Rencontrer une ministre de la République sur le thème de la laïcité, c’est d’abord échanger nos regards sur la situation. Laurence Rossignol, des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, partage toutes nos inquiétudes. Inquiétude face à une certaine jeunesse dont l’identité est devenue uniquement religieuse, inquiétude de la progression de la non-mixité dans les quartiers, inquiétude de l’emprise religieuse sur le milieu associatif sportif, inquiétude face aux difficultés rencontrées par le corps enseignant… Et face à ce diagnostic, la ministre considère que la laïcité à la française est la seule voix possible pour lutter contre l’islamisme. L’exemple du Royaume-Uni qui est maintenant confronté à la présence de tribunaux qui appliquent la charia en est la preuve manifeste.

Mais après le diagnostic, il y a les priorités, et la méthode.
Pour Laurence Rossignol, le pivot de la défense de la laïcité, ce sont les droits des femmes. Plutôt que défendre une loi qui chez beaucoup est associée confusément à l’athéisme ou à une guerre contre l’islam, c’est l’affirmation des droits des femmes qui permettra d’affirmer les valeurs républicaines.
Aider les associations, leur donner de la visibilité, c’est ce qu’un ministère comme le sien peut apporter dans la bataille. Et d’encourager toutes les petites associations qui oeuvrent sur le terrain à se regrouper, à se mobiliser ensemble.

Sur le plan politique, la marge de manœuvre est étroite. Peu de monde à gauche, peu de monde à droite. ‘Il faut laisser la radicalité aux adversaires’. Hors de question donc de s’allier avec des politiques pour qui la défense de la laïcité passe par la réaffirmation des racines chrétiennes de la France. Nous lui avons dit combien le silence du Parti socialiste sur ces questions, hormis la voix de Manuel Valls, était pour nous assourdissant… Laurence Rossignol pense que certains, tel Jean-Louis Bianco, ouvriront les yeux un jour…
A notre incompréhension quant à la non-interdiction du Rassemblement des Musulmans de France au Bourget en mai dernier, et à notre inquiétude face au sort des petites filles de filiation musulmane voilées dès deux ans, Laurence Rossignol nous a rappelé le droit. Rien juridiquement ne pouvait interdire une telle manifestation. Et la qualification de dérive sectaire à opposer à des parents qui voilent leurs fillettes est juridiquement périlleuse.
Comment donc ramener des individus vers des valeurs héritées de notre histoire et vers un art de vivre à la française ? Tout se jouera sur le plan culturel. Laurence Rossignol invite d’ailleurs LaïcArt à faire un ‘scan’ du programme des candidats aux primaires et à la Présidentielle sur les questions de la laïcité. Nous nous y engageons. Et nous veillerons attentivement aux moyens et aux orientations donnés au ministère de la Culture. L’imagination au pouvoir, culture et éducation versus islamo-fascisme ? A nous, citoyens et associations de nous mobiliser et d’inventer.