Quand l’incompétence précède une incompétence plus grande encore, lorsque la misère, celle des rigoureux et interminables hivers qui suivirent de peu la plus effroyable des guerres s’installe durablement dans les têtes de ceux-là mêmes qui se sont choisi pour mission d’apporter au monde leurs lumières, parce que l’honneur est le premier sacrifice de ceux qui, regardant un possible destin, lui ont préféré une préjudiciable carrière. Alors nous faisons passer pour existence ce qui n’est que la somme de jours sans intérêt et choisissons pour renouveau le mensonge d’un visage et l’éloquence de promesses que nous n’avions même pas demandées pour acte de résistance, ce qui n’est en réalité qu’une brutale agression contre un oppresseur lui-même aussi violent que familier. Quelles qu’aient été nos erreurs, l’expiation perpétuelle ne peut pas être un modèle de société, quel que soit le prophète, on ne peut pas sauver un peuple de lui-même, en cela la politique ne peut rien si ce n’est déformer le miroir et répondre ainsi aux restes de ce qui peut ressembler à une vague volonté populaire. Dénouer le drame, grandir l’intrigue, étoffer les personnages c’est le pouvoir tout puissant de deux malheureux index burinant un clavier fatigué et, malgré tout, plus opérant que tous les gouvernements que mes contemporains ont eu a apprécier. Des mises en abîme, du vide fractal, la presse fait parfois recette en parlant de sa propre crise, la télévision fait ses plus grandes audiences quand elle se moque de la bêtise de ses propres programmes et le pouvoir politique vole l’indignation au syndicalisme, qui lui-même singe une esthétique révolutionnaire d’un autre âge. Et aujourd’hui on croit à la jeunesse comme on croit en Dieu, et on attend d’elle la résolution d’une crise que l’on ne sait pas encore nommer, alors cette même jeunesse est conduite au désastre, devenus les pères de leur père avant même que d’avoir été des fils, ils paieront ce qui semble être une dette par d’infinies pérégrinations dans le dédale de fautes qu’ils n’ont pas commises et dont ils ignorent tout.

Ahmed Meguini