Sevran invite Paris à célébrer la fraternité

Il est urgent de réinvestir les territoires abandonnés à l’islamisme. Nous ne résoudrons pas cette crise par des incantations lancées depuis notre confort douillet de Parisien. Ils sont nombreux dans les quartiers à avoir perdu tout espoir.

On n’en a plus rien eu à foutre de la banlieue, comme de la ruralité par ailleurs.

J’ai le souvenir d’une manifestation contre le CPE où des jeunes de banlieue étaient venus rançonner un cortège parisien sur le boulevard des Invalides. Ils volaient des téléphones portables et des caméscopes comme on enlève une sucette à un bébé. Quand l’un des manifestants a résisté, il a pris des coups, alors seulement j’ai décidé d’intervenir. En m’interposant j’ai dit : « On est dans le même bateau, dans cette manifestation on se bat aussi pour vous ». Là un jeune garçon d’une quinzaine d’années m’a lourdement giflé juste avant de me répondre : « Mais vous, quand vous en aurez fini avec vos manif de merde, vous n’en aurez plus rien à foutre de nous, comme d’habitude ». La joue encore brûlante, je l’ai regardé partir avec la caméra qu’il venait d’arracher, il avait raison, non d’avoir volé cette caméra, mais oui, une fois les mouvements anti CPE qui suivaient de quelques semaines les émeutes des banlieues de 2005 terminés, on n’en a plus rien eu à foutre de la banlieue, comme de la ruralité par ailleurs. Non, Paris n’est plus à la hauteur. J’étais présent dans la cité du Chêne Pointu, dans cet épicentre des émeutes qui emportait dans les flammes le bien commun, l’expression réelle de notre société : bus, gymnase, école et une génération entière dont certains n’allaient pas tarder à prendre les armes contre leurs propres frères.

Il nous appartient aujourd’hui de mettre fin à cet entre-soi
qui contribua grandement à l’avènement de la guerre de tous contre tous

Une guerre perdue avant même d’avoir éclaté. Il nous appartient à présent de gagner la paix. L’histoire nous a démontré que notre peuple peut se noyer dans le déni : le gouvernement de Vichy, les opérations dites de maintien de l’ordre en Algérie ou encore aujourd’hui la montée du Front National et l’enracinement de l’Islam politique en France. Dans un éclair de lucidité, nous pourrions être capables d’admettre que dès lors que des Français tuent d’autres Français, au nom d’une religion, contre la laïcité, nous sommes en état de guerre civile. Alors plus que jamais, faisons vivre l’esprit de la laïcité, ciment de la paix et de la fraternité, là où son absence se fait le plus durement sentir, là où les femmes en choisissant leurs vêtements prennent en compte le diktat d’une religion qui parfois n’est pas la leur, en évitant la jupe trop courte ou le décolleté trop plongeant, la voilà la réalité imperceptible depuis les lieux de palabre bourgeois de la capitale.

Avec Nadia Rémadna nous avons décidé d’inviter Paris à fêter la fraternité au Parc de la Poudrerie de Sevran le 17 avril à 14h. Nous appelons toutes les organisations de défense de la laïcité à nous rejoindre là où elles nous font défaut, dans cet autre pays qu’on appelle abusivement la République française où des fous de l’argent facile se dispute le pouvoir avec les fous de Dieu quand ils ne choisissent pas de s’unir contre la République et ses défenseurs.

Ahmed Meguini