Éloge du racisme à Saint-Denis

Ces derniers jours, être membre du réseau LaïcArt, c’est comme les montagnes russes.

Le 22 mai à Bruxelles, invité par Waleed Al-Husseini, nous avons écouté deux des plus grandes voix du monde arabo-musulman, le poète syrien Adonis, et le grand intellectuel Sayyed Al-Qimni. Et le 25 mai à Saint-Denis, nous avons subi le discours de l’antirascisme politique français, avec les représentants des Indigènes de la République, du comité anti-Négrophobie, les Indivisibles, Camp décolonial, etc.

A Bruxelles, la rencontre était organisée pour le lancement de ADHOC, une association dédiée à la lutte pour la laïcité et contre le fondamentalisme dans le monde islamique. Ce lancement historique avait pour thème : les racines et les causes de la violence islamique ? La laïcité est la solution. LaïcArt vous fera un compte rendu de cette journée dans les jours qui viennent. Il faut du temps pour retranscrire la richesse des débats…

Mercredi 25, à la Bourse du travail de Saint-Denis, la chute fut donc vertigineuse.

Culture et érudition le dimanche, mascarade, inculture et ricanements le mercredi.

A Saint-Denis était donc organisé un simulacre de procès public intitulé l’antiracisme politique face aux inquisiteurs.

Des intervenants[1] se sont succédé et ont plaidé coupables devant un juge, (rôle tenu par Nacira Guénif-Souilamas, professeur en Sciences de l’Education à Paris VIII), pour répondre des accusations de communautarisme, de manque de respect à Finkielkraut, de racisme anti-blanc, de dénonciation d’universalisme blanc, de camp d’été décolonial, d’antisémitisme etc.

Nous avons donc écouté des petites plaidoiries d’une dizaine de minutes sur chacun de ces thèmes. Toutes ces plaidoiries, destinées à dénoncer l’universalisme blanc, étaient assorties de brèves démonstrations où les inepties et l’indigence historique le disputaient à une logique victimaire et essentialiste. Vous retrouverez dans quelques jours certainement les vidéos de la soirée sur la toile. Voici un bref aperçu des insanités auxquelles nous avons eu droit.

Je vous passe les ‘vous êtes sur le blanc des accusés’, montrer patte blanche est impossible pour un Nègre’ qui ont suscité les rires gras du public.

Sachez donc qu’il existe un “racisme d’Etat” français qui serait d’abord “négrophobe”.

Qu’il existerait une hiérarchie de l’art avec l’art blanc au-dessus de tous les autres, et la musique classique serait au sommet de la pyramide des arts, versus l’art primitif. Une hiérarchie qui suivrait l’échelle des races inventées par les Européens…

Quelle France ont dessiné les participants de cette soirée ?

Une France coloniale, suprémaciste blanche où le racisme et l’islamophobie sont institutionnalisés, et où l’universalisme blanc ne serait qu’un communautarisme blanc.

Pour Franco Diolla, l’Etat français prétend défendre les droits de l’homme, mais nous sommes la preuve vivante qu’il défend les droits de l’homme blanc…

D’abord, un scoop. Il se pourrait bien que le Code noir soit toujours d’actualité ! Faudrait-il en déduire que les Français noirs (c’est quoi d’ailleurs un Français noir ? ndlr), sont toujours considérés comme des biens meubles dans notre droit. Vrai ? Faux ? Peu importe ! Le fait même que ce Code ait existé ‘remet profondément en cause les fondements de la question de l’égalité entre les Noirs et les Blancs.’ Ça vous paraît logique ? Pas moi…

Je vous annonce aussi que notre ‘police est raciste, les crimes policiers le sont. Et qu’elle a été créée pour maintenir un ordre social, politique, économique par l’usage de la violence et elle est traversée par l’histoire coloniale. La BAC a pour origine la Brigade nord-africaine qui quadrillait les quartiers musulmans de Paris et opérait des rafles et alimentait des fiches de surveillance régulièrement.[2]

Peut-on affirmer que la BAC a aujourd’hui un lien avec cette Brigade Nord-Africaine dissoute à la Libération et qui s’est prolongée via la BAV, Brigade anti violence, durant la guerre d’Algérie ? La BAC viserait donc aujourd’hui une population particulière ? Peu importe. Celle qui est au micro dit la vérité.

D’autres ‘imprécisions’ ou arguments historiques ne manquent vraiment pas de sel. On va par exemple chercher les Conquistadors pour dénoncer le sionisme et démontrer que l’antisionisme n’est pas antisémite. Puisque le sionisme utilise l’argument religieux de la judéité pour couvrir son vrai visage, celui du colonialisme, on établit donc un parallèle avec la conquête de l’Amérique… Pour dissimuler leur volonté colonisatrice, les Européens auraient massacré les Indiens en invoquant la défense de la chrétienté blanche. Si j’extrapole, les Palestiniens seraient donc les Cheyennes et les Sioux du XXIe siècle. Fallait y penser. Et on insinue donc que les sionistes seraient des ‘colonialistes, génocidaires et esclavagistes’ ?[3] Les faits historiques et les arguments ne vous semblent pas satisfaisants ? Pas grave, la salle a applaudi et scandé ‘Palestine vaincra, Palestine vivra’.

Restons en Palestine. Pourquoi cette proximité de cœur avec la Palestine ?

L’inégalité, en Palestine comme ici, est un choix stratégique. Quand on vit dans un Etat où on est pris pour cible par les forces de l’ordre car coupable d’être arabe, noir ou musulman, quand on subit humiliations et discriminations à chaque étape de nos vies… c’est pour ça que la Palestine, ça nous parle autant[4]. Et de demander dans la foulée la libération de George Ibrahim Abdallah, condamné à perpétuité dans notre pays pour terrorisme…

Vous en voulez encore ?

A l’applaudimètre, ce sont les allusions à Alain Finkielkraut qui ont remporté le plus vif succès. Des ‘Taisez-vous’ et ‘gnagnagnagnagna’ ont d’ailleurs fusé dans le public. Derrière moi, des jeunes ont rigolé de leur trouvaille, ‘académichien’… Caroline Fourest, elle, s’est fait qualifier par la juge, de ‘pucelle germano pratine’…

Nous n’avons pas eu la force de rester jusqu’au bout de la soirée et n’avons pas écouté la plaidoirie d’Alain Gresh qui venait défendre son amour pour Tariq Ramadan, ni le réquisitoire du procureur ni l’énoncé du verdict. Mais nous ne nous faisons guère d’illusion…

Il existe du racisme et de la discrimination dans notre pays, personne ne le nie et il faut les combattre avec fermeté. Mais affirmer que ce racisme est un racisme d’Etat qui s’appuie sur sa police est abject et insulte ceux qui en Afrique du sud ont connu les horreurs de l’Apartheid. Mettre la couleur de la peau au centre de tous les rapports sociaux, économiques, politiques, et en faire sa grille de lecture pour tout, la culture, l’art, les institutions, etc. , c’est faire l’éloge du racisme que ces “antiracistes” prétendent dénoncer.

Face à autant de haine, de distorsions de l’histoire, de volonté de désunir, de cliver, de détruire un modèle républicain et laïque qui malgré ses imperfections reste, pour nombre de peuples opprimés, un modèle, quelles réponses apporter ?

Dimanche dernier à Bruxelles, Sayyed AlQimni, solennellement, nous a chargé d’une mission. Il a demandé à chaque personne présente d’être un messager pour l’humanité, pour protéger la civilisation. Pour lui, seuls la laïcité et le pluralisme pourront vaincre le monstre de l’islamisme. La laïcité est un enjeu international, et sa défense, une garantie de la paix.

Vous l’avez compris, entre les voix d’Adonis et de Sayyed Al-Qimni, et celles que nous avons entendues à Saint-Denis, le fossé est vertigineux.

[1] Franco Lollia, Brigade Anti-Négrophobie, Wiam Berhouma, participante d’une émission avec A. Finkielkraut, Nargesse Bibimoune, membre du Fuiqp et de la Mafed, Amadou Ka, président des Indivisibles, Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, Fania Noël, co-organisatrice du Camp d’été décolonial, Amal Bentounsi, fondatrice de Urgence Notre Police Assassine, Siham Assbague, militante antiraciste politique, Eric Fassin sociologue (professeur au Département de Science politique de Paris VIII), Alain Gresh, journaliste.

[2] Nargesse Bibimoune, membre du FUIQP et de la MAFED

[3] L’extermination des Natifs des Amériques a été amplement justifiée par le fait que leur résistance était définie comme une lutte raciale et dogmatique contre l’Eglise chrétienne blanche. Les desseins colonialistes, génocidaires esclavagistes de ces Conquistadors sont pourtant connus de tous, et sont le fondement même de notre système capitaliste actuel. Leyla Larbi, Génération Palestine & Labo Décolonial
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[4] Leyla Larbi, Génération Palestine & Labo Décolonial