Les Américains trop religieux pour élire un président athée ?

De Gary Scott Smith pour The Washington Post

Texte traduit de l’anglais par @cutesmilingcat pour LaïcART

Alors que la campagne présidentielle 2016 commence à chauffer, beaucoup des candidats Républicains potentiels affichent de fortes convictions chrétiennes.

Le Sénateur Ted Cruz, qui a annoncé sa candidature lundi, de même que l’ancien gouverneur de l’Arkansas, Mike Huckabee, font parti de la Convention des baptistes du sud. Le Gouverneur du Wisconsin Scott Walker, un évangélique non confessionnel, et le neurochirurgien Ben Carson, un adventiste du septième jour, sont également de fervents chrétiens. Plusieurs des candidats potentiels, dont l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush, le sénateur Marco Rubio, le gouverneur de la Louisiane Bobby Jindal et l’ancien sénateur Rick Santorum sont catholiques.

Déjà dans les années 60, les électeurs américains étaient très préoccupés par la foi catholique de John F. Kennedy. La peur d’un Kennedy prenant ses ordres directement du pape provoqua la consternation de beaucoup d’électeurs en cette année de campagne présidentielle, et la foi catholique du gouverneur de New York, Al Smith, avait contribué à sa défaite de 1928. Ce qui semblait alors potentiellement disqualifiant pour un candidat n’apparaissait plus comme un problème – au moins pour les catholiques.

Les athées pourraient-ils connaître leur « moment JFK » bientôt ?

Le paysage a clairement changé. Les deux tiers des américains croient en Dieu, alors que les chercheurs qui suivent ces tendances observent de quelle manière une recrudescence des « none » (« aucune » n.d.t.) – ceux qui ne s’identifient à aucune religion – pourrait avoir un impact sur le paysage religieux. Ils représentent aujourd’hui 20% des américains adultes. Environ 13 millions (près de 6% des américains) se décrivent comme athées ou agnostiques, alors que 33 millions (14%) se disent adepte d’aucune religion particulière. Toutefois, près de 95% de ces « sans religion particulière » se disent croyants, et à peu près la moitié se disent « spirituels » mais pas « religieux ».

Compte tenu de cette augmentation des « none », en particulier chez les jeunes adultes (un tiers des adultes de moins de 30 ans se disent d’aucune religion), se pourrait-il qu’un athée soit élu président ? Probablement pas. Dans un sondage du Pew Research Center de 2014, ces américains sans religion particulière sont deux fois plus nombreux (24%) à refuser de voter pour un candidat qui ne croit pas en Dieu que ceux susceptible de le faire (12%). La plupart (64%) déclarent que l’athéisme d’un candidat n’a pas d’importance.

Il semble qu’un athée assumé aurait plus de difficultés à se faire élire que Barack Obama à devenir le premier chef de l’exécutif noir ou qu’une femme ou un candidat gay à gagner la Maison Blanche. Dans nombre d’enquêtes, au moins la moitié des américains déclarent qu’ils ne voteraient pas pour un athée. Alors que ce nombre a décliné avec le nouveau millénaire, un sondage du Pew Research Center de 2014 a montré que les américains sont moins susceptibles de voter pour un athée que pour n’importe quel autre type de candidat, y compris ceux qui n’ont jamais exercé de fonctions, ceux qui ont eu des aventures extraconjugales, les septuagénaires ou les gays.

Être identifié comme athée aujourd’hui aux États-Unis est encore un tel handicap politique majeur qu’un candidat dans cette position ne gagnerait probablement pas l’investiture d’un grand parti pour la présidentielle ou même les sénatoriales. Seuls huit des membres actuels du Congrès refusent de préciser leur confession religieuse, et une seule, Kyrsten Sinema (Arizona), s’identifie elle-même comme n’étant d’aucune religion.

Dans d’autres pays, les athées ont eu plus de succès. En 2010, Julia Gillard est devenue la première femme célibataire premier ministre d’Australie. Encore plus remarquable, elle a remporté la plus haute fonction australienne après s’être ouvertement déclarée athée. Et même si Gillard n’est plus en fonction, des dizaines d’autres élus populaires à la tête de l’état se déclarent athées, agnostiques ou non croyants, y compris le président français François Hollande, le président tchèque Milos Zeman, le premier ministre de Belgique Elio Di Rupo et le premier ministre de Nouvelle Zélande John Key. Certes, l’Europe et l’Océanie sont plus laïque que les États-Unis. Plus frappant est le fait que la Corée du Sud (qui abrite une importante population chrétienne) et deux pays historiquement catholiques – l’Uruguay et le Chili – ont également élus des présidents se définissants comme athées ou agnostiques.

