Fustiger conjointement l’athéisme et l’antisémitisme, il fallait oser. C’est pourtant ce qu’a fait le Pape, lundi 20 avril, lors de la conférence des Rabbins européens qui se tenait au Vatican. Selon le chef de la foi catholique, l’athéisme serait une menace qui concernerait les Juifs et les Chrétiens en Europe. Pourtant faut-il rappeler que, depuis plusieurs années, les athées sont persécutés, assassinés comme en Inde, au Pakistan ou en Egypte et partout dans le monde, y compris en Europe ou des dessinateurs sont menacés et parfois assassinés pour blasphème ? Pourquoi nous tuent-ils ? Le Pape répond en personne à cette question lors de la conférence : « Pour négation de la religion ». Parce que pour ces religieux-là, ne pas croire et ne pas pratiquer revient à nier leur religion. Comment les athées pourraient-ils nier ce phénomène qui conduit au meurtre d’êtres humains en raison de leur non-croyance ? Le simple fait que des gens sur terre n’adhèrent pas à une religion et au concept de Dieu suffirait-il à ébranler des religions millénaires ? Le Pape a décidé de s’essuyer les pied sur les athées, d’abord parce que c’est facile (il n’y a pas d’état athée avec qui créer un incident diplomatique), les athées ne sont pas organisés et ont très peu de voix dans le monde. Ensuite, c’est pour l’Église vaticane une façon de désigner un coupable à la crise de la foi qui frappe la Chrétienté en Europe. Il est plus commode de rendre responsables les athées que de remettre en cause ces années de scandales financiers et de pédophilie qui peut-être ont eu raison des croyances d’un grand nombre de Catholiques. Ainsi l’athéisme est devenu pour le Pape ce que les Juifs sont pour certains leaders du monde arabe : un populisme à moindre frais. Le Vatican s’est trouvé un terme générique pour désigner son groupe de bouc-émissaires habituel. Pour les organisations extrémistes chrétiennes, que le Pape a décidé de flatter, l’athéisme est un mélange de dépressifs, d’alcooliques, d’homosexuels, de féministes avorteuses et de pervers en tous genres. En tant qu’athée je ne me suis jamais formalisé des préjugés de certains Catholiques, j’ai souvent préféré combattre les miens à leur égard. Et puis, un jour, le Pape m’a déclaré la guerre en me désignant comme une menace. Comment répondre à cette déclaration de guerre ? La réponse nous a été donnée par Luz et son « Tout est pardonné » sur la couverture du numéro des survivants de Charlie Hebdo. Je propose qu’en tant qu’athées nous pardonnions les offenses du Pape comme lui ne les pardonne pas. Pardonnons lui, il ne sait pas ce qu’il fait.

Ahmed Meguini