Les victimes de Tariq Ramadan…

La présomption d’innocence est un principe fondamental pour comprendre une démocratie et pour construire une justice. Sans elle, la Justice est inexistante puisque la peine populaire est déjà prononcée et la violence de l’injustice rend tous les débordements possibles. C’est parce que la présomption d’innocence existe que la peine prononcée a toute sa valeur et que sa charge symbolique permet de dire au Peuple que Justice a été rendue en son nom.
Ambivalente, la présomption d’innocence est à la fois un droit subjectif pour la personne à faire respecter son innocence présumée jusqu’à preuve et décision contraires, mais c’est aussi et surtout un droit procédural. La procédure est la forme et dit-on, la sœur des Libertés. Présumer de votre innocence, c’est vous mettre à l’abri de la moindre dénonciation malveillante et calomnieuse et c’est interdire à cette malveillance d’exercer la moindre influence sur la Justice.
Demain, chacun peut avoir à défendre son innocence et c’est pour ce motif que nous sommes égaux devant la Loi. Y déroger, c’est nier l’idée même qu’une Justice institutionnelle se substitue à un système de vengeances privées.
Cela étant dit, Il est un autre principe qu’est celui du droit des victimes à obtenir réparation. Ce principe est aussi au cœur de notre système juridique et s’il ne s’oppose pas à la présomption d’innocence, il interdit en revanche de transformer toute victime en menteuse, en calomniatrice ou en mythomane. Le respect et la décence que l’on doit à tout plaignant commence donc par la mise en œuvre stricte de la règle de droit. La correctionnalisation de nombreuses affaires criminelles, souvent au détriment des victimes et en violation de la Loi, est une marque d’irrespect qui abime l’idéal de justice.
C’est aussi la raison pour laquelle l’absence de condamnation d’un suspect ne signe pas, en droit, la condamnation de la victime. Ce n’est pas parce qu’une plaignante impute à X un crime et que ce crime n’est pas établi que pour autant la victime pourra être inquiétée et se voir reprocher un mensonge. Un délit de dénonciation calomnieuse est prévu et réprimé par la Loi. Mais ce dernier ne se définit certainement pas par la seule relaxe de la personne objet d’une dénonciation, fort heureusement.
Dans les deux affaires qui occupent l’actualité, c’est entre ces principes, notamment, que la justice travaillera. Et ce n’est certainement pas parce que des faits sont anciens ou même qu’il pourrait n’y avoir de poursuites que pour certains d’entre eux, que les victimes ne cesseront d’être présumées des victimes comme le justiciable Tariq Ramadan ne cessera d’être présumé innocent jusqu’à ce qu’une décision soit rendue en notre nom.
Il faut donc souhaiter bonne chance et apporter notre soutien aux victimes et nous n’avons pas besoin de violer nos propres règles pour le faire efficacement, par exemple en souscrivant aux appels à participation pour venir en soutien de Henda Ayari.
Il faut aussi et surtout continuer de dénoncer Tariq Ramadan sur le plan politique en rappelant sans cesse que l’idéologie des Frères Musulmans et l’islamisme en général sont des cancers de nos sociétés dont les femmes sont au premier titre les victimes.
Respecter la présomption d’innocence de Tariq Ramadan, cela n’empêche absolument pas et en toute légalité, de rappeler que le discours de cet individu engendre chez nombre de ses disciples la haine, les appels à la violence, à l’antisémitisme, au terrorisme et à la violence armée.
Et nous pèserons chacun de ces mots en vous invitant à consulter les kilomètres d’insanités qui bordent les réflexions de cet islamiste lorsque, par exemple, il s’exprimait un 3 mai 2016 au sujet de Charlie Hebdo et que jaillissaient toutes les cinq minutes des commentaires tels que ” la prochaine fois, il faudra les faire au lance roquette, la kalach, c’est pas suffisant”.
Nous ne l’oublierons jamais et il faut le faire savoir pour que nos citoyens comprennent ce que nous combattons sur le plan politique. À la justice maintenant de faire son œuvre en espérant du fond du cœur que les plaignantes seront épargnées des travers entourant trop souvent les enquêtes et la gestion des affaires de crimes sexuels.
Mais quelle que soit l’issue de ces affaires, n’oublions pas une chose qui importe: les victimes de l’idéologie que diffuse Ramadan ne seront jamais assez nombreuses pour que certains responsables politiques, médias réagissent et c’est heureux que depuis deux ans, des citoyens décident de le faire à leur place. Ce sont ces millions de femmes , d’hommes, d’enfants qui subissent l’islamisme, qui sont d’ores et déjà les victimes de Tariq Ramadan, de son discours qui encourage les partitions.
Le combat ne fait que commencer. Soyons aussi patients que les islamistes et travaillons sur le temps long et les forces structurantes de nos démocraties !