L’appartenance religieuse des présidents a clairement compté pour beaucoup d’Américains à travers l’histoire, tellement que près de la moitié (19) des présidents ont appartenu à deux éminentes confession : l’Église épiscopale et l’Église presbytérienne.

D’un autre coté, les Américains ont élu des présidents qui appartenaient à des traditions plus originales, notamment quatre Unitaires (un seul d’entre eux – William Howard Taft – du faire face à une opposition en raison de sa foi) et deux Quakers (Herbert Hoover et Richard Nixon) malgré le pacifisme historique de cette confession. Une personne non affilié religieusement (Andrew Johnson) et deux hommes qui n’avaient jamais adhéré à aucune église (Abraham Lincoln et Dwight D. Eisenhower) furent élus à la magistrature suprême.

Le seul candidat dans l’histoire américaine accusé d’être un athée – Thomas Jefferson – a été élu haut la main en 1800. Les Fédéralistes l’attaquèrent sans relâche comme un infidèle qui détruirait les fondations chrétiennes de la nation, résolu à promouvoir la laïcité. Plusieurs facteurs ont préservé Jefferson de la défaite. Le plus important, les accusations étaient fausses – il croyait en Dieu, invoquait plusieurs fois à la providence divine et faisait fréquemment acte de dévotion dans des églises épiscopales, assez souvent pour réduire ces accusations à de simples attaques partisanes et politiciennes. Jefferson était aussi populaire et très respecté pour son engagement politique passé.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les perspectives présidentielles des athées et agnostiques se sont-elles améliorées ? À certains égards, oui, clairement. Dans plusieurs de ses livres à succès, le neuroscientifique Sam Harris, attaque le christianisme, tente de construire une base pour une morale laïque et offre une fondation scientifique à la spiritualité. Il fait également valoir que les pays scandinaves, beaucoup plus laïques que les États-Unis, ont des chiffres bien plus encourageants sur beaucoup de sujets sociaux dont la criminalité, la consommation de drogues, les grossesses précoces et la pauvreté.

Suite à la tragique fusillade de l’école primaire de Newtown, Connecticut, en 2012, Susan Jacoby, auteure de “Freethinkers: A History of American Secularism” (« Libre-penseurs : une histoire de la laïcité américaine » n.d.t.) pressait les athées de fournir un réconfort aux personnes endeuillées qui croient que « leur vie a un sens même s’ils ne considèrent pas la mort comme une porte vers une autre vie, mais comme un repos parfait. » Elle exhorta les athées, avec d’autres, à créer des programmes de sensibilisation communautaires, à œuvrer pour un changement de société et rendre leur cause plus visible. L’espoir étant de changer la perception populaire des athées qui manqueraient d’empathie et de gentillesse. De la même manière, des laïcs ont entrepris des campagnes destinées à faire savoir qu’on peut être « bon sans Dieu ».

Alors, pourquoi serait-il si difficile pour un athée d’être élu président ? Tout d’abord, les Américains perçoivent les athées comme indignes de confiance, insensibles et sans racine morale. Malgré leur campagne récente pour améliorer leur image, un sondage de 2014 montre que les Américains sont plus défavorables aux athées que tous les autres groupes religieux, y compris les musulmans. D’autres enquêtent montrent que la plupart des sondés (jusqu’à 72%) demandent un président qui ait de fortes convictions religieuses. Beaucoup d’américains veulent aussi un président guidé par Dieu pour les décisions majeures auxquelles il est inévitablement confrontés.

Pendant la campagne de 1988, Rob Sherman de Americans Atheists disait avoir demandé à George H. W. Bush, lors d’une escale à Chicago, ce qu’il comptait faire pour gagner les votes des athées. Bush répondit qu’il n’en ferait pas beaucoup parce que « la foi en Dieu est importante pour [lui] ». Sherman répliqua, « Certes, mais vous reconnaissez l’égalité de citoyenneté et de patriotisme des Américains athées. » « Je ne sais pas si les athées devraient être considérés comme des citoyens » déclara Bush, « ils ne devraient pas être considérés comme patriotes. C’est une nation sous l’autorité de Dieu. » (« One nation under God », serment d’allégeance au drapeau des Etats-Unis – n.d.t.) Il est difficile d’imaginer un autre candidat à la présidentielle faisant ces remarques en ces temps « politiquement correct », de pluralisme idéologique et de civilité appuyée. En outre, même si l’image publique des athées s’est améliorée, elle reste à la traîne de la plupart des autres groupes.

Les américains refuseraient-ils vraiment de voter pour un(e) candidat(e) athée s’ils étaient impressionnés par son expérience politique, son programme et sa personnalité ? Si on avait posé la question générique aux américains, en 1980 – voudriez-vous d’un divorcé, ancien acteur d’Hollywood pour président ? – beaucoup auraient répondu non. Cette année là, ils ont voté en masse pour Ronald Reagan.