Qu’est-ce que la Taqiyya ?

Il y a un mot que l’on entend beaucoup répéter dans les milieux français et européens notamment après les attentats terroristes qui ont frappée Paris et Bruxelles et plus récemment Orlando et qui ont fait beaucoup de morts et de blessés innocents. Le mot en question revient souvent en parlant de l’offensive organisée par l’islam politique avec ses deux branches. La première : le salafisme jihadisme, la seconde : le mouvement de Frères Musulmans qui est plus tortueux. Cette offensive vise l’Europe en général et la France en particulier pour frapper son modèle républicain et laïque qui a été construit sur les ruines d’un autre plus ancien axé sur l’Eglise et le cléricalisme.

La Taqiyya est une notion très présente dans l’histoire musulmane et est liée à beaucoup de mouvements religieux et politiques, elle est maintenue et plébiscitée dans certains de ces mouvements jusqu’à nos jours. L’islam politique et en particulier la bande des Frères Musulmans l’ont très vu adopté dans leur méthode de travail dans le but d’arriver au pouvoir dans les pays majoritairement musulmans mais aussi dans les pays européens et occidentaux. La Taqiyya est synonyme de mensonge, d’hypocrisie et de double discours dans l’esprit de tous Français qui s’intéresse à l’islam politique et à ses protagonistes qui sont invités à tous les plateaux télévisés. Or, si cette définition n’est pas loin de la réalité, il faut savoir que le terme est plus profond sur le plan politique et conceptuel que l’idée de double discours que tous les hommes politiques arrivistes emploient, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Beaucoup de citoyens ordinaires restent complètement ignorants de ce concept dangereux et de cette rhétorique encore nouvelle en France et en Europe. C’est pour cela qu’ils tombent facilement dans le piège de l’attitude modérée de certains membres des Frères Musulmans qui ont une forte présence médiatique car ils ignorent le style ondulant de la Taqiyya de la bande de Frères Musulmans et comment ils peuvent détourner le sens des mots et dire ce qu’ils ne pensent pas d’une façon machiavélique.
Par conséquent, cet article a pour objectif d’éclairer l’opinion publique au sujet de la Taqiyya à travers un exposé historique ; la naissance et l’évolution de cette notion et ses usages politiques modernes.

La Taqiyya, veut dire…

Le vocable « Taqiyya » vient du verbe arabe « yataqi » qui veut dire « craindre, être prudent » comme par exemple dans le proverbe arabe : Crains le mal de celui à qui tu as fait le bien ! En tant que terme religieux, elle signifie le fait de dissimuler une croyance par peur d’accuser une perte matérielle ou morale. Cette notion est liée dans l’histoire des religions aux périodes de persécution religieuse et de la discrimination basée sur le critère communautaire. L’islam et le judaïsme l’ont adopté d’une façon intégrale tandis que le christianisme n’a permis aucun comportement pareil incitant les croyants à patienter et/ou à mourir en martyre.
L’islam a autorisé la Taqiyya d’une façon générale afin de protéger les musulmans contre tout préjudice susceptible de le nuire dans sa vie ou dans sa foi. Le terme s’est élargi chez les branches minoritaires au fil de l’histoire au point de devenir un des piliers de la religion à cause de la grande persécution qui a touché ces branches. La notion de Taqiyya a été mentionnée dans le verset coranique suivant :
« Que les croyants ne prennent pas de dénégateurs comme alliés au lieu de croyants. Le faire, ce serait vous couper totalement de Dieu, à moins que ce ne soit dans le but de vous prémunir contre eux ; néanmoins Dieu vous met en garde contre Lui-même. Dieu est omniprésent »1
Ainsi, la Taqiyya est une forme de prudence qui autorise le musulman à dissimuler ses idées et ses croyances mais cela peut aller jusqu’à avoir des agissements et des paroles en harmonie avec ce que les non-musulmans disent pour se protéger d’eux. Dans ce cas, ses convictions réelles doivent rester intactes. Cette attitude peut aussi aller jusqu’à montrer l’impiété à l’égard de Dieu et de Mahomet tout en gardant la foi au tréfonds de son âme dans le cas où il craint l’affliction.1 Traduction de Jacques Berque (note du traducteur)

La Taqiyya à travers l’histoire musulmane
La Taqiyya a été pratiquée dès le premier jour du message mahométan par le biais d’inviter certaines personnes à rejoindre la nouvelle religion en secret. Mahomet incitait ses compagnons à cacher leur foi et à continuer leur vie d’avant la conversion à l’islam quitte à pratiquer le paganisme en attendant de pouvoir annoncer le message à tout le monde.
Les branches minoritaires, notamment chiites, ont donc accordé beaucoup d’importance à la Taqiyya en en faisant l’un des piliers de l’islam et en stipulant que celui qui abandonnerait cette pratique sera considéré comme celui qui abandonne la prière. Ceci est dû à l’importante persécution dont a souffert cette branche à travers son histoire. Jusqu’à aujourd’hui la Taqiyya reste une pratique importante chez certaines communautés islamiques comme les alaouites et les druzes. Ces derniers feignent de faire la prière comme les musulmans en Syrie et en Jordanie mais au Liban et en Israël ils se considèrent comme une religion à part entière.
La Taqiyya politico-religieuse
L’arrivée au pouvoir des Abbassides est considérée comme un exemple des plus réussis de la pratique de la Taqiyya politico-religieuse qui a eu pour conséquences un bouleversement capital du pouvoir politique qui a permis aux Abbassides de prendre le pouvoir des Omeyyades avec tout ce que cela a impliqué comme changements au niveau de la doctrine musulmane.
Les sources nous informent que les activités secrètes en faveur des Abbassides ont duré un demi-siècle. Pendant cette période, les prédicateurs abbassides demandaient aux gens de prêter allégeance au calife abbasside et de désavouer le calife omeyyade tout en gardant cela pour secret dans l’attente de renforcer les troupes pour pouvoir s’emparer du pouvoir.
Pendant un demi-siècle d’activité secrète, les omeyyades n’étaient pas au courant de ces préparatifs dangereux sauf dans les cinq dernières années de leur règne lorsqu’ils ont perdu le
contrôle de la région de Khorasan et de la Transoxiane. Auparavant, les adeptes des abbassides pratiquaient la Taqiyya avec habileté, faisaient la prière au nom du calife omeyyade en injuriant Ali. Cet exemple sert comme modèle réussi et complexe pour la pratique de la Taqiyya dans le sens où il a abouti à l’effacement d’un califat qui était très riche et puissant en le remplaçant par un nouveau califat et une nouvelle dynastie avec une nouvelle doctrine.
La Taqiyya politique à l’époque moderne
Dans le cadre d’un mouvement de revivification d’anciens concepts en les utilisant, soit dans sa signification historique, soit en lui donnant une nouvelle signification, beaucoup de mouvements de l’islam politique ont revivifié la notion de Taqiyya et l’ont pratiquée pour protéger leurs sympathisants et pour dissimuler leurs plan politiques.
Par exemple, ils peuvent nier le jihad comme obligation islamique devant les médias occidentaux, éviter de parler de châtiments corporels tels que la lapidation, les coups de fouet, l’amputation de main pour le voleur, tuer le converti, etc. Et tout ce qui n’est pas conforme à la Déclaration universelle des droits de l’homme et de toutes les autres conventions internationales. L’un des dirigeants de l’UOIF est allé jusqu’à affirmer que « la loi et la Constitution républicaine sont notre charia » et c’est exactement une pratique de la Taqiyya qui oblige d’afficher une forme de « mécréance » devant les « mécréants » tout en le condamnant par le cœur pour se défendre. Les groupes islamistes incitent leurs membres à se raser, faire la bise, ne pas jeuner pendant le ramadan et de boire de la bière s’ils risquent de perdre leur travail surtout dans une situation où ils sont minoritaires.
La Taqiyya est également pratiquée par les bandes de l’islam politique dans les sociétés majoritairement musulmanes. Les Frères Musulmans y déclarent qu’ils sont démocrates et qu’ils s’engagent à respecter les droits des minorités et ceux de la femme et qu’ils n’appliqueront pas la charia mais une fois au pouvoir ils oublient leurs promesses et reviennent sur leur parole et se mettent à appliquer leur vrai programme car, après tout, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Cette méthode a porté ses fruits en Egypte et En Tunisie et a permis aux Frères Musulmans d’arriver au pouvoir avant qu’ils ne le quittent de différentes manières. Cependant, tout au long de leur règne, ils sapent toutes les règles démocratiques et toutes les valeurs
républicaines et portent atteinte au régime démocratique en créant des milices et en essayant de pénétrer l’Etat à travers son pouvoir exécutif, surtout les forces de l’ordre.
Rien de mieux que ce slogan scandé par les Egyptiens pour protester contre les Frères Musulmans : « Khan Ykhoun Ikhwan 2»
La trahison conjuguée à la Taqiyya avec tout ce que cela comporte de mensonges et d’hypocrisie représentent un fer de lance utilisé contre l’Etat-Nation pour essayer de le conquérir et de l’assujettir. C’est pour cela que la prudence s’impose. Il ne faut pas croire, naïvement, au discours de ceux qui disent ce qu’ils ne croient pas. Pour se prémunir contre ce cancer politico-religieux, il faut mettre au grand jour leur méthode de fonctionnement qui a réussi à détruire des pays tout entiers.
Haytham AbdelMoula
2 Slogan employé par les manifestants égyptiens contre Mohamed Morsi qui consiste en un jeu de mot. Le verbe khan qui signifie trahir a une consonance très proche de la racine akh qui veut dire frère ; le nom des Frères Musulmans se dit en arabe Ikhwan Moslimin. (note du traducteur)

Haythem Abdelmoula