© Dessin de Nawak

Dimanche je vais voter et comme tous les électeurs, je serais le soir venu devant la télévision et les réseaux sociaux pour analyser et comprendre les résultats du 1er tour des élections régionales 2015. Il y a aussi ceux qui ne voteront pas dimanche mais qui ont décidés par l’action criminelle d’avoir une incidence sur notre vie. Les terroristes seront également devant leur télé, sur Twitter et Facebook. Ils attendent d’avoir une confirmation éclatante de l’augmentation de notre niveau de violence et de haine. Ils rêvent de nous voir nous déchirer afin d’exporter chez nous une guerre qui n’est pas la nôtre.

Les assassins, qui se rêvent en fossoyeurs de la laïcité, arrivent à la même conclusion que d’autres : il y a des terres d’Islam et des terres chrétiennes et pour que la guerre ait lieu, il faut que le bouclier soit levé. En ligne de mire et en priorité, les laïcs et les athées, ceux dont la morale et la vertu s’éloignent bien volontiers de la volonté de Dieu, au nom de la liberté de conscience, de l’égalité, de la liberté de culte aussi et de la fraternité, en dépit de tout. Il est plus commode et plus légitime pour l’idéologie islamiste de faire la guerre à un royaume chrétien plutôt qu’a à une république laïque.

À l’exercice de la citoyenneté nos ennemis préfèrent, la parole d’un Dieu ne fût-il pas le leur. Parce que la laïcité est le meilleur rempart au chaos, à la guerre de tous contre tous, parce qu’elle garantit notre unité, elle est notre bouclier. L’émergence de citoyens français exclus en raison de leur religion musulmane par l’extrême droite française, légitimerait le discours identitaire et victimaire derrière lequel se cachent tous les ennemis de la laïcité. Le 6 décembre rien ne rendrait plus heureux les tueurs que d’observer une nette victoire politique de ceux qui contestent cette laïcité française et revendiquent une lecture religieuse des valeurs de la France et de notre façon de vivre ensemble.

Dimanche la vraie surprise serait qu’elle n’est pas lieu. Peut-être est-il temps de nous démontrer à nous-même, ainsi qu’au reste du monde, que nous sommes un peuple éclairé qui n’est pas si facilement manipulable. Dimanche nous serons des millions à être seuls, dans un isoloir prêt à fermer l’enveloppe, ou à nous abstenir les pieds sur la table du salon. Nous serons seuls face au destin d’un peuple et d’une nation. Et c’est dans cette solitude que se fera ou non le choix de l’unité et du combat collectif. Que cette fierté, cet orgueil de Français nous épargnent la honte d’offrir le spectacle de la panique. Si les extrémistes, ceux à qui la terreur profite, gagnent leur pari d’une France désunie après cet attentat de masse : soyons-en certain, quand l’homme gagne, l’homme rejoue. Voter Front National en réponse aux attentats du 13 novembre, c’est encourager Daesh à recommencer.

Ahmed Meguini