Lettre au peuple héroïque de Tunisie

Je m’en souviens comme d’un événement familial, quelque chose qui a marqué ma propre existence. Ici en France, la révolution tunisienne a fait vibrer chaque atome circulant sur notre territoire. Chaque Français s’était senti joyeusement bouleversé par la validation de notre idéal universaliste. Vous avez donné au monde une raison d’espérer. Vous nous avez montré que les tyrans, aussi puissants soient-ils, n’ont jamais empêché les bourgeons d’éclore ni les fleurs de diffuser leur doux parfum de jasmin. Vous, peuple tunisien, avez montré que la grandeur et la noblesse étaient encore de ce monde. Je me souviens de ces milliers de tunisiens retournant au travail sitôt le dictateur déchu, par amour pour leur pays.

Hier nos ennemis s’en sont pris à ce que nous avons de plus précieux, nos vies et nos libertés, au sein d’un musée, un lieu de culture, un temple de la connaissance. Ces assassins visaient prioritairement les touristes, tous ceux qui ne leur ressemblent pas. Ils ne savaient pas que les Tunisiens ne leur ressemblent pas non plus. Je connais votre cœur, je sais qu’en plus d’être tendre et généreux, il est grand et fier. Je sais aussi à quel point aujourd’hui il est brisé, je sais combien ces scènes de violence et ces touristes, vos invités morts en plein cœur de Tunis, vous sont insupportables. Ces criminels ont peut-être porté un coup à votre économie et, le pire n’étant jamais certain, ce ne sera que temporaire. Nous avons tant de combats communs à mener sur la question du vivre ensemble qu’il me paraît évident que nous devrons travailler collectivement sur des sujets aussi importants que la démocratie et la laïcité. Je viendrai vous voir bientôt, après vous avoir serrés dans mes bras comme on le fait avec un frère dans le chagrin, nous ferons la fête, nous danserons et nous chanterons contre la terreur, contre l’obscurantisme et pour célébrer votre courage.

Fraternellement,

Ahmed Meguini