon vieux « ça fait trente ans que ça dure ». J’ai trente-huit ans et ça fait effectivement trente ans que j’entends la même chose.

Et puis la guerre arriva, et le cirque de Pékin prit les allures d’un théâtre de Guignol un jour d’école.

Les meilleurs prétendent incarner le renouveau, généralement cela intervient au bout de cinq à six mandats, quinze à vingt ans de strapontins en tout genre. L’occasion d’une nouvelle vocation : vouloir incarner la nation et s’il le faut, d’inventer un parti politique au service de cette folie. Alors ils perdent la mémoire, ils dénoncent tous azimuts ; comme s’ils n’avaient jamais exercé le pouvoir. Jusque-là, je regardais cela un peu comme on regarde le cirque de Pékin avec ses acrobates qui apprennent la contorsion dès le plus jeune âge et qui entretiennent leur souplesse épatante. Et puis la guerre arriva, et le cirque de Pékin prit les allures d’un théâtre de Guignol un jour d’école, la tristesse d’une marionnette à qui l’on ne prête plus de voix, ainsi pourrions-nous résumer notre époque : la grande désillusion.

Des femmes et des hommes bien souvent accomplis professionnellement, socialement, et engagés familialement, prendraient un risque jugé mortel pour les professionnels : la vérité.

Alors des citoyens ont décidé d’agir, probablement convaincus qu’il est humainement impossible de faire pire. Des groupes se forment, ici même par exemple, puis fusionnent avec d’autres comme ce sera le cas ce soir entre LaïcArt et le Mouvement du 11 janvier. Et il y aura certainement d’autres alliances populaires ici et là avec d’autres initiatives. Ce qui nous rassemble, c’est une pulsion de vie, un instinct reptilien qui nous oblige à créer une issue, parce que nous sommes à la fois pessimistes et incapables de vivre sans espoir. Comme d’autres, j’ai rêvé ce rassemblement, ce parti inédit qui aurait pour sous-titre : « Nous ne sommes pas prêts à tout pour le pouvoir ». Libérés des ambitions personnelles, des femmes et des hommes bien souvent accomplis professionnellement, socialement, et engagés familialement, prendraient un risque jugé mortel pour les professionnels : la vérité.

Un engagement dans une bataille politique asymétrique mais, ne vous trompez pas, nous sommes l’armée régulière, celle des soldats citoyens qui ont à affronter quelques guérilleros mercenaires de la démocratie.

Quel candidat ou quelle candidate osera nous dire que « ça ne va pas s’arranger demain, ni même après-demain » ? Nous pouvons, au mieux, semer pour une récolte lointaine et incertaine en étant capables malgré tout d’être heureux, parfois. J’ai rêvé ce rassemblement autour d’une figure symbolique et tutélaire. Une Marianne qui ne promettrait rien d’autre qu’inspirer grandeur et noblesse  là où les pantins cherchent la confiance, elle nous engagerait sur la voie de l’intelligence  un porte-parolat large avec de nouveaux visages, de nouvelles idées, de nouvelles méthodes. Une horizontalité, un débat nourri et permanent pour nous éviter les pièges des égos et du narcissisme. Un engagement dans une bataille politique asymétrique mais, ne vous trompez pas, nous sommes l’armée régulière, celle des soldats citoyens qui ont à affronter quelques guérilleros mercenaires de la démocratie.

L’échiquier, c’est nous, les carriéristes de la politique ne sont que des cavaliers, rois et reines d’un jour, quelques pions et bien trop de fous.

Fabriquons-nous cet espoir, nous, la société civile, sans autre ambition que l’intérêt général, sans jamais avoir peur de faire « le jeu de ». Des femmes et des hommes qui, avouons-le, ont depuis trop longtemps trouvé mieux à faire que de s’occuper de politique. L’échiquier, c’est nous, les carriéristes de la politique ne sont que des cavaliers, rois et reines d’un jour, quelques pions, et bien trop de fous. Et les tours me direz-vous ? Elles se sont effondrées, entraînant avec elles le monde d’avant, ne nous laissant que des chapelles et un ciel brûlant.

Ahmed Meguini

